
Pourquoi planifier ses vacances autour d’une ferme, d’un vignoble ou d’un marché public? Parce que visiter le Québec, c’est aussi plonger au cœur du monde agricole et goûter à une gastronomie bien d’ici. On pourrait presque dire que la province se savoure une bouchée à la fois. C’est cette parenthèse gourmande que propose La tête dans les nuances pour clore sa sixième saison, autour d’une question toute simple: l’agrotourisme, passion partagée ou nécessité économique?
Animée par Robert Aubin, cette dernière table ronde de la saison a réuni trois intervenantes du milieu agroalimentaire. Florence Lefebvre-St-Arnaud, vice-présidente de la Fédération de l’UPA de la Mauricie et productrice maraîchère, Marie-Ève Roy, chargée de projet en commercialisation aux Partenaires de développement de l’agriculture et de l’agroalimentaire en Mauricie (PDAAM), et Annie Cossette, conseillère en commercialisation au Conseil de développement bioalimentaire de Lanaudière (CDBL), y ont croisé leurs regards.
Le secteur n’a rien d’anecdotique. Selon un sondage mené pour l’Association de l’agrotourisme et du tourisme gourmand du Québec, l’agrotourisme et le tourisme gourmand représentaient en 2022 quelque 2 461 entreprises et un chiffre d’affaires de 798 millions de dollars, et 75% des touristes d’agrément y voyaient déjà un motif principal de voyage.
Un vocabulaire à apprivoiser
Premier constat de la soirée: derrière les mots se cache tout un écosystème. Pour bien des gens, agrotourisme, tourisme gourmand, agroalimentaire et bioalimentaire riment tous avec «bouffe». Or, ces termes ne sont pas interchangeables. L’agrotourisme se vit sur les terres agricoles, là où la productrice ou le producteur reçoit les visiteuses et visiteurs et leur propose un produit ou une activité. Le tourisme gourmand, lui, se déploie du côté des restaurants et des détaillants qui mettent en valeur les produits régionaux. Quant au bioalimentaire, il englobe l’agroalimentaire et les produits de la pêche, et est à ne pas confondre avec l’appellation «biologique», réservée et encadrée par un processus de certification annuel.
L’année des agricultrices
La conversation a aussi fait écho à l’actualité. L’ONU a proclamé 2026 Année internationale des agricultrices. Selon les invitées, cette reconnaissance agit comme une belle tape dans le dos pour ces femmes qui, jour après jour, travaillent souvent dans l’ombre et avec moins de moyens, ici comme ailleurs dans le monde, pour nourrir la population. Le nombre de femmes autour des tables du milieu agricole a beaucoup augmenté en une quinzaine d’années, a-t-on rappelé, et cette désignation ne fait que confirmer l’importance de leur présence.
Des partenaires, pas des intermédiaires
Comment écouler une récolte? Vente directe à la ferme, paniers bio, marchés publics, mais aussi vente à d’autres fermes qui cherchent à étoffer leur propre offre: les circuits courts prennent plusieurs formes. Dans ce paysage, des organismes comme le PDAAM et le CDBL jouent un rôle bien précis. Loin d’être des intermédiaires, ils se présentent plutôt comme des «boîtes à outils» au service du milieu. «Ces instances ne sont pas des intermédiaires en soi», a expliqué Florence Lefebvre St-Arnaud. Promotion, référencement en épicerie, accompagnement technique sur la durée de vie des produits ou la mise en marché: leur rôle est d’outiller les entreprises et de les mettre en relation.
Autre constat: les régions ne se font pas concurrence, elles collaborent. La Mauricie et Lanaudière échangent régulièrement leurs bonnes pratiques, du choix des matériaux d’un panneau jusqu’aux stratégies de promotion. Cette concertation se prolonge jusqu’au palier provincial, notamment au sein de l’Union des producteurs agricoles.
Une identité dans l’assiette
Pour aider la population à reconnaître les produits d’ici, chaque région mise sur son identifiant agroalimentaire. Miam Mauricie et Goûter Lanaudière proposent répertoires de membres, blogues de recettes et idées de sorties, en plus d’une identification en épicerie qui aide la clientèle à s’y retrouver parmi des milliers de produits. Le tourisme gourmand devient ainsi le reflet d’une identité culinaire propre à chaque coin de pays. En Mauricie, cette signature passe notamment par le comestible forestier, des champignons aux têtes de violon, tandis que Lanaudière met de l’avant la diversité de son assiette et la chaleur de son accueil.
Reste la question de départ. Pour Florence Lefebvre-St-Arnaud, l’essor de l’agrotourisme tient moins à une contrainte financière qu’à une attente de la clientèle. «Je ne serais pas prête à dire que c’est devenu une nécessité économique, je pense que ça vient plutôt d’une demande des consommateurs et consommatrices», a-t-elle nuancé, évoquant ce désir de renouer avec la provenance des aliments: un fruit ou un légume, croit-elle, goûte meilleur quand on sait qui l’a produit.
C’est sur cette invitation à prendre la route, et l’appétit, que s’est conclue la sixième saison de La tête dans les nuances. Bonne nouvelle pour le public: l’émission promet déjà une septième saison dès l’automne, avec son lot de nouvelles découvertes gourmandes.

Florence-Lefebvre St-Arnaud
«Je ne serais pas prête à dire que c’est devenu une nécessité économique, je pense que ça vient plutôt d’une demande des consommateurs et consommatrices.»
«Ces instances ne sont pas des intermédiaires en soi. Elles vont devenir par contre des “boîtes à outils” pour les productrices, les producteurs sur le terrain.»
Marie-Ève Roy
«L’agrotourisme, c’est vraiment sur les terres agricoles. Donc c