L’année 2023 scellera le sort des milieux humides du parc industriel situé à l’intersection des autoroutes 40 et 55 à Trois-Rivières.

L’opposition au projet ne s’essouffle pas. La coalition citoyenne Terre Précieuse convie d’ailleurs la population le 17 janvier prochain à une manifestation devant l’hôtel de ville de Trois-Rivières. « Ultime cri du cœur des Trifluvien(ne)s à leurs élu(e)s, qu’il fasse grand froid, redoux redoutable ou autre trouble du climat, nous serons là ! », lit-on sur l’invitation à l’événement diffusée sur Facebook. Les militants de la coalition seront soutenus par les collectifs Mères au front et Food not Bombs.

Rappelons les faits : le 30 mars 2022, la Ville de Trois-Rivières a présenté à la population un projet d’expansion du parc industriel situé au carrefour des autoroutes 40 et 55. Pour le réaliser, 15 hectares de milieux humides devraient être détruits et 12 hectares, perturbés par les travaux de drainage. Une résolution concernant ce projet avait fait l’objet d’un rejet de la part du conseil municipal en 2021.

La Ville détient une autorisation du ministère de l’Environnement émise en 2014 pour procéder aux travaux. Elle est ainsi dispensée d’avoir à débourser pour la perte de milieux humides, comme l’exige la nouvelle réglementation provinciale remaniée en 2017. Si la Ville devait demander une autorisation ministérielle selon les critères actuels, les compensations exigées se chiffreraient entre quatre et sept millions de dollars, a estimé son représentant lors de la séance d’information publique de mars.

Bien qu’à cet endroit les tourbières et autres milieux humides demeurent intouchés et que la décision d’aller de l’avant ne soit pas encore prise, le Plan régional des milieux humides et hydriques de Trois-Rivières, publié en octobre dernier, les condamne déjà. En effet, le rapport catégorise les parcelles qui font l’objet d’une autorisation ministérielle en vigueur avec celles qui sont déjà détruites.

Protection ou fragmentation ?

Dans le projet présenté aux citoyens et citoyennes, la Ville planifie de protéger 83 hectares de tourbières et autres milieux humides dans ce secteur, autour des espaces construits.

Les opposants au projet insistent sur la nécessité de protéger les milieux humides dans leur ensemble, puisque ceux-ci soutiennent une variété d’espèces animales et végétales et offrent des services environnementaux aux populations humaines. En outre, ils nous protègent contre les inondations et les sécheresses et captent du carbone dans l’air, ce qui s’avère utile à la lutte contre les changements climatiques.

L’expertise en protection des milieux naturels fait consensus quant aux conséquences négatives d’une fragmentation des milieux humides pour la biodiversité. On doit plutôt viser à créer de la connectivité entre les espaces naturels afin de permettre aux espèces végétales et animales de se déplacer.

« Un discours de sourds »

Devant la virulence de l’opposition, qui accuse la Ville de favoriser l’économie au détriment de la protection de l’environnement, de se défiler devant la nouvelle législation et de faire de l’écoblanchiment, les autorités municipales ont promis de revoir le projet et d’en présenter une nouvelle version en 2023.

Le 3 janvier dernier, sur les ondes de Radio-Canada, le conseiller municipal François Bélisle révélait que celle-ci était prête. Se positionnant contre le projet et le qualifiant même de « cancer » pour la Ville, il observe que la nouvelle proposition n’épargne pas les milieux humides. Ce projet, dit-il, divise profondément le conseil municipal et la population. « C’est un dialogue de sourds », laisse-t-il tomber.

Un sondage présenté par Le Nouvelliste en septembre révélait d’ailleurs que 60 % de la population trifluvienne privilégie la protection des milieux humides au développement du parc industriel.

Les partisans du projet, pour leur part, se font discrets sur la place publique depuis le début de l’affaire.

Lire aussi : Combien vaut un milieu humide? 

Cohérence demandée

L’année 2022 a notamment été marquée par la tenue, à Montréal, de la 15e réunion de la Conférence des parties (COP15) à la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies, à l’issue de laquelle les pays membres ont adopté le cadre mondial Kunming-Montréal, pour arrêter et inverser le déclin de la biodiversité.

En outre, ce nouvel accord convient qu’il ne suffit pas d’investir dans la protection de la biodiversité et que les gouvernements doivent aussi cesser de subventionner sa destruction.

En parallèle de la COP15, la Ville de Trois-Rivières, tout comme une cinquantaine de villes du monde, a signé l’Engagement de Montréal, qui comporte 15 actions visant à accélérer leurs efforts pour protéger la biodiversité et les écosystèmes.

Dans ce contexte, des citoyens en appellent à la cohérence du conseil municipal de Trois-Rivières face à ses engagements environnementaux.

Le Conseil sera appelé à voter sur le projet d’agrandissement du Carrefour 40-55 dans les prochaines semaines. Bien que demandée par la population, une seconde séance de consultation publique, qui porterait sur le projet modifié, n’est pas à l’horaire.

 

Photo de l’image d’en-tête : Hôtel de ville de Trois-Rivières – crédit : Dominic Bérubé

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