Depuis son apparition en 2003, le balado en a fait du chemin. Né de la volonté des stations de radio de rediffuser leurs émissions, le balado répondait aussi au besoin de journalistes qui voulaient sortir des sentiers battus pour se connecter avec leurs fans et acquérir une plus grande liberté d’exprimer leurs opinions sur des sujets controversés. Ce média aujourd’hui mature présente l’avantage de permettre d’étayer des sujets en profondeur sans limite de temps, sans la distraction de nombreuses publicités, loin des scripts rigides et imposés.
Selon David Leblanc, technicien audio et vidéo, qui écoute des balados depuis 22 ans, il y a une corrélation entre la disparition progressive de la radio parlée et le développement des balados. Avec le balado, les auditeurs et auditrices ont le contrôle de l’information, puisqu’ils et elles peuvent choisir le sujet qui les intéresse, le balado qui traite de ce sujet et le moment de l’écouter.
Au Québec, 49 % de la population québécoise écoutait des balados en 2024, et 2,5 millions de personnes écoutaient des balados en français, selon le rapport de l’Institut de la statistique du Québec publié en novembre 2025.
On observe que le taux d’écoute est plus élevé chez les familles que chez les personnes seules. Cet état de fait confirme que des balados, il y en a pour tous les goûts. Selon le rapport de 2024 de Triton Digital, un organisme qui s’intéresse au phénomène des balados au Canada, les types de balados les plus écoutés sont, en ordre d’importance, ceux qui traitent de crimes, les comédies, ceux qui sont liés à l’information et à l’actualité, ceux qui traitent de sport et enfin ceux qui sont liés au monde des affaires.
Pendant la pandémie, une recrudescence de balados a été observée à cause du besoin vital qu’avaient les gens de communiquer et de la nécessité d’informer la population et de briser l’isolement.
Une approche inclusive du balado
En 2024, à l’initiative de l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ) et grâce au financement que l’organisme a offert, une série de 10 balados intitulée Capable, entreprendre sans limites a vu le jour. Ces balados visent à briser des stéréotypes et à présenter les capacités, les forces et les réalisations des personnes en situation de handicap dans le milieu des affaires.
Qui de mieux que l’animatrice Kim Auclair, avec ses 20 années d’expérience dans les médias, pouvait animer ces balados inspirants ? Étant elle-même malentendante, elle a dû surmonter des préjugés très jeune, et aussi quand elle est devenue adulte pour se créer ses propres occasions d’emploi et devenir chef d’entreprise. Elle a dû faire un cheminement pour arriver à accepter son handicap et à vivre avec les difficultés que ça implique.
À la fin du projet, l’OPHQ a décidé de ne pas poursuivre l’aventure, mais Kim en voulait plus pour sa communauté, et elle a décidé de porter le projet au sein même de son entreprise pour une deuxième saison. Elle a donc multiplié les demandes de financement auprès de divers commanditaires, mais, malgré tous ses efforts, elle a eu de la difficulté à rassembler la somme nécessaire, soit 100 000 $. C’est finalement grâce à l’OPHQ, qui a agi cette fois comme commanditaire, et à un endettement personnel qu’elle a pu produire les 20 balados de la deuxième édition mais non sans conséquences sur sa santé mentale.
Une troisième édition est maintenant annoncée pour 2026. Kim a appris à mieux structurer, présenter et vendre son projet. Elle a observé que le mot « balado » passait moins bien auprès de commanditaires potentiels. Ses balados, maintenant devenus des magazines, sont en bonne voie de financement. Elle a ainsi trouvé un commanditaire pour investir dans la promotion. Un autre serait prêt à l’accompagner pendant plusieurs saisons, ce qui est le rêve de tout-e entrepreneur-e, et elle souhaite en avoir d’autres encore pour assurer la continuité de ce beau projet.
Les balados de Capable sont en format 360 et offrent donc une couverture exhaustive du sujet traité, et ils sont accompagnés de vidéos, de sous titres et d’une transcription textuelle et en langue des signes québécoise pour offrir plus d’accessibilité surtout à la clientèle malentendante. Une version anglaise devrait suivre bientôt. Il faut souligner que Kim travaille avec deux journalistes qui croient à la cause et donnent de leur temps bénévolement.
En plus du financement, le nouveau défi de Kim pour la prochaine saison est de faire la preuve de l’impact social de ses magazines au Québec.
Journal et balado, un tandem gagnant
À La Gazette, on croit que l’information régionale ne se transmet pas d’une seule façon, comme l’explique Isabelle Padula, coordonnatrice des projets balados à La Gazette. En développant un volet balado et un studio d’enregistrement, La Gazette voulait élargir l’accessibilité à l’information, rejoindre de nouveaux publics et approfondir certains sujets autrement. L’audio offre un espace rare dans l’écosystème médiatique actuel : celui du temps long. L’audio ne remplace pas l’écrit, il le complète, renforce le lien avec la communauté et soutient la création d’ici, ce qui correspond tout à fait à la mission du média indépendant qu’est La Gazette.
La Gazette développe et produit des balados aux formats et aux thématiques variés qui abordent autant les enjeux citoyens que la culture, les arts et la vie régionale. Son expertise permet d’offrir, en plus des balados qu’elle produit à l’interne, des services de réalisation de balados : accompagnement, enregistrement, montage, mixage et diffusion. Il peut s’agir d’un service clé en main ou simplement d’un accompagnement pour un volet précis de la réalisation. Un volet vidéo peut également être ajouté. Ces services s’adressent aux organismes, artistes et institutions qui souhaitent raconter leurs histoires avec rigueur, sens et ancrage régional. Il s’agit d’une approche collaborative, engagée et à échelle humaine.
La Gazette a offert en décembre dernier une formation à cinq jeunes reporters. Comme l’audio est un format mobile, accessible et flexible, les jeunes peuvent facilement écouter des balados ou en produire avec des outils simples. Cela rend la création médiatique plus inclusive et moins intimidante. Il est à noter que le balado favorise l’expression personnelle et la prise de parole. Pour plusieurs jeunes, parler est plus naturel qu’écrire. Le balado leur offre l’occasion d’aborder et d’analyser plus facilement certains sujets, ce qui leur permet de développer à la fois leur esprit critique et leurs compétences médiatiques. Enfin, c’est un format qui valorise le temps long et la nuance, qui sont des éléments essentiels pour lutter contre la désinformation et la consommation rapide d’information. En formant de jeunes reporters à la production de balados, La Gazette leur donne des outils concrets pour comprendre, produire et diffuser une information responsable, ancrée dans leur réalité. Pour la relève journalistique, le balado est donc un outil à la fois d’éducation aux médias, de participation citoyenne et d’émancipation.
Le balado a près d’un quart de siècle et n’est pas prêt de disparaître de la carte médiatique québécoise. C’est un puissant outil d’information, de communication, d’éducation, d’inclusion et de participation citoyenne.
https://statistique.quebec.ca/fr/produit/publication/faits-saillants-pratiques-culturelles-balados







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