Le groupe Mute devant une foule enthousiaste. Crédit : Jean-François Veilleux

Cet été, notre chroniqueur a fait un marathon au plus grand événement culturel et musical de la Mauricie, le FestiVoix de Trois-Rivières. Chaque jour, il est allé voir au moins trois formations musicales pour un total de 35 en 9 jours. Voici un résumé de son expérience en tant que festivalier.

30 juin

J’ai vraiment été enchanté par la performance de Marc Déry (né en 1963), sans doute le meilleur auteur-compositeur-interprète de sa génération. Accompagné d’une contrebassiste, le guitariste chevronné nous a offert plusieurs chansons de son cru, notamment de son ancienne formation rock Zébulon, mais également du nouveau matériel, comme sa récente pièce composée avec son ami « J-P le Pad », le chanteur et leader de l’excellent groupe Quebec Redneck Bluegrass Project (qu’on n’a pas encore eu la chance de voir en performance au FestiVoix). Nous avons pu être témoin de tout le génie de cet artiste (sa voix chaleureuse, la qualité de ses compositions, de ses mélodies entrainantes et des nuances musicales pertinentes) mais aussi d’un aperçu de sa folie et d’un humour contagieux : que ce soit son imitation réussie d’Elvis Presley à la fin de la pièce « R’viens pas trop tard » ou encore son interprétation soudaine de la pièce « Yesterday » des Beatles, inspirée par la tonalité des cloches de la cathédrale trifluvienne (selon lui en fa) et en harmonie avec celles-ci. Ces précieux moments ont agrémenté cette performance de haut niveau de 90 minutes, qu’il a terminé avec une autre pièce des Beatles et la très populaire chanson « Marie-Louise ». La scène de la vieille prison (qui fête son deuxième centenaire) est toujours un endroit fabuleux et accueillant. D’autant plus que les organisateurs ont mieux orienté la scène, ce qui permet d’optimiser l’espace et de maximiser le nombre de festivaliers à cet endroit.

1er juillet 

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Klô Pelgag a été gâtée avec un public qui est resté danser malgré la pluie. Crédit : Jean-François Veilleux

J’étais surtout là pour admirer Klô Pelgag (née en 1990), la pianiste-chanteuse qui incarne son art, comme une œuvre d’art totale. C’était la 4e fois que j’allais la voir, je suis toujours subjugué par sa créativité, son énergie, son authenticité et sa folie improvisée sur scène mais aussi dans sa communication spontanée avec le public. Comme toujours, le groupe a su valoriser son excellente musique en français. Pour moi, cette formation représente l’avenir de la musique québécoise. Au milieu du concert, un terrible mais court orage a carrément fait fuir la moitié de la salle extérieure dans la cour extérieure du monastère des Ursulines. Certains se sont cachés sous les arbres, les plus courageux se sont levés d’un bond de leur chaise pour aller se rendre directement devant la scène pour continuer à danser sous la pluie. L’artiste s’est elle aussi prêtée au jeu en allant danser sous la chute d’une gouttière qui tombait du toit de la scène. J’ai même vu un cochon surfer sur la foule mais il a rapidement été saisi par la sécurité. Il ventait tellement qu’une grosse branche s’est détachée du haut de la scène pour atteindre des spectateurs au visage, mais sans faire de blessés. La sécurité est allée la récupérer. Malgré les conditions météo, ce fut un spectacle extraordinaire, à la hauteur de mes attentes pour cette artiste aux talents dionysiaques. J’espère que la direction du FestiVoix a l’intention de la placer bientôt sur la scène principale pour qu’elle puisse déployer tout son talent créatif avec décors et musiciens!  Extrait vidéo (le public danse sous la pluie) : https://www.facebook.com/jeanfrancois.veilleux.666/videos/421377163382494/?notif_id=1658853134661460&notif_t=video_processed&ref=notif 

