
Précis de fantômologie, de Julie Hyland, est sorti en février 2026 aux éditions La Mèche. 265 pages.
Les éditions La Mèche ont une nouvelle direction artistique depuis le départ annoncé le 23 mai dernier de Sébastien Dulude. Les nouvelles fournées littéraires se font depuis sous l’égide de Véronique Béland. Parmi les dernières parutions, on retrouve le premier roman de Julie Hyland, Précis de fantômologie. Dans une poésie romantique, cette autofiction aux accents transcendantalistes explore l’histoire généalogique des Hyland. C’est un voyage qui couvre trois générations, de l’Ontario à l’Arctique en passant par l’Abitibi.
Les fantômes des racines
Dans une perspective naturaliste, Hyland nous offre ici une exploration de son histoire familiale. Son enfance à Rouyn-Noranda est hantée par un souvenir atavique qui n’est pas le sien. Son père l’amène un jour dans une sombre cabane où les archives de Wilfred William sont entreposées. Dans ces cahiers malfamés, le grand-père de Hyland parle de sa vie dans ce Rouyn-Noranda des débuts, une sorte de Klondike au tas d’illuminés. Comme il est mort de manière suspecte, de trois balles à la poitrine, le doute plane sur la nature réelle de son décès : suicide ou meurtre ?
Dans l’atmosphère étouffante de la maison, le père tente de se donner la mort. C’est à partir de ce moment que dans le récit de la narratrice se trouvent intercalés des extraits du journal intime de W. W. Hyland. Dans ces pages, on retrouve le sombre portrait de la déliquescence de l’ancêtre, rongé par un mal de vivre.
À mesure que la vie du grand-père s’ouvre sur le monde, grâce à ses aventures de chercheur d’or, celle de Julie devient étouffante. Sa maison est maintenant hantée par le souvenir de ce grand-père et par un père moribond laissé affligé par son suicide raté. Mais la hantise s’accompagne aussi d’infestations, les sphaignes poussant dans le sous-sol et les arbres pourrissant au grenier.
Une poésie qui se perd
Julie Hyland démontre son excellente plume dans ce premier roman. Elle décrit à merveille la majesté naturelle de l’Abitibi et des contrées boréales et sait mettre l’accent sur les sentiments de liberté lorsqu’elle écrit : « Je laisserai le hasard décider de mon sort. La nature pour seul maître. » Les références littéraires ainsi que le style suscitent un intérêt à l’aube de l’histoire.
Toutefois, pour nous, la poésie de Précis de fantômologie finit par s’essouffler, par se perdre. Si une direction est donnée dans les premiers éléments de l’histoire, on sent qu’ultimement il y a plus ou moins de point focal. Dans cette succession d’épisodes thématiques, on a l’impression, tel le grand-père de l’histoire, d’être nous aussi perdu-es dans la toundra. Je n’ai pas compris avec ce livre où Julie Hyland souhaitait nous amener dans sa tentative d’exploration de ses fantômes et de ses racines. On y comprend tout de même que, parfois, on ne peut être heureux qu’en étant libres, dans la nature.
Précis de fantomologie offre un regard sur les thématiques de la dépression et de la liberté. Ce premier roman de Hyland, loin d’être sans faute, pourra plaire aux amateurs d’intimité et de contemplation.






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