Stéphanie Dufresne – Environnement – 9 décembre 2021

Une nouvelle étude de RECYC-QUÉBEC dévoile que les lieux d’élimination de la province enregistrent une hausse astronomique de certaines catégories de matières résiduelles.

C’est le cas notamment des encombrants (électroménagers, meubles et autres articles de maison) qui prennent le chemin des sites d’enfouissement ou des incinérateurs sans être réutilisés ou recyclés. Ces lieux d’élimination en ont reçu 141 % de plus en 2019 qu’en 2011. Le constat est similaire pour les résidus domestiques dangereux (RDD) qui ont augmenté de 137 % durant la même période, selon une étude de caractérisation réalisée par RECYC-QUÉBEC à l’entrée de 19 lieux d’élimination du Québec en 2019-2020.

Certaines catégories de matières résiduelles connaissent une hausse astronomique dans les lieux d’élimination du Québec. Photo : Dominic Bérubé 

Résidus de construction : le tiers des déchets

Les résidus de construction, de rénovation et de démolition (CRD) ont enregistré une hausse de 21 % depuis 2011. C’est toutefois leur quantité qui choque. En effet, en 2019-2020, 1 362 000 tonnes de résidus de ce type se sont retrouvées dans les lieux d’élimination de la province, sans avoir pu être réemployées, recyclées ou valorisées. Cela représente près du tiers de tous les rebuts éliminés au Québec. La moitié de ces résidus est constituée de bois.

Ce constat inquiète le Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDC), qui anticipe l’augmentation prévue des activités de construction dans la prochaine décennie. En outre, Le Plan québécois des infrastructures 2020-2030 envisage des dépenses moyennes de 13 milliards de dollars par année. Le CBDC a participé à la consultation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) dans le cadre de l’enquête sur l’état des lieux et la gestion des résidus ultimes. Dans le mémoire qu’il a déposé, l’organisme souligne notamment que le plan d’action gouvernemental pour le secteur de la construction publié en mars 2021 « ne fait aucune mention de l’aspect du développement durable ».

 Composition des matières éliminées au Québec 

Catégorie de matières Tonnage 2019-2020 Évolution (hausse ou baisse) entre 2011 et 2019
Papier et carton 564 000 4,1 %
Verre 78 000 -9,0 %
Métal 143 000 -14,8 %
Plastique 471 000 -13,9 %
Sous-total (matières recyclables) 1 256 000 -6,4 %
Matières organiques 1 485 000 -34,0 %
Encombrants 215 000 141,4 %
Résidus de construction, rénovation, démolition (CRD) 1 362 000 21,3 %
Textiles 292 000 81,9 %
Résidus domestiques dangereux (RDD) 61 000 136,9 %
Autres 242 000 18,0 %
Total  4 913 000 -5,4 %

Source : RECYC-QUÉBEC (15 novembre 2021). Étude de caractérisation à l’élimination 2019-2020. 

Le timide progrès du recyclage

Par ailleurs, les matières recyclables, qui englobent papier, carton, plastique, verre et métal, ont connu une diminution globale de 6 % des quantités envoyées à l’élimination pour la période 2011-2019. Dans son rapport, RECYC-QUÉBEC observe toutefois une hausse importante (54 %) des cartons rejetés par les industries, commerces et institutions (ICI) pendant cette même période.

Au total, 1,1 million de tonnes de ces matières ont pris le chemin de l’enfouissement en 2019. Et cela, « même si la grande majorité d’entre elles sont recyclables et pour lesquelles existent des installations de tri, conditionnement et recyclage, ainsi que les marchés permettant de les écouler », note RECYC-QUÉBEC.

1,1 million de tonnes de matières recyclables ont pris le chemin de l’enfouissement en 2019 au Québec. Photo : Dominic Bérubé

Matières organiques : le bac brun donne des résultats 

Alors qu’elles représentaient 43 % du total éliminé en 2011, les matières organiques correspondent aujourd’hui à 30 % des matières éliminées. La mise en place de collectes municipales – les bacs bruns – au cours des dernières années dans 60 % des municipalités du Québec expliquerait cette diminution.

Lire aussi : Le fameux bac brun : entre acceptabilité sociale et frilosité politique

La montée du gaspillage vestimentaire 

Cependant, la quantité de textiles qui sont acheminés dans les lieux d’élimination a presque doublé entre 2011 et 2019. RECYC-QUÉBEC attribue cette augmentation notable au phénomène de la mode éphémère (fast fashion) qui mise sur la surconsommation de vêtements et qui provoque donc le gaspillage vestimentaire.

Un enjeu de société majeur

Les résultats de cette vaste étude d’envergure provinciale ont été déposés par RECYC-QUEBEC à la commission du BAPE. Il s’agit de la seconde étude du genre au Québec, la première ayant été réalisée en 2011-2012.

Dans l’ensemble, malgré tous les efforts et investissements qui ont été faits dans la dernière décennie pour la gestion des matières résiduelles, la réduction globale de la quantité de déchets acheminés vers les lieux d’élimination n’est que de 5 %. Ce constat a de quoi nous inquiéter, d’autant plus qu’aucune solution n’est proposée par les instances gouvernementales pour endiguer à la source la production de déchets.

Le rapport du BAPE sur l’état des lieux et la gestion des résidus ultimes est attendu à la fin du mois de janvier 2022.

Selon un sondage Léger réalisé pour le compte du BAPE, 93 % des Québécois jugent que la gestion des déchets constitue un enjeu de société majeur, auquel il faut s’attaquer rapidement.

Mobilisation pour la mise en place du bac brun en mai 2021 à Trois-Rivières. Photo : Dominic Bérubé.

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