sébastien goyette cournoyer
Sébastien Goyette Cournoyer, Foirade (vue d'exposition), L'Atelier Silex, Trois-Rivières, 2022. Crédit photo : David Leblanc.

Artiste de performance sur la scène trifluvienne depuis 2017, Sébastien Goyette Cournoyer propose un regard critique sur les constructions de genre par le biais de l’humour et de la culture populaire. Son exposition Foirade, présentée à l’Atelier Silex durant le mois d’octobre 2022, a fait tourner les têtes.

Le corps comme médium

Au cours de son baccalauréat en beaux-arts à Concordia, Sébastien Goyette Cournoyer a travaillé la peinture, la sculpture et le dessin. Iel avait alors une dent contre la performance; « le gros cliché de ce qui te répugne le plus c’est ce qui t’attire le plus », dit-iel en riant. « J’étais condescendant·e envers cette forme d’art là, et j’avais décidé de suivre un cours de performance de façon ironique. » C’est alors qu’iel a constaté qu’il s’agissait d’une pratique très stimulante.  « Il y a quelque chose dans le fait de communiquer avec mon corps qui est plus direct qu’avec les autres médiums expérimentés avant », réfléchit-iel.  À la fin du programme d’études, l’artiste se sentait saturé·e de Montréal et avait besoin de changer d’environnement. Iel avait aimé l’effervescence du milieu artistique trifluvien et y avait senti un potentiel intéressant; c’est alors que l’idée du déménagement s’est imposée. 

L’un des aspects de la performance que Sébastien Goyette Cournoyer préfère est sa dimension de surprise, sa part d’incontrôlable. « Même si je fais des choix conscients, il y a toujours des choses en moi que les gens perçoivent et que moi je ne suis pas capable de voir. C’est là que c’est intéressant pour moi d’être le canal de mon médium, le sujet-objet en même temps », explique-t-iel. C’est d’ailleurs la réception du public qui lui a permis de constater certains noyaux de sa pratique. Alors qu’iel conceptualisait ses performances comme critiques des codes du spectacle, certaines personnes présentes à plusieurs de ses performances lui ont fait remarquer que la question de la masculinité revenait toujours à l’avant-plan, « et c’était assez inconfortable comme constat. Ça fait deux ou trois ans que je le réalise plus, mais c’était dans mon travail tout ce temps-là »

La foire, une question de genre?

Après plusieurs années à œuvrer comme performeur·e autonome (iel a notamment fondé le Festival d’art performatif de Trois-Rivières en 2017), Sébastien Goyette Cournoyer s’inscrit à la maîtrise en arts médiatiques et visuels à l’UQÀM. C’est dans ce cadre que prend forme l’idée de Foirade, qui deviendra son exposition de fin de maîtrise. Constituée de trois projections de vidéoperformances ainsi que d’un insigne carnavalesque affichant le titre du projet, l’exposition a attiré plus de soixante-dix visiteurs et visiteuses. Ce projet « englobe plusieurs facettes de mes recherches sur l’humour comme outil de réflexion par rapport aux normes sociales et au binarisme de genre », résume l’artiste. Iel rappelle que l’on vit dans une culture où les genres sont construits pour s’opposer, et  iel choisit de partir de ses origines rurales pour observer la manière dont ces normes l’ont personnellement formé·e. Socialisé·e dès la naissance comme homme, iel a été exposé·e très tôt au rôle d’être « fort comme un homme », d’avoir un emploi bien rémunéré, etc. Or « assez jeune, j’ai réalisé qu’il y avait plusieurs aspects là-dedans qui ne me correspondaient pas, et l’humour a été une manière de détourner ces attentes. » Iel s’inspire de l’univers de la foire pour en détourner l’esthétique très typée. Iel reprend par exemple le jeu de l’homme fort qui doit frapper à l’aide d’un bâton sur une surface pour faire monter le petit marteau jusqu’à la cloche fixée en haut de la grande barre verticale – qui n’est pas sans rappeler une forme phallique. « L’idée était de reprendre ces symboles-là et de les détourner: j’ai donc construit une forme phallique molle et je lançais des balles dessus pour la faire débander», schématise-t-iel. Iel souhaite reprendre ces codes très normés et les illustrer tout en ayant conscience de ne pas parvenir complètement à s’en détacher. L’essai à répétition, « la tentative, l’incapacité à se désidentifier » sont par conséquent au cœur de l’œuvre. 

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L’intégration d’objets aux performances de Foirade, telle la structure phallique sur laquelle l’artiste lance à répétition des balles de tennis sans parvenir à la faire tomber, est primordiale pour entretenir non seulement l’aspect humoristique de l’exposition, mais également le caractère imprévisible et cette idée de répétitions vaines. Si l’utilisation de l’objet est assez fréquente dans le domaine de la performance en arts visuels, le fait que Sébastien Goyette Cournoyer fabrique ses objets à fonction spécifique caractérise sa démarche. « Ce que j’aime de l’objet, réfléchit-iel, c’est qu’il crée une contrainte pour mon corps. J’aime avoir l’espèce d’imprévu que l’objet me force à intégrer, surtout dans la notion d’échec et de perte de contrôle. C’est ce jeu-là paradoxal, d’essayer de contrôler l’objet et de le modeler à ma manière de bouger, et d’accepter qu’il me force à faire des choses, qui m’intéresse. » 

Alors que certaines performances jouent avec les frontières entre l’art et le réel, la pratique de Sébastien Goyette Cournoyer comporte pour sa part une dimension très scénographique, qui utilise des codes du théâtre: « Je suis conscient que ma vie c’est de performer constamment, alors allons-y, jouons avec ça. » L’artiste, actuellement en appel de dossier pour différents projets  d’exposition, projette de mélanger son engagement communautaire avec sa pratique artistique. Iel aimerait se tourner notamment vers des activités participatives, via La Fenêtre et Comsep, deux organismes communautaires trifluviens. Pour ceux et celles qui aiment être dérouté·es, le travail de l’artiste est à suivre de près!

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