Le clou de la soirée, voire du festival, est bien sûr la tête d’affiche NOFX, un groupe punk-rock des États-Unis qui a débuté en 1983, en Californie. J’écoute ce groupe depuis plus de vingt ans mais je n’avais jamais eu la chance de les voir en concert. J’avais donc beaucoup d’attentes et ce fut une soirée exceptionnelle à tous les plans. L’ouverture du spectacle par le trio féminin Les Shirley, une sorte de punk-grunge entraînant et défoulatoire, suivi du groupe de Québec, Mute, aussi un groupe de punk-rock très solide, avait donné le ton. De leur côté, saupoudrant sa sauce musicale tout au long du spectacle par un surprenant mélange spontané mais savoureux de reggae, la recette assurée pour un party collectif, NOFX fut à la hauteur de sa réputation avec une performance d’environ 90 minutes qui a déclenché sans doute le plus gros thrash dans l’histoire de ce festival. J’avais la chance d’être sur la tribune avec le Club FestiVoix, la vue sur la foule était géniale. Outre le bodysurfing, la danse déchaînée et quelques engins fumigènes aux diverses couleurs, la soirée à pleine capacité s’est déroulée dans une atmosphère totalement endiablée, mais tellement pacifique. Je n’ai eu vent d’aucun incident malheureux (sauf quelques blessures mineures) et ce, même si l’accès aux toilettes à la droite de la scène principale était problématique (sans parler des odeurs). C’était magique : autant de monde, soit des buveurs professionnels de bières pour la grande majorité, des milliers de rockeurs et de punks venus faire la fête joyeusement avec les rois du punk, qu’on surnomme aussi « le groupe le plus drôle de l’histoire du rock’n roll ». Le leader et bassiste Fat Mike était au sommet de sa forme et a tenté du mieux possible d’utiliser tous les mots en français qu’il connaissait. Ils ont d’ailleurs joué la seule chanson en français de leur répertoire, leur mythique version de « Aux champs Élysées » de Joe Dassin (c’est elle qui m’a fait connaître le groupe à la fin des années 1990)! Ils ont aussi affirmé que c’était plus plaisant de jouer ici plutôt qu’à Winnipeg leur version de « Franco Un-American » qui a été bien appréciée par les spectateurs. C’était vraiment très drôle, il haranguait la foule en disant par exemple que Trois-Rivières est une belle ville… mais pas autant que Montréal ou Chicoutimi! Même sans faire de rappel, la soirée était parfaite. Je suis très heureux d’avoir pu réaliser ce rêve et de pouvoir dire enfin : moi aussi j’y étais. Extrait vidéo : https://www.facebook.com/100001998079232/videos/359841046221220/ 

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3 juillet 

J’ai débuté la journée en me gâtant avec un concert de la série lyrique au coût modique de 10$ (ou 20$ sans passeport) à la salle Anaïs Allard-Rousseau. J’ai bien fait d’avoir acheté mon billet d’avance, le spectacle était complet avant le début du festival! J’ai pu admirer le violoniste québécois d’origine montréalaise et de réputation internationale Alexandre Da Costa (né en 1979), chef attitré de l’orchestre symphonique de Longueuil, réputé pour jouer sur un stradivarius fabriqué en 1701. L’artiste a lancé à la mi-juin un album intitulé « Je me souviens » rassemblant des airs populaires d’ici et d’ailleurs. En deux semaines, ce disque était numéro un des ventes au Québec et deuxième au Canada! Accompagné du pianiste torontois Graham Wood, de formation classique et jazz, le duo de virtuoses a offert 75 minutes de musique classique à la perfection. WOW! Outre la fugue de Bach, le canon de Pachelbel et les concertos de Vivaldi – que Da Costa considère comme « le premier compositeur de musique heavy métal au monde » (voir le mouvement de l’été dans Les Quatre saisons) – c’est les mélodies d’Amazing Grace, de Queen, de Robert Charlebois et de Leonard Cohen qui ont égayé nos oreilles toute la soirée. L’humour et le dialogue avec le public permettaient d’en apprendre davantage sur son métier, sa vie et ses inspirations (classique, rock, blues, gospel, jazz, pop). Fait plutôt rare, l’artiste a cassé une corde lors de la chanson Hallelujah, ce qui n’a pas empêché le pianiste d’improviser un impressionnant et complexe solo fusionnant le classique et le jazz tout en faisant chanter le refrain par la foule en attendant le retour de son collègue pour finir la pièce! C’était vraiment parfait comme spectacle et la foule leur a offert une ovation debout à plusieurs reprises avant la fin. Dommage qu’on ait dû refuser une centaine de personnes à la porte…

Lisa Leblanc sur la scène du Monastère, accompagnée de son groupe. Crédit : Jean-François Veilleux

J’ai connu l’acadienne Lisa Leblanc (née en 1990) il y a dix ans dans la foulée du « printemps érable » en 2012 avec la pièce qu’elle fera au banjo en rappel, « Ma vie c’est d’la marde ». La cour arrière du monastère était remplie à craquer pour l’artiste qui a reçu un accueil chaleureux de la part du public. Une brève averse n’a pas fait fuir beaucoup de gens, et jusqu’à la fin, elle a reçu des honneurs et des bravos. J’ai même été étonné de l’enthousiasme de la foule tellement le public était là pour elle et que j’avais rarement vu la foule aussi démonstrative à cette scène. Qui a dit que le disco était mort? Du moins, il s’incarne parfaitement à travers Lisa Leblanc, qui a fait danser l’auditoire sans arrêt, accompagnée d’un quintette de jeunes musiciens très expérimentés et tout aussi enjoués d’être présents. Parmi eux, un guitariste est d’origine trifluvienne. Vers la fin du spectacle, Lisa Leblanc s’est permis un bain de foule qui a été fort apprécié par l’auditoire en allant danser avec son public à l’avant de la scène. Avec autant d’enthousiasme de la part des festivaliers, j’espère qu’elle reviendra bientôt mais sur la scène principale du festival!

