La Grande Marche pour la protection des forêts est un mouvement écologiste né en 2021 de la volonté citoyenne de faire entendre au gouvernement du Québec l’importance de mener à terme plusieurs dizaines de projets d’aires protégées identifiés comme prioritaires pour le sud du Québec. Les dernières années ont été pour moi l’occasion d’en apprendre sur ce mouvement qui unit des individus et des groupes autochtones et allochtones, issus de la société civile, autour de la protection de la forêt et du territoire.
Sur un trajet de plus de 500 km parcourus à travers le Québec, les marcheurs et marcheuses sont passé-es par Saint-Paulin et Saint-Mathieu-du-Parc avant de s’arrêter à Shawinigan pour y tenir un grand rassemblement. Partout où le groupe s’arrêtait, des activités éducatives, des discours et des dialogues ont pris vie.
Les résultats du mémoire de maîtrise que j’ai déposé sur le sujet ont, a minima, mis en lumière deux choses. D’une part, ils dévoilent le rôle crucial que peut jouer un tel mouvement dans le développement du pouvoir d’agir de celles et ceux qui y participent. D’autre part, ils soulignent la contribution centrale des perspectives autochtones aux apprentissages réalisés tout au long de la Grande Marche. Ces apprentissages relèvent notamment d’une prise de conscience du rapport d’interdépendance que chaque individu entretient avec le territoire, les autres humains et les animaux.
Le projet de loi 97
Durant les derniers mois, avec le projet de loi 97 (PL97), le gouvernement québécois a pris une nouvelle décision liée à l’exploitation du territoire. Je n’entrerai pas ici dans le détail des trois types de zones imposées par cette réforme du régime forestier (aménagement forestier prioritaire, multiusages et conservation), mais cette décision a été froidement accueillie par plusieurs spécialistes, groupes environnementaux et Nations autochtones. Par-delà le contenu du projet de loi lui-même, le déficit de consultation et de travail de co-construction en amont de la proposition semble poser un problème.
Appelant à un dialogue ouvert et respectueux sur l’avenir de la forêt, le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Francis Verreault-Paul, résume ainsi la situation : « L’enjeu n’est pas sur le terrain, il est dans le projet de loi et dans la façon dont le gouvernement prend compte des critiques convergentes de la part des Premières Nations et de nombreux acteurs de la société civile. »
Des tensions en Mauricie
Les tensions entourant le débat sur le PL97 rappellent aujourd’hui les inquiétudes soulevées lors de la Grande Marche, avec cette particularité que le nouveau projet de loi dresse davantage des groupes sociaux les uns contre les autres. Délibérément ou non, le PL97 pousse actuellement à la confrontation. Au cours des dernières semaines, la situation en Haute-Mauricie est devenue particulièrement inflammable, alors que, en réponse aux barrages érigés par le collectif Premières Nations Mamo, formé de gardien-nes du territoire des nations Anishinaabe, Atikamewk, Innu et W8banaki, c’est au tour des travailleuses et travailleurs du domaine forestiers de bâtir des contre-barrages.
Développer et exercer son écocitoyenneté
En dehors de tout jugement sur la pertinence du nouveau projet d’aménagement ou même de la réponse autochtone, cette dernière est porteuse de quatre dimensions caractéristiques de l’écocitoyenneté que l’école québécoise s’engage dorénavant à développer. Premièrement, cette réponse est une mise en action collective à caractère politique : un regroupement autochtone qui organise des collectes de fonds lui permettant de s’opposer à un projet de loi par des actes coordonnés. Deuxièmement, elle se fonde sur une réflexion éthique : énonciation de principes et de valeurs, comme le respect des droits autochtones et de l’intégrité du territoire. Troisièmement, elle s’articule autour d’un discours critique : identification des limites de la démarche gouvernementale et du projet de loi ; propositions visant à résoudre le problème. Quatrièmement, elle porte diverses revendications écologiques et démocratiques : sensibilisation aux enjeux écologiques sur les réseaux sociaux et formulation de demandes pour une plus grande inclusion des voix autochtones dans les processus décisionnels.
Bref, d’une perspective purement éducative, l’action des gardien-nes du territoire est aujourd’hui, comme elle l’a été en 2021 avec la Grande Marche, un symbole fort de ce à quoi aspire l’éducation à l’écocitoyenneté, à savoir une mise en action collective et critique vers une société plus écologique et démocratique.





