Caricature du mois de Boris.

Le concept de « fenêtre d’Overton » ou « fenêtre de discours » avancé par le politologue américain Joseph P. Overton décrit le phénomène par lequel la logique électoraliste pousse les politiciens à inscrire leur discours à l’intérieur du cadre (la fenêtre) de ce qui est acceptable socialement. 

De cadre théorique, cette « acceptabilité sociale » est aujourd’hui devenue dans l’espace politique et médiatique, une sorte de baromètre de l’opinion publique. D’aucuns prétendent aujourd’hui détenir les moyens techniques ou l’expertise pour interpréter ce baromètre de l’acceptabilité en servant l’intérêt public. 

Sondages citoyens, consultations publiques, activités et plateformes en ligne de participation citoyenne sont autant de dispositifs institutionnels et d’outils sociométriques qui permettraient de donner une valeur quantitative aux choix des décideurs politiques. Or, à ce jour, cette prise en compte du « poids » de l’opinion citoyenne relève davantage d’un matérialisme scientifique que d’une réelle volonté d’accorder une force concrète d’empowerment à la diversité des paroles et des actions citoyennes. 

Le spectre de la participation citoyenne  

Dans la mouvance des discours sur la participation citoyenne, les écoles d’administration publique ont schématisé un spectre représentant le processus par lequel les institutions peuvent stimuler cette « autonomisation » citoyenne. 

Si le terme « participation » renvoie à l’idée du dialogue, les activités participatives initiées par les institutions et les entreprises se font généralement autour d’enjeux ou de projets présélectionnés. Ce cadrage de ce qui peut et doit ou non être l’objet d’un dialogue avec les citoyen(ne)s vient réduire d’emblée le champ de leur action. 

Dépendant du cadrage de l’enjeu ou du projet et de la quantité et de la qualité de l’information que les institutions acceptent de leur livrer en amont, les citoyen(ne)s demeurent passifs quant à la manière et au cadre dans lequel ils peuvent faire de la participation citoyenne. Pour faire image, disons que les initiatives de budgets participatifs et les sièges citoyens sur les comités municipaux ont surtout permis d’asseoir les citoyens sur le siège du passager, sans pour autant élargir de façon significative leur champ d’action sur le choix du véhicule à emprunter, de l’itinéraire à suivre et de la vitesse à laquelle s’y rendre. 

Le terme participation renvoie également et surtout à l’idée d’un partage des pouvoirs décisionnels. Or, qui dit partage dit forcément négociation. Dans la foulée de la nouvelle gestion publique et de l’idéal de gouvernance, les sièges citoyens dans les centres de santé régionaux et autres organisations publiques et parapubliques sont souvent attribués à des candidat(e)s dont la fonction professionnelle et la posture idéologique sont d’emblée reconnues comme compatibles avec celles de l’administration en place. 

Ce fonctionnalisme ambiant est problématique en ce qu’il place justement le citoyen dans une fonction instrumentalisée, voire dans une posture « fonctionnariste », réduisant graduellement son rôle à celui de simple rouage. La cible visée n’est donc pas tellement de tendre l’oreille que de faire voir qu’on tend l’oreille. 

Assiéger l’action citoyenne  

On cherche surtout à éviter que le citoyen participatif devienne éventuellement un grain de sable dans l’engrenage du développement économique et politique. 

Si les sièges citoyens permettent à ces derniers d’assurer une vigie dans les processus décisionnels, cette situation permet aussi aux décideurs et lobbyistes de mieux mûrir leur stratégie de communication et de fabriquer des discours « socialement acceptables ». 

Dans cette conjoncture, la participation citoyenne institutionnalisée aboutit la plupart du temps à une euphémisation de l’action citoyenne, voire une stratégie visant à assiéger et assagir la citoyenneté. 

Le dialogue comme horizon 

Pour que la participation citoyenne s’inscrive dans une logique de réciprocité équilibrée, il faut élargir son champ d’action et accepter qu’elle soit parfois contestataire. Il faut repenser le politique comme cet espace de négociation où l’incommunication règne et où le dialogue naît, non pas de la convergence, mais de la confrontation de nos idées à celles des autres qui nous semblent toujours à priori « inacceptables ». Suivant les observations de Dominique Wolton, sociologue français spécialiste de la communication politique (et surtout de « l’incommunication politique »), il faudra reconnaître que le dialogue n’est pas un moyen, mais l’horizon de la communication et de la négociation politique.

Il ne suffit donc pas de « vouloir dialoguer », mais aussi de reconnaître la légitimité et le pouvoir citoyen de négocier non seulement l’objet discuté, mais le choix de l’objet ainsi que les termes mêmes de cette négociation.

Sources : 

André, P. avec la collaboration de P. Martin et G. Lanmafankpotin (2012). « Participation citoyenne », dans L. Côté et J.-F. Savard (dir.), Le Dictionnaire encyclopédique de l’administration publique, [en ligne], www.dictionnaire.enap.ca

Site web du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec https://archives.robvq.qc.ca/public/documents/guideConsultationPublique/graphique_participation_citoyenne.pdf

Wolton, D. (2014). Incommunication et altérité : Entretien. Hermès, La Revue, 68, 212-217. https://doi.org/10.3917/herm.068.0212

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