En mai dernier, Amiante, le premier roman de Sébastien Dulude, publié aux éditions La Peuplade, a remporté le Prix des libraires du Québec. Dulude nous offre un puissant roman d’apprentissage et de dépassement.
Dans le Thetford Mines des années 1980, Steve Dubois est un enfant comme les autres, si ce n’est qu’il est un peu plus timide. Dans la chaleur des étés, au Centre-du-Québec, il arpente les mines désaffectées avec son ami Charlélie. Les deux garçons sont inséparables et partagent une amitié intime. Dans une cabane dans les arbres, ils trouvent refuge hors du monde des adultes en lisant Tintin ou en discutant. Tout semble lier ces meilleurs amis à part une chose : la témérité. Taraudé par une quête de soi, Steve grandira dans cette ville où les rêves semblent brisés, un monde ouvrier qui vous réduit en poussière. Il sent qu’il doit s’échapper pour survivre, mais qu’avant tout il doit conquérir ce monde en feu pour se retrouver lui-même.
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L’amitié masculine
Amiante nous plonge dans une camaraderie touchante. Pas seulement entre les deux personnages principaux, mais entre tous les autres enfants qui partagent leur monde. Dulude signe d’excellentes scènes mettant en place ces rituels masculins de démonstration de force. Dans une langue épique, le plus banal épisode de jeux plus ou moins interdits devient aussi riche qu’un mythe antique. Lors d’un après-midi sur un site de mine, une vraie tactique militaire commence à animer les corps. La bande soulève un « mastodonte de pneu échoué » pour le faire dévaler une colline. La fierté qui s’ensuit est une rage primale. La camaraderie entre Charlélie et Steve prend aussi la place d’un album de catastrophes, où, dans une curiosité morbide, les jeunes garçons collectionnent les drames internationaux de 1986.
Soi et les autres

Amiante, de Sébastien Dulude, publié aux éditions La Peuplade. 224 pages.
Photo : Alexis Lambert / © La Gazette de la Mauricie et des environs
Le récit aborde aussi les thèmes de la recherche de soi, d’une affirmation de l’identité qui passe souvent par les autres. Dans une ellipse où Steve est désormais adolescent, au début des années 1990, rien ne va plus. Tiraillée entre une solitude et un désir d’affirmation, la famille se réalise comme une expérience d’aliénation. Dans ce contexte, la relation avec son père, avec qui Steve n’a rien en commun, est hantée par une violence intrinsèque, où le père refuse l’identité du fils, trop différente de la sienne. Avec la tragédie qui pèse comme une chape de plomb sur son âme, Steve se bat pour retrouver un feu intérieur qui lui permettra d’être qui il est vraiment. À travers une nouvelle amitié, le feu miroitera plus que jamais.
Avec une poésie magistrale, jamais alambiquée, Dulude démontre qu’il s’inscrit au panthéon des grands classiques québécois avec un livre doux-amer qui traite de thèmes universels comme l’identité et l’amitié. Plus que la somme de ses parties, Amiante est un puissant roman sur le courage et l’affrontement, sur le dépassement de la souffrance qui nous permet de devenir qui nous sommes vraiment.





