L’animatrice de Racines mauriciennes, Valérie Deschamps, nous propose de l’accompagner à travers son périple en Mauricie alors qu’elle va à la rencontre de Pierre, Louise, Simone et bien d’autres personnes aînées de notre territoire à la recherche des histoires fascinantes du monde ordinaire; ces histoires qui au fil du temps ont tricoté notre identité collective régionale. Cette série est produite par La Gazette de la Mauricie et présentée par la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie. Elle est aussi rendue possible grâce à la contribution du Gouvernement du Québec et de son programme Québec ami des aînés.

Lucille Boisvert
À 17 ans, elle est déjà mariée. Lucille et son mari s’installent dans une maison de Saint-Étienne-des-Grès, qui a depuis été rasée par la construction de l’autoroute 55. « Mon mari était journalier », explique madame Boisvert. Dans le récit de sa vie, un drame frappe la famille alors qu’elle a environ 40 ans. Le couperet tombe : son mari est atteint de dystrophie musculaire. Après avoir donné un coup de pouce aux revenus familiaux, Lucille devenait maintenant le pourvoyeur financier de la famille en plus de s’occuper de toute la maisonnée, étant donné l’incapacité physique de son mari. « Mon frère pis son beau-père bûchaient. Ils faisaient du 6 à 8 cordes par jour. Dans ce temps-là, c’était pas gros, mais c’était gros pour nous autres ! On partait pour la semaine. Mes enfants, c’était ma belle-sœur qui les gardait », raconte Lucille. Même si la mère de famille partait pour de longues semaines, elle préparait les lunchs des enfants avant son départ en plus de ceux des hommes au chantier les midis, à la roulotte. Le répit ? Ça n’existait pas vraiment pour Lucille ! « On se levait vers 3 h 30 – 4 h pis on revenait dîner, je préparais le repas, puis on repartait pour revenir vers 17 h », se rappelle-t-elle. « J’aimais ben ça, le bois. J’aime bin ça, être dehors ! Mais quand je revenais à la maison, j’avais encore de l’ouvrage. Fallait que je fasse mon ménage moi aussi, pareil comme les autres ! » me conte-t-elle. Et tout comme les autres, le trio devait parfois aller sur d’autres chantiers, accompagnant d’autres équipes pour travailler sur de plus gros contrats. « Le monde trouvait ça drôle. J’avais une petite scie mécanique quand j’ai commencé, mais c’était pas assez gros. Ça allait pas assez vite. Donc j’en ai acheté une plus grosse. Le monde a dit “comment tu fais pour porter ça à longueur de journée ?” Bin ça ne me dérangeait pas », explique la femme de 5 pieds 1 pouce. « Quand on est allé à Grand-Mère, les hommes pensaient tous que c’était une grande femme qui bûchait. Que c’était pas moi. Ma voisine était bin plus grande que moi ! Dans le village, les gens me demandaient si c’était moi, je répondais que bin oui ! Eille, y’en a qui venaient me voir bûcher. Ils pensaient que je tassais juste les branches ! Mais c’était pas ça que je faisais ! » se souvient Lucille. S’est-elle remariée, notre légende stéphanoise ? Du tac au tac, elle me répond : « Non ! J’en veux pas ! On est bin. On mange quand on veut. On pète quand on veut ! J’veux rien savoir ! » s’exclame-t-elle en riant. Rire contagieux et franc, on sent qu’elle en a vu d’autres, Lucille. On perçoit toute la force qui l’a guidée à travers les épreuves de la vie. À travers les défis que devait relever une femme de son époque sur les chantiers remplis d’hommes. Une âme forte. Un esprit de résilience. Une volonté de rester droite comme les arbres des forêts mauriciennes. Anecdotes, fous rires et plaisirs sont au menu de votre écoute de cet épisode de Racines mauriciennes.







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