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Le Chic Camping Bureau a notamment rendu possible l’émergence du Festival d’arts performatifs de Trois-Rivières, co-organisé par Isabelle Clermont et Sébastien Goyette Cournoyer, dont la dernière présentation en 2019 a attiré plus de 250 personnes. Photo : Dominic Bérubé

Peu connus du grand public, de petites communautés tissées serrées résistent à la culture dominante du chacun-pour-soi et de l’art consommable. Les membres de cette mouvance contestataire, en plus de partager leur quotidien et leurs savoirs, permettent l’accès à des espaces de création et de diffusion artistiques, loin des réseaux commerciaux de l’industrie culturelle traditionnelle. La Gazette de la Mauricie s’est entretenue avec deux groupes citoyens qui font partie de ce type de mouvement underground au centre-ville de Trois-Rivières et qui proposent une avenue culturelle et sociale alternative.

Le Chic Camping Bureau : oasis de liberté dans un monde (un peu) fou

Situé dans le quartier Saint-Philippe, Le Chic Camping Bureau n’est pas un simple immeuble d’habitation. Quand on y entre, on comprend rapidement qu’il s’apparente plutôt à un microlaboratoire d’exploration sociale, dont les locataires se sont approprié l’espace depuis maintenant 12 ans : « Il y a toujours eu des gens créatifs ici. Tranquillement, on a nettoyé la cour, on s’est mis à jardiner ensemble, à faire des BBQ, puis la communauté s’est bâtie. On s’est retrouvé à attirer des gens qui étaient assez willing d’essayer des affaires », souligne François Bernier, l’un des initiateurs du projet.

Hors des cadres institutionnels habituels, les résidents ont progressivement commencé à organiser toutes sortes d’activités ouvertes à la communauté : « Soupers spontanés, feux de camp, jams [improvisations collectives], soirées cinéma en plein air, spectacles extérieurs… On organise même des assemblées de cuisine avec les candidats aux élections provinciales et municipales ! », souligne François.

Le Chic Camping Bureau attire des gens d’un peu partout, même de l’extérieur de la région, mais aussi des citoyens du quartier qui tolèrent ce regroupement spécial et qui participent parfois à ses activités : « On n’a jamais eu de plaintes et la plupart du temps les voisins se joignent à nous. Quand on fait de gros événements, on va même cogner aux portes pour les inviter ! », mentionne Camille, un autre résident qui contribue à la vie de l’endroit.

Le Bloc : résolument à contre-courant

Une autre communauté a émergé plus récemment au centre-ville de Trois-Rivières. Les résidents du Bloc* ont acquis trois triplex adjacents et les ont peu à peu transformés en espace partagé depuis maintenant sept ans. Dans la grande cour arrière, on jardine, on s’occupe des poules, on fait des potlucks… et on organise des concerts pouvant rassembler plus de 100 personnes. Dans les appartements, on tient des soirées de poésie ou de jeux, des concerts de salon, des improvisations musicales et des soirées de troc où les personnes participantes sont invitées à échanger leurs créations.

Selon Dominic, membre de la petite communauté, « chacun offre un peu de ce qui l’intéresse […] On s’entraide dans notre quotidien, mais aussi lors des événements ». Ce qui l’intéresse particulièrement, c’est l’organisation de concerts, un volet très populaire au Bloc : « On est devenu une scène underground très appréciée à Trois-Rivières. Ici, les artistes reçoivent des chapeaux [NDLR : Contributions volontaires de l’auditoire] pas possibles. Mais ce qui les attire d’abord et avant tout, c’est l’écoute et le respect qu’ils reçoivent ici : les gens ne jasent pas pendant les spectacles et il y a un partage qu’on ne voit pas ailleurs. Faire un show [au Bloc], c’est devenu très recherché par les jeunes groupes. »

Pour sa part, Noémie habite ce lieu depuis six ans : « Ici, on est tous du monde différent qui a envie de se rassembler et de partager. Moi, ce que je préfère, c’est de cuisiner et de partager ma bouffe. » La jeune femme n’a jamais regretté la décision d’élever son enfant dans cette communauté qu’elle qualifie de bienveillante : « Quand on revient de la garderie, il va voir les gens et il se nourrit de chacune de ces personnes-là. C’est une richesse que je ne trouverais jamais si j’étais isolée dans une maison en banlieue. »

Pruneau, un autre résident du Bloc, croit pour sa part que la cohésion du groupe donne à chacun une meilleure résilience : « Pendant la pandémie, ont était beaucoup moins isolés que les autres. On sortait sur notre balcon avec notre café et on discutait. On n’a jamais été seuls, personne n’a jamais été dans le trouble. » Pour lui, la société devrait travailler à redévelopper davantage cette culture du vivre ensemble : « Il doit y avoir eu une époque où le monde parlait à leurs voisins pis que c’était normal ! Nous, on développe ce rapport de base. Finalement on veut juste partager qui on est. »

 

*Nom fictif : Les résidents du Bloc nous ont demandé de changer le nom du lieu et de demeurer anonymes.

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