Murale réalisée à la mémoire de George Floyd, à Houston.

En collaboration avec le Comité de solidarité Trois-Rivières

Aux États-Unis, les années 1960 correspondent à la mise en place de réformes majeures en faveur des droits civiques. Qu’il s’agisse des femmes, des populations afro-américaines ou des populations pauvres et vulnérables, cette période rime avec l’amélioration généralisée des conditions de vie. La présidence de Lyndon B. Johnson (1963-1969) est particulièrement déterminante à cet effet. C’est alors que sont mis en place : le Voting Rights Act interdisant les discriminations raciales dans l’exercice du vote; Medicare accordant l’accès aux soins de santé aux personnes âgées; et Medicaid favorisant l’accès aux soins de santé des populations les plus pauvres. Pour le mouvement féministe aussi, il s’agit d’une période faste telle que l’illustrent les avancées en matière de libération des femmes et la dénonciation des violences sexistes. C’est dans cette suite qu’en 1973, l’arrêt Roe v. Wade de la Cour Suprême américaine donnait accès à l’avortement aux femmes américaines. Une victoire historique!

On pourrait croire a posteriori que ces progrès étaient bien naturels et qu’ils s’expliquent par une « marche de l’histoire » progressiste et imperturbable. Or, les paroles de Simone de Beauvoir méritent d’être remémorées : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. » Il en est de même des droits de toutes les populations exclues ou marginalisées. 

Ces dernières années, non seulement la « marche de l’histoire américaine » ne s’effectue plus dans la même direction, mais il semble qu’on rebrousse chemin. L’assassinat de George Floyd en mai 2020 a certainement mis en lumière la discrimination raciale systémique qui sévit toujours aux États-Unis.

Au-delà des violences physiques, des droits fondamentaux semblent également bafoués. À titre d’exemples, avant et après la victoire de Joe Biden aux élections de 2020, les législatures de nombreux États à tendance républicaine se sont entêtées à mettre en place une pléthore de lois, toutes plus créatives les unes que les autres, qui ne visent rien de moins que de restreindre l’accès au vote des Afro-Américains. Par des stratégies pour le moins douteuses (appelées « Gerrymandering »), on découpe et charcute des circonscriptions électorales pour favoriser des groupes en particulier. C’est sans oublier que les populations migrantes sont discriminées plus que jamais. Sous la présidence de Donald J. Trump (2017-2021), des enfants ont même été séparés de leur famille par des lois anti-immigration dignes d’un État autoritaire. 

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Heureusement, le mouvement féministe est encore très actif, mais il n’est pas non plus à l’abri de reculs inquiétants. Des lois antiavortement voient le jour dans des États du Sud, au Texas notamment. Et le risque s’avère bien réel que la Cour Suprême (à majorité républicaine de 6 contre 3) doive très prochainement se pencher de nouveau sur cette question. Enfin, en ce qui a trait aux écarts de richesse, leur accroissement aux États-Unis s’avère tout simplement indécent. Depuis la révolution néolibérale des années 1980 sous Reagan, les élites politiques refusent d’utiliser la fiscalité comme un outil de répartition des richesses.

Dans ce contexte, les voix modérées du parti démocrate ne semblent plus représenter le véhicule tout désigné pour sortir de la crise. Cette formation paraît plus sclérosée et immobile que jamais. Alors même qu’elle a obtenu le contrôle du Congrès, sous Obama (2009-2011) et depuis 2021, sous Biden, elle n’a pas réussi à imposer un agenda politique progressiste. Rien ne semble donc ralentir la montée de cette nouvelle forme de conservatisme, prenant tantôt le visage du Tea Party (dès 2008), tantôt celui du trumpisme (depuis 2016).

En matière de droits civiques, l’utilisation de l’adjectif “acquis” semble donc erronée. Les luttes de nombreux mouvements sociaux dans les années 1960 et 1970 ont mené à des gains importants, mais non définitifs. Ces luttes doivent être rappelées, célébrées et poursuivies. Les mouvements sociaux progressistes et l’aile gauche du parti démocrate devront donc se déployer et défendre plus efficacement les populations opprimées et vulnérables. Autrement, la marche de l’histoire pourrait s’avérer une marche bien funèbre.

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