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Le président de la Fondation Émergence, Patrick Desmarais. Crédit : Fondation Émergence

« Chaque seconde, l’intolérance écourte des vies. » Telle est la thématique choisie par la Fondation Émergence, instigatrice du 17 mai comme Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie. Son équipe tente chaque année de frapper l’imaginaire de la population dans un but de sensibilisation et d’appel à l’action. Patrick Desmarais, président de cette fondation, s’est entretenu avec nous.

« Cette année, dit-il, nous avons un objet symbolique qui va montrer d’une certaine façon que les personnes LGBTQ+ perdent du temps précieux de leur vie parce qu’ils et elles ont vécu ces violences-là. C’est une montre qui compte 54 secondes plutôt que 60. Ces six secondes en moins représentent six types de violence que subissent les personnes dans la communauté LGBTQ+ : de la violence physique, psychologique, sexuelle, économique, institutionnelle et, malheureusement, médicale. »

Des violences physiques et psychologiques

Deux des six types de violence évoqués sont les violences physique et psychologique. Si l’on peut croire que les personnes issues de la diversité sexuelle et de genre sont désormais épargnées par la violence physique au Canada, ce n’est pas le cas ; en 2021, 39 % des personnes LGBTQ+ canadiennes ont rapporté avoir été victimes de violence physique en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité ou de l’expression de leur genre.

Quant à la violence psychologique, Patrick Desmarais évoque le suicide récent d’un enfant non binaire de Gatineau, Alex, à la suite d’intimidation à son endroit en raison de ses questionnements sur son identité et son orientation sexuelle. Un événement pour le moins tragique : Alex avait dix ans. « Ce qu’il est important de voir, c’est qu’il y a une détresse psychologique, une violence psychologique qui se vit », plaide M. Desmarais.

Des violences sexuelles et économiques

Dans l’ère #MeToo, dénoncer les agressions sexuelles apparait comme une évidence, mais on ignore peut-être que, comme le mentionne le président de la Fondation Émergence, « les personnes LGBTQ+ sont trois fois plus à risque de subir une agression sexuelle ».

Patrick Desmarais évoque également de nombreux enjeux liés à la violence économique, natamment l’expulsion : « Durant la pandémie, il y a eu un retour des jeunes dans leurs familles, parce qu’ils et elles ne pouvaient plus travailler. Et il y a eu beaucoup de personnes LGBTQ+ dont la famille, finalement, ne voulait plus d’elles. Que ce soit au Québec ou ailleurs, il y a eu un débordement de personnes qui n’avaient plus de place dans leur famille parce qu’elles étaient LGBTQ+ », souligne M. Desmarais. Une étude effectuée en 2021 conclut d’ailleurs que, depuis le début de la pandémie, le taux d’itinérance des jeunes LGBTQ+ à Toronto a presque triplé.

Des violences institutionnelles et médicales

La violence institutionnelle sévit également partout dans le monde envers les personnes issues de cette communauté : « Il y a 11 pays qui exécutent encore des personnes LGBTQ+ juste parce qu’elles sont LGBTQ+. Il y en a 66 qui pénalisent l’homosexualité à différents niveaux. »

Enfin, la Fondation Émergence dénonce les violences médicales, particulièrement envers les personnes trans et intersexes. Nombre de personnes intersexes mineures ont vécu plusieurs opérations sans leur consentement afin de « soi-disant, laisser exprimer un genre plutôt qu’un autre sur un corps », avance Patrick Desmarais. « Il y a des personnes trans qui ont des enjeux de santé et évitent d’aller dans des centres médicaux pour éviter des mauvais traitements ou de la discrimination », ajoute le président de la Fondation.

L’importance des alliés(-es)

Afin de contrer la discrimination et l’isolement, particulièrement en temps de crise sanitaire, le soutien des alliés(-es) est vital. « On travaille beaucoup avec l’aspect que les alliés et alliées, c’est bien important. C’est un bouclier contre l’intolérance », affirme Patrick Desmarais.

Et les chiffres ne mentent pas. Par exemple, on rapporte que « le taux d’idéations suicidaires des jeunes trans diminue de 93 % lorsque ces jeunes vivent au sein d’une famille où le soutien parental est fort(1). »

Pour sensibiliser la population mondiale à ces enjeux, la Fondation Émergence produit du contenu éducatif traduit en 20 langues, disponible sur son site Web. Le site Web de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie offre également du matériel de sensibilisation.

 

(1) Source : Identités et orientations sexuelles, volume 40, numéro 3, 2015.

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