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Daniel Fiset, commissaire invité de la 10e Biennale nationale de sculpture contemporaine. Crédit photo : Tanha Gomes

Collaboration Le Sabord

La 10e Biennale nationale de sculpture contemporaine (BNSC), qui se tient cet été en sept lieux mauriciens et centricois, réunit quatorze artistes autour du thème « Marche, démarche, manœuvre ». Le commissaire invité de cette édition, Daniel Fiset, nous en dit plus sur le thème ainsi que sur l’événement.

Triptyque d’actions, « marche, démarche, manœuvre » renvoie à la fois au mouvement, à la performance et aux manières de faire. Daniel Fiset a imaginé ce thème en réponse aux pratiques actuelles en sculpture. La démarche, englobée par la marche et la manœuvre, est au cœur de la réflexion du commissaire, qui souhaite avant tout « porter attention et donner une place aux artistes » ainsi qu’au processus de création. Historien de l’art, Daniel Fiset s’intéresse aux pratiques affichant une posture conceptuelle très affirmée ; de l’autre côté, il s’intéresse également au renouveau de la matérialité, souvent lié à l’artisanat, l’apprentissage de techniques anciennes et autres formes d’art qui ont longtemps été moins considérées par les universités, le commissaire a eu « envie de les réunir et voir où elles nous mènent. » 

L’idée de la marche « vient des marches qu’on prenait durant les débuts de la pandémie, parce que c’était l’une des seules choses qui était permise. » Elle évoque à la fois l’enfermement et la liberté de choix ainsi que le pouvoir citoyen. À l’opposé, la manœuvre a un historique riche au sein des théories de l’art au Québec, surtout en ce qui a trait à la performance. Associée à une certaine résistance à l’absorption des pratiques en performance par les institutions universitaires, ce terme avait fait école à l’époque, mais a été oublié par la suite. Comment se positionne-t-on, comme artiste, travailleur culturel, face à ces institutions-là, dont on ne peut pas complètement se débarrasser, et dont on fait partie ? » 

Dans les cellules créatives d’Adam Basanta et de Sheena Hoszko

Parmi les quatorze artistes exposant dans le cadre de la biennale, deux d’entre eux ont récemment été publiés dans les pages du Sabord. Adam Basanta, qui présentait dans le numéro 117 | rives et affluents la série Canister Variations, présente en ce moment au Centre d’art Jacques-et-Michel-Auger de Victoriaville l’œuvre The Unknown Future Rolls Towards Us. Dans un univers post-postapocalyptique où l’humain a disparu, l’artiste en installation et médiums mixtes imagine l’émergence d’un écosystème végétal, sonore et cinétique. Adam Basanta réfléchit dans ses créations à l’acte de maintenance des œuvres artistiques, qui s’autoentretiennent ou qui nécessitent un entretien important : « une fois que l’œuvre est montrée dans un lieu, le travail ne s’arrête pas là : le travail commence quand l’œuvre est montrée. On confie le maintien et l’entretien de ces objets-là à des institutions, et ça devient ainsi une collaboration ou une négociation avec les artistes », explique le commissaire.

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L’œuvre de l’artiste abolitionniste Sheena Hoszko est quant à elle parue dans le dernier numéro du Sabord, le 121 | cellules. Daniel Fiset lit dans son travail une réflexion sur la sculpture minimaliste des années 1960. Or, alors que ces sculptures de l’époque versaient dans la monumentalité et visaient une forme de permanence, le travail de Sheena Hoszko est animé d’une réflexion critique : « elle utilise des matériaux quotidiens liés à la construction (clôtures, blocs de béton, etc.) qui sont temporairement retirés d’un système de circulation, le temps d’une exposition, pour éventuellement retourner à leur fonction première ». L’œuvre de la sculpteure, malgré sa simplicité formelle et son abstraction, suscite une remise en question de l’institution carcérale, et l’apprécier, « c’est un travail d’imagination, une invitation à imaginer comment on rentre en rapport les uns avec les autres, et comment on prend soin des uns des autres », selon le commissaire. L’œuvre Il en coûte 125 466 $ par an pour garder une personne en prison. Quelle autre sorte d’établissement construiriez-vous à la place ? est exposée à la Galerie d’art du Parc, à Trois-Rivières. À vous de découvrir les douze autres artistes de la biennale tout au fil de l’été ! 

Pour la programmation complète, rendez vous sur le site web de la Biennale.

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