Un texte de Charles Fontaine, collaborateur
La tenue de la 30e Conférence des parties (COP30) à Belém en novembre dernier n’est pas passée inaperçue. Le choix du lieu, en plein cœur de l’Amazonie, a su nous rappeler la fragilité de ce territoire essentiel pour le climat, mais aussi nous montrer les tensions qui l’habitent : déforestation, pressions économiques, biodiversité menacée. C’est dans ce contexte que la délégation jeunesse de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) a participé à la COP30 et au Sommet des peuples, le mois dernier.
Composée de sept jeunes militant-es, dont trois jeunes Autochtones, la délégation a porté un plaidoyer résolument féministe axé sur la justice climatique et la défense des droits des communautés les plus touchées, en particulier celles du Sud global. Sa présence visait également à rappeler aux décideurs et décideuses du Québec et du Canada qui étaient sur place leurs responsabilités dans la mise en œuvre de politiques climatiques cohérentes.
« La COP30 en Amazonie permet de recentrer les discussions sur les territoires les plus touchés par la crise climatique », explique Frédérique Malecki, membre de la délégation. Selon elle, cette COP a été un moment pour confronter les contradictions qui persistent entre les engagements politiques et les pratiques qui perpétuent la logique extractiviste.
Un moment fort pour les gardiens et gardiennes du territoire
Au fil des jours, la délégation a multiplié les rencontres diplomatiques et a participé aux discussions du Sommet des peuples. Parmi les voix qui se démarquent, celle de Samuel Rainville, directeur des relations et de l’engagement auprès des premiers peuples de l’Université du Québec à Trois-Rivières, offre un regard particulièrement attentif sur les réalités du terrain. Il a observé notamment une présence militaire très forte à cette COP, une présence qui, selon lui, créait un contraste frappant avec l’engagement des défenseurs et défenseuses autochtones.
Samuel Rainville plaide pour une participation des peuples autochtones qui soit pleine, équitable, inclusive et effective dans les décisions climatiques mondiales. Pour lui, il ne s’agit pas d’une revendication périphérique, mais d’un impératif si l’on souhaite que les solutions internationales prennent réellement en compte les réalités du terrain.
Hadishrayen Diego Gros-Louis Rock, un jeune Wendat-Innu membre de la délégation, réitère l’importance du rôle des peuples autochtones dans la lutte climatique. Selon lui, la souveraineté alimentaire et les pratiques traditionnelles d’agriculture liées aux Trois Sœurs (maïs, courges et haricots) témoignent d’une relation au territoire qui doit être mieux reconnue et intégrée aux réponses climatiques internationales : « Nos valeurs de respect, de bienveillance et de pensée circulaire demeurent au cœur de notre quotidien et inspirent la protection de nos forêts, de nos terres, de notre eau et de notre territoire. La COP30 [aura été] pour moi et l’ensemble de la délégation l’occasion de réaffirmer et de faire progresser la lutte contre les changements climatiques depuis cette perspective wendat. »
Pas de justice climatique sans redistribution du pouvoir
Une grande part de la responsabilité face à tous ces enjeux revient aux pays industrialisés. Comme le souligne la délégation de l’AQOCI, le Canada fait partie des 10 plus grands émetteurs mondiaux de GES et doit conséquemment assumer une part significative du financement climatique. « Ce financement doit avoir un impact réel à l’échelle locale », précise Frédérique Malecki. La justice climatique s’évalue non seulement en tonnes de CO₂, mais aussi dans la manière dont les ressources sont investies sur le terrain », rappelle-t-elle.
La délégation insiste aussi sur la dimension de genre dans la crise climatique. « Les femmes et les personnes de genres divers sont touchées de manière disproportionnée », souligne Marie-Jeanne Eid, une autre déléguée, qui réclame l’adoption d’un nouveau Plan d’action sur l’égalité des genres plus ambitieux et doté de moyens réels. Pour elle, l’intersectionnalité n’est pas un concept à évoquer rapidement, mais une condition pour que les politiques climatiques répondent aux besoins des communautés.
Dans une période où chaque engagement compte, la délégation jeunesse de l’AQOCI a tenu à rappeler que la justice climatique nécessite du courage politique, une écoute authentique des communautés ainsi que des actions qui dépassent les déclarations. À Belém, la présence de ces jeunes a su témoigner de cette volonté de maintenir le cap, malgré les reculs évidents qu’amène le contexte international.





