
Les ravisseuses, aux éditions Le Quartanier.
Une nouvelle œuvre a vu le jour dans la collection «Parallèle» des éditions Le Quartanier. Les ravisseuses, de Charles Dionne, nous offre une histoire d’horreur glaciale. Premier roman tord-boyaux dont l’intrigue se déroule au cours de la période de la chasse au Québec, il saura plaire aux amateurs de sensations fortes et de mysticisme.
Chaque année, quatre ami-es d’enfance se rejoignent sur une terre à bois de la Mauricie pour participer à la chasse. Philippe, Anabelle, Rémy et Walid sont toutefois soudé-es par plus que l’amitié, car un lourd secret les ronge en silence. Dans la chaleur de la cabane ou dans l’humidité du mirador, cette façade commence à mettre à mal plusieurs d’entre eux.
Les quatre ami-es voient depuis des années leurs vies amputées, comme maudites. Walid se perd chaque soir dans l’alcool et la drogue, étiolant sa relation avec ses camarades, tandis que Rémy, lui, essaie de passer au travers du deuil de sa femme, morte d’une leucémie foudroyante. Anabelle est submergée par les pensées des gens et une envie dévorante, tandis que Philippe a laissé la colère l’envahir.
Alors qu’ils-elle croupissent dans la forêt, ils-elle se remémorent les événements tragiques autour d’un vol de chips dans leur enfance, le moment où tout a basculé. Les ami-es s’enflamment et réalisent que peu de choses les retiennent si ce n’est ce pacte du silence. Le secret vite oublié, ils-elle retournent à leur chasse, jusqu’au moment où la moitié du groupe disparaît.
Les souvenirs ne sont pas la seule chose qui les hante. Quelque chose rôde dans les bois, une force surnaturelle qui tourne autour du camp.
Un artisan de la peur
Charles Dionne, avec ce premier roman, montre qu’il est un artisan de la peur comme il y en a peu au Québec. C’est sa force ici puisque, à chaque passage terrifiant, il tente de nous tordre les tripes. Pour ma part, j’ai particulièrement apprécié tout le côté mystique qui entoure les ravisseuses, des forces maléfiques antagonistes entourées par une mythologie qui reste voilée, ce qui encouragent les lecteurs et lectrices à les craindre encore plus et même, lorsqu’elles agissent, à être dégouté-es par leur voracité gargantuesque. L’atmosphère des lieux est aussi un grand avantage du roman; que ce soit l’opacité de la forêt, le vide du stationnement d’une usine de chips ou une maison abandonnée, Dionne a habilement fignolé le tout.
Le livre nous rend nauséeux à cause de la futilité de l’existence à mesure que se développe le personnage d’Anabelle. Les réflexions nous amènent à penser que nous vivons des vies que d’autres décident pour nous, que rien ne va. Que nos choix et nos peurs nous rendent petit-es et vil-es, et que le genre humain, s’il ne trouve pas la force de les transcender, est voué à l’échec et au néant. Anabelle elle-même n’y échappe pas et tente de s’en libérer.
Bien qu’il reste proche de ses influences, Dionne a su nous montrer habilement sa couleur dans ce roman qui deviendra un incontournable de l’horreur québécois, d’une noirceur sans fin dans cette histoire de violence, de chasse et de chips.






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