
Quand on entend parler du communautaire, autant dans les médias que dans les discours des politiciens et politiciennes, et parfois au sein même de notre mouvement, j’ai souvent l’impression qu’il manque quelque chose, qu’on passe à côté d’une chance de faire comprendre ce qu’on est réellement.
Quand on parle du communautaire, on parle souvent de services, d’activités, d’accompagnement, d’aide, de soutien, de réponses à des besoins de base. Ce qui est vrai. Mais en se limitant à ça, on passe à côté de l’essentiel, de ce qui nous rend unique au monde.
Le 19 mars dernier, l’Université d’Oxford publiait le rapport mondial sur le bonheur. C’est une enquête menée dans plus de 140 pays à partir de recherches en économie du bien-être, en psychologie, en sociologie et en sciences des politiques publiques. Ce rapport démontre entre autres que le bien-être est surtout relationnel et politique, pas juste économique. Ce qui rend les sociétés plus heureuses, ce sont les liens sociaux, la confiance et la capacité d’agir collectivement. Pas uniquement le PIB.
Ce qui est intéressant aussi, c’est que, cette année, le rapport présente des résultats pour le Québec et le reste du Canada. Alors que le Canada est 25e sur la liste, le Québec est en 5e place. Sans le Québec, le Canada descendrait au 35e rang. Il y a quelque chose qu’on a compris au Québec dans la recette du bonheur, du bien-être collectif. Quelque chose qui nous rend uniques, différent-es.
Il faut dire qu’au Québec on forme une société où le sens du collectif est bien développé. C’est ce qui nous différencie du reste du Canada et de plusieurs pays, et qui résulte d’une grande histoire de luttes, de revendications et de gains collectifs. Nous avons un modèle unique au monde institutionnalisé qui se définit ainsi : l’action communautaire autonome. L’ACA.
L’ACA, c’est loin d’être juste une offre de services pour prendre soin de la population. Ce qui rend l’ACA unique, et à ce point structurant, c’est surtout ce que ça permet et ce que ça change : des réponses collectives aux enjeux individuels, une occasion pour les gens de reprendre du pouvoir sur leur vie, la transformation sociale.
La Politique québécoise de reconnaissance de l’action communautaire fête ses 25 ans cette année. Peu de sociétés ont une politique de de type, avec un financement gouvernemental à la mission qui préserve une autonomie d’action et un filet social structuré et imbriqué comme pilier dans notre société.
On a de quoi être fier-ères ! Et, pourtant, j’ai souvent l’impression qu’on ne voit pas la richesse et le caractère unique, à préserver et à protéger, de l’ACA quand j’entends parler de nous. Il y a un écart encore trop important entre la reconnaissance de l’ACA sur papier et dans la réalité.
Peut-on vraiment parler de reconnaissance quand notre autonomie d’action est constamment fragilisée par du financement par projets et par ententes de services, ce qui nous contraint à répondre aux besoins de l’État plutôt qu’à ceux des communautés ? Quand on nous demande de faire preuve de créativité pour trouver d’autres sources de financement alors que le financement du gouvernement ne représente que 17,3 % de nos revenus à la mission globale ? Est-ce qu’on peut vraiment parler de reconnaissance de l’ACA quand le gouvernement fragmente le milieu en continuant à nous financer à travers différents ministères, avec des logiques sectorielles et des programmes, des redditions de compte et du soutien inégal d’un secteur à l’autre, que ce soit en santé, en éducation, en environnement, en jeunesse, ou en immigration, par exemple ?
Pourtant, on forme un tout.
Le mouvement d’action communautaire autonome, c’est plus de 4 500 organismes au Québec qui agissent directement sur des enjeux sociaux qui s’entrecroisent et s’influencent : pauvreté, logement, santé mentale, isolement, violence, accès au droit… Tout est lié.
Le communautaire ne serait peut-être pas à boutte si l’ACA était réellement reconnue. Si les élu-es comprenaient pleinement l’action communautaire autonome et avaient le courage de défendre et de porter ce modèle unique au maximum de son potentiel. C’est un modèle qui génère des retombées majeures, tant pour la cohésion sociale que pour l’économie. Selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques, chaque dollar investi dans le milieu communautaire québécois génère jusqu’à 12 $ d’économie en santé.
Il est temps de reconnaître l’ACA pour ce qu’elle est, et de lui donner les moyens d’agir pour qu’elle puisse faire ce qu’elle fait de mieux : transformer la société.
C’est ça, l’ACA.








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