6 juillet

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QW4RTZ et la chorale de Chavigny devant une foule fidèle. Crédit : Jean-François Veilleux

Le 6 juillet, on dirait que tout Trois-Rivières s’était donné rendez-vous pour ce nouveau spectacle (plein d’inédits et de demandes spéciales) de la formation trifluvienne QW4RTZ. Le site était rempli pour ce génial concert interactif par l’entremise des réseaux sociaux (disponible par un code QR affiché sur un grand écran sur la scène), une sorte de spectacle dont vous êtes le héros! C’était un vote en temps réel de la part du public sur le site menti.com à certains moments de la soirée. Pendant le sondage, le groupe faisait sa propre musique d’attente « live ». C’est vraiment impressionnant, tout ce qu’ils font avec leur voix sans trucages. Ils ont offert au public un petit cours de beatbox vocal. Non seulement fier de jouer dans leur ville d’origine, fondé en mars 2010, mais leur premier spectacle était justement au FestiVoix pour remplacer un autre artiste à la dernière minute avec 15 minutes de répertoire (dont Dixie d’Harmonium), sans micros sur une scène de la rue Hart, alors qu’ils étaient en secondaire 5 (le vidéo est encore disponible sur YouTube). À l’époque, ils ont commencé à chanter dans les Petits chanteurs de Trois-Rivières. Pour l’occasion, ils ont invité sur scène un chœur de 20 élèves de Chavigny. Le premier sondage fut sur les années 1980 : Bryan Adams et Corey Hart l’emportent. Le deuxième sondage : la pièce « I’m Yours » de Jason Mraz a gagné contre le thème de Mario Bros. Le sondage numéro trois fut de manière presque unanime « La tribu de Dana » (sur leur premier album). Ils ont aussi fait une pièce country en hommage au prêt de matériel par le festival western de Saint-Tite : « Country Roads ». Puis, ils ont dédicacé la pièce « Crève mon sale » à la COVID-19, en terminant par « Crève Covid », apothéose du spectacle, sans oublier l’invitation de l’artiste canadien Elisii, qui a reçu une longue ovation du public après son solo musical et rythmique. Le quatrième sondage n’était pas vraiment un choix : « Bohemian Rhapsody » de Queen intégralement! C’est leur chanson la plus difficile mais aussi leur préférée. Ils ont refusé longtemps de la faire… « trop humbles » selon eux! Ils terminent avec « Hallelujah » de Leonard Cohen et « Papaoutai » de Stromae avec la chorale de Chavigny. Le groupe a eu au moins 5 à 6 ovations de la part du public durant le concert de 90 minutes. Malheureusement, le quatuor n’avait pas de kiosque de marchandise, j’aurais acheté au moins un disque. QW4RTZ ont aussi fait un extrait du nouveau spectacle qui sort cet automne, s’accompagnant avec un piano pour faire du Elton John. En rappel, c’était un medley spécial de Bruno Mars. P.S. Il reste quelques places pour leur prochain passage le 19 novembre à la salle J.-Antonio-Thompson. Extrait vidéo : https://youtu.be/7p6GhrSskFI 

8 juillet

C’est dans un Zénob plein à craquer, et avec vingt minutes de retard pour des problèmes techniques, que je tenais à assister au spectacle d’Isabelle Blais et de Pierre-Luc Brillant, bien accompagnés notamment par Dom, le bassiste de Voivod et Nicolas Rivard à la guitare. L’ambiance était feutrée. Après une introduction comme dans une station de radio, le groupe a fait des reprises augmentées (« J’ai demandé à la lune » d’Indochine, « Aimes-tu la vie comme moi » de Georges Thurston). C’est vraiment sympathique de voir un couple de comédiens musiciens sur scène, très agréable de voir cette complicité manifeste dans un mélange hétéroclite de genres musicaux bien vivants. Intitulé « Comme dans un film », le spectacle était en effet une succession de tableaux musicaux, une sorte de « voyage » comme ils ont affirmé au début du concert, d’une durée d’au moins 75 minutes. Ça groovait fort dans la place, une sorte de folie musicale contrôlée. Un invité est aussi venu ajouter de l’harmonica. Beaucoup d’humour au rendez-vous, plusieurs accents très dynamiques (un amalgame ou pot-pourri de folk, country, latino, rock, blues, métal acoustique, bluegrass), il y avait peu de temps morts. Même les transitions étaient mises en scène. Bravo! (Par contre, le désavantage des spectacles à 23h au FestiVoix, c’est que les gens saouls sont désagréables parce qu’ils parlent trop fort comme s’ils étaient seuls chez eux).

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