L’intelligence artificielle (IA), n’est pas toujours de bon conseil. Mais les apparences de fiabilité sont là, et les apparences, ça compte ! Et l’IA investit beaucoup dans les apparences…
Selon un sondage de l’Autorité des marchés financiers (AMF), près du quart des personnes interrogées (23 %) ont déjà eu recours à l’IA pour s’informer sur la gestion de leurs finances personnelles. Cette proportion est plus élevée chez les jeunes adultes : 33 % pour les 18-24 ans, 43 % pour les 25-34 ans et 35 % pour les 35-44 ans. Parmi les personnes qui utilisent différents outils d’IA, 88 % se disent « satisfaites », dont 63 % « plutôt satisfaites » et 25 % « très satisfaites ».
Du côté de l’Institut de la planification financière (IPF), le sondage de 2025 renseigne aussi sur le recours à l’IA comme source d’informations financières.
Un peu moins du quart des gens ont répondu ne jamais y avoir recours (Tableau 1). Le groupe de répondant-es qui y recourent le plus (souvent ou à l’occasion) est celui des personnes qui ont établi leur planification financière sans aide professionnelle (34 %), la moyenne globale étant de 22 %.
Tableau 1 – Recours à l’IA pour obtenir de l’information financière
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Recours à l’IA |
Plan avec aide professionnelle |
Plan sans aide professionnelle |
Sans plan |
Total |
|
Souvent |
4 % |
6 % |
5 % |
5 % |
|
À l’occasion |
23 % |
28 % |
10 % |
17 % |
|
Rarement |
8 % |
15 % |
13 % |
12 % |
|
Jamais / n’utilisent pas l’IA |
65 % |
51 % |
72 % |
66 % |
Ce constat sur l’utilisation de l’IA pour la planification financière est intéressant et amène une question légitime : est-ce que l’IA est en voie de se substituer à l’être humain dans le domaine de la planification des finances personnelles ? Selon Mme Caroline Champagne, directrice générale de l’IPF, l’IA ne va pas remplacer « l’intelligence naturelle », mais ce qui inquiète, c’est le nombre croissant de personnes qui s’y fient. L’IA n’est pas une mauvaise chose en soi et les spécialistes en la planification financière aussi l’utilisent. Mais ces personnes sont cependant formées pour comprendre et interpréter les données fournies par l’IA générative et sont donc en mesure d’en faire une bonne utilisation, ajoute Mme Champagne.
Pour ce qui est de l’âge, ce sont les 25-34 ans qui, proportionnellement, utilisent en plus grand nombre l’IA (49,3 %), souvent ou à l’occasion, pour obtenir de l’information financière, et la moyenne pour l’ensemble des répondant-es est de 22 %. On constate aussi que 40 % seulement n’utilisent jamais l’IA pour obtenir de l’information financière ni même pour quelque autre information que ce soit.
Tableau 2 – Recours à l’IA pour obtenir de l’information financière selon l’âge
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Recours à l’IA |
18–24 |
25–34 |
35–54 |
55 + |
Total |
|
Souvent |
8,7 % |
11,4 % |
4,8 % |
0,1 % |
5 % |
|
À l’occasion |
19,1 % |
37,9 % |
16,6 % |
5,1 % |
17 % |
|
Rarement |
22,1 % |
10,8 % |
13,9 % |
7,6 % |
12 % |
|
Jamais / n’utilisent pas l’IA |
50,1 % |
39,9 % |
64,8 % |
87,1 % |
66 % |
Quelle influence l’IA a-t-elle ?
Chez les personnes interrogées qui utilisent l’IA pour obtenir de l’information financière, celles qui ont une planification financière sont les plus nombreuses à affirmer que l’IA influence beaucoup ou moyennement leurs décisions financières (61 % et 57 % respectivement, la moyenne étant de 50 %). Pour les groupes d’âge, les personnes les plus nombreuses à se dire beaucoup ou moyennement influences sont les 25-34 ans (57 %), suivies des 35-54 ans (53 %) et des 18-24 ans (47 %). La moyenne est de 50 % et le groupe d’âge des 55 ans et plus est celui avec le plus bas pourcentage de personnes (21 %) à se dire influencées.
La confiance en l’IA pour des conseils financiers
Parmi celles et ceux qui utilisent l’IA pour obtenir de tels conseils, 79 % disent accorder une grande confiance ou une confiance modérée. Les personnes ayant une planification financière (réalisée avec ou sans aide professionnelle) sont de loin les plus nombreuses à dire avoir une grande confiance ou une confiance modérée (86 % et 84 % respectivement). Même chose pour les 25-34 ans (83 %) et les 35-54 ans (80 %).
Un autre point : le recours à l’IA selon les revenus. Si on exclut les personnes qui n’utilisent pas l’IA, le premier constat est que le groupe de celles qui ont les revenus les plus faibles, soit moins de 30 000 $, est celui où on observe le plus bas pourcentage de gens qui disent avoir une grande confiance ou une confiance modérée en l’IA pour les finances personnelles. Les pourcentages les plus élevés vont aux personnes ayant des revenus entre 30 000 $ et 99 999 $ (entre 83 % et 88 %) et ce pourcentage diminue pour les revenus de 100 000 $ à 149 999 $ (75 %) et de 150 000 $ et plus (59 %).
Que peut-on émettre comme hypothèse pour expliquer ces variations de pourcentages ? J’irais en premier lieu avec l’idée que les plus bas revenus laissent peu de place à la planification et à l’optimisation financière, le coût de la vie faisant en sorte que la totalité ou presque des revenus sont utilisés pour des dépenses de subsistance. Pour les revenus un peu plus élevés, une marge de manœuvre peut se dégager, ce qui permet de faire une certaine planification financière, mais, comme les sommes disponibles ne sont pas très importantes, une planification approfondie peut ne pas être vue comme une nécessité, et c’est ici que l’IA pourrait être perçue comme un bon dépanneur.
Pour les personnes aux revenus les plus élevés, la capacité d’épargne est plus grande et les réflexions quant aux différentes options de planification et à leurs conséquences sont plus complexes. Pour ces personnes, il est plausible que l’IA devienne une solution de planification moins intéressante et que le recours à un-e spécialiste soit plus attrayant !







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