
| Territoire | Janvier à décembre 2020 | Janvier à septembre 2021 * |
| Mauricie Centre-du-Québec | 36 | 19 |
| Québec | 547 | 339 |
Source : CIUSSS-MCQ
Les effets sur le terrain
Mais les effets de la crise des opioïdes sur le terrain ne se limitent pas aux surdoses mortelles, fait valoir Kate Larkin, directrice et intervenante chez Tandem Mauricie. Les 12 intervenant.es de l’équipe Tandem offrent des services de proximité, des formations et des cliniques de dépistage auprès des utilisateur.trices. Il y a des surdoses non-mortelles et des psychoses qui ne peuvent parfois pas être prises en compte, explique Mme Larkin. Il y a aussi les constats provenant des utilisateur.trices mêmes. « Les substances sont plus fortes, les gens perdent connaissance sans nécessairement faire une surdose. Ils se sentent sur le pilote automatique, ils ont des pertes de mémoire. Ils nous disent des trucs comme ‘’Je me sens plus fucké que d’habitude’’, ‘’Je ne sais pas ce qu’elle avait cette batch-là !’’ Plusieurs ont un discours plus incohérent qu’avant. » Les intervenantes rapportent également voir de nouveaux visages : « On voit de plus en plus de jeunes, entre 18 et 25 ans, qui ont une consommation sporadique. Ils croient consommer des métamphétamines ou de la cocaïne, mais il y a très souvent du Fentanyl ou d’autres opiacés dans ce qu’ils prennent. » Or, le sevrage des opioïdes amène des symptômes physiques plus sévères que ce à quoi sont habitués les jeunes. « Il faut se défaire de l’image stéréotypée de l’homme âgé, seul, en situation de rupture sociale, et qui se pique parce qu’il cherche à mourir. Ces gens-là ne veulent pas mourir pour la plupart. Et la consommation par injection est beaucoup plus rare qu’on le pense », précise Mme Larkin.

Les effets de la crise des opioïdes se font sentir jusque dans les régions du Québec. La naloxone en vaporisateur, un médicament qui agit rapidement pour renverser les effets d’une surdose d’opioïdes, peut sauver des vies. – Photo : Alex Dorval
Travailler sur la réduction des méfaits
« Il y a aussi les surdoses associées à la polyconsommation. Au Québec, ce qu’on observe ce sont surtout justement des surdoses d’opioïdes mixées avec des métamphétamines », constate à son tour Bianca Desfossés, agente en réduction des méfaits au sein de l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance (AQCID). Puisque l’usage de substances est un phénomène universel impossible à enrayer totalement, il ne faut pas toujours viser l’abstinence, mais plutôt travailler à limiter les risques. L’AQCID définit la réduction des méfaits comme une approche basée sur une attitude bienveillante et humaniste, ayant comme principe que l’humain est en mesure de faire des choix plus positifs pour sa santé lorsqu’il a accès à du support […] c’est travailler à ce que les personnes puissent profiter des bienfaits et réduire les méfaits potentiels de l’usage de substances, qu’elles soient légales ou non. Dans le quotidien des intervenant.es, cela se traduit par de la sensibilisation, de la distribution de matériel de consommation, ou encore l’analyse de composition des substances avec tests de dépistage. Les intervenant.es de Tandem Mauricie distribuent depuis récemment des trousses de naloxone en vaporisateur. Disponible gratuitement dans les pharmacies, la naloxone est un médicament qui agit rapidement pour renverser temporairement les effets d’une surdose d’opioïdes. Une courte vidéo sur le site de l’INSPQ permet d’apprendre comment administrer la naloxone.
Ça concerne tout le monde
« Les surdoses surviennent parfois aussi suite à une prise de médicaments prescrits », ajoute Caroline Gravel, directrice adjointe chez Tandem. Puis il y a aussi ces cas où une prescription de morphine, pour une jambe cassée par exemple, se transforme en dépendance aux opioïdes. « La crise des opioïdes ça concerne pas mal plus de gens qu’on pense », soutient Mme Gravel. Pour s’attaquer à la réduction des méfaits et contrer les effets sur le terrain, il faudra d’abord une meilleure reconnaissance de l’expertise du communautaire, affirme pour sa part Mme Desfossés.
INFO :
Les opioïdes incluent notamment le fentanyl, l’héroïne, la morphine, l’oxycodone et la codéine. Dans les drogues de synthèse fabriquées sur le marché noir, les proportions de ces drogues et des autres médicaments avec lesquels elles sont mixées peuvent varier grandement et mener à des surdoses, mortelles ou non.






Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Se connecter