
Amis de longue date et musiciens de formation passionnés par le son, c’est durant la pandémie qu’Anthony Gagnon Boisvert et William Simard ont conçu Prismaphonik
Les projets créatifs nés chez nous trouvent parfois un écho bien au-delà de nos frontières. C’est le cas de Prismaphonik, une œuvre immersive imaginée par Anthony Gagnon Boisvert et William Simard, présentée jusqu’au 17 août au Spruce Street Harbor Park, à Philadelphie, après une escale à Orlando.
À La Gazette, nous connaissons bien Anthony, qui fait partie de notre équipe de collaborateur-trices et contribue à nos services professionnels de production de balados et de contenus audio. Quelques heures après son arrivée à Philadelphie, j’ai échangé avec lui afin qu’il nous raconte les coulisses de cette nouvelle aventure internationale, les mois de préparation qu’elle a exigés et la fierté de voir une création d’ici captiver un public américain.
Prismaphonik est maintenant présentée à Philadelphie. Comment s’est déroulée cette aventure?
C’est une expérience extraordinaire. L’œuvre est installée au Spruce Street Harbor Park, un magnifique parc aménagé au bord d’une rivière où les gens viennent marcher, manger, relaxer et profiter de l’été. Dès notre arrivée, on a eu le sentiment que Prismaphonik avait trouvé un endroit idéal pour être présentée.
Cette présentation a été rendue possible grâce à notre collaboration avec QDSinternational, qui représente Prismaphonik à l’international et qui nous a obtenu ce contrat.
Ce projet représente bien plus que quelques journées sur place…
Absolument. Même si nous sommes restés seulement quelques jours à Philadelphie, cette présentation est le résultat de plusieurs mois de travail. Depuis le printemps, j’ai consacré énormément de temps à remettre Prismaphonik en parfaite condition. L’œuvre a beaucoup voyagé au fil des années et elle avait besoin d’une importante maintenance. Je voulais réparer tout ce qui pouvait l’être, mais aussi prévenir les problèmes qui auraient pu apparaître pendant les deux mois d’exposition.
William Simard a également réalisé un travail colossal. Il s’est occupé d’une grande partie de la logistique et a poursuivi le développement du logiciel qui contrôle toute l’installation. Les améliorations apportées à l’expérience visuelle permettent aujourd’hui à Prismaphonik d’atteindre un tout autre niveau.
Comment s’est déroulée l’installation?
Nous avons quitté Trois-Rivières le 23 juin avec un camion cube transportant les 12 prismes. Le lendemain, avec l’aide de quatre travailleurs locaux, l’installation s’est déroulée très efficacement.
Voir les 12 prismes prendre place dans un décor aussi magnifique, au bord de l’eau, c’était un moment très émouvant. Après des mois de préparation, le projet prenait enfin vie.
Le soir même, nous avons observé attentivement le fonctionnement de l’installation. Comme souvent, nous avons repéré quelques petits ajustements à effectuer. Le lendemain a donc été entièrement consacré à peaufiner les derniers détails afin de repartir avec la certitude que tout fonctionnerait parfaitement jusqu’à la fin de l’exposition.
Tu as également composé une nouvelle œuvre musicale pour cette édition?
Oui. J’ai composé une pièce instrumentale originale d’environ cinq minutes qui sera diffusée pendant toute la durée de l’installation.
Deux groupes de Philadelphie, SnackTime et Orchestra 2001, participent aussi à l’expérience. J’ai reçu le mandat d’adapter leurs œuvres, ainsi que la mienne, afin qu’elles puissent être diffusées par Prismaphonik. Chaque composition a dû être entièrement réorganisée pour que chacun des 12 prismes diffuse un instrument différent: voix, batterie, basse, guitares, claviers, percussions… Les gens peuvent ainsi marcher entre les prismes, isoler chacun des instruments ou encore prendre du recul pour entendre l’ensemble de la pièce. C’est ce qui rend Prismaphonik unique.
Quel a été ton plus beau moment?
Sans hésiter, voir les premières personnes découvrir l’œuvre. Sans aucune explication, elles entraient naturellement dans les prismes, passaient d’un instrument à l’autre, essayaient de comprendre le fonctionnement et prenaient le temps d’écouter. À ce moment-là, on réalise que toutes les heures investies dans un projet comme celui-là prennent leur sens.
Qu’as-tu ressenti au moment de quitter Philadelphie?
Nous avons repris la route vers Trois-Rivières avec un profond sentiment d’accomplissement. C’est toujours particulier de quitter une œuvre sur laquelle on travaille depuis des mois, mais c’est aussi très gratifiant de savoir qu’elle continuera d’émerveiller des milliers de personnes tout au long de l’été.
Après Orlando, il s’agit de la deuxième présentation de Prismaphonik aux États-Unis. Comme créateur, c’est une immense fierté de voir une œuvre imaginée au Québec voyager à l’international.
Tu espères un jour présenter Prismaphonik à Trois-Rivières. Si tu avais carte blanche, où l’installerais-tu?
Je choisirais l’esplanade de l’Amphithéâtre Cogeco. C’est un endroit magnifique qui mettrait l’œuvre en valeur et où beaucoup de gens circulent avant les spectacles. Durant l’été, nous pourrions même adapter le répertoire musical en fonction des artistes qui se produisent à l’amphithéâtre afin d’offrir une expérience encore plus ancrée dans la réalité trifluvienne.
Au-delà de la fierté personnelle, que représente cette présence aux États-Unis pour la création numérique québécoise?
Je pense que ça démontre le savoir-faire des créateurs et créatrices d’ici. Nous ne sommes pas les seuls à développer des œuvres interactives, alors si Prismaphonik est retenue à l’extérieur du Québec et du Canada, c’est qu’elle possède quelque chose qui la distingue.
Aux États-Unis, les gens sont souvent surpris d’apprendre que l’œuvre vient de Trois-Rivières. Nous en sommes très fiers. D’ailleurs, partout où Prismaphonik est présentée, nous tenons à ce que le texte explicatif soit également offert en français. Même loin de chez nous, il est important que nos racines québécoises demeurent bien visibles.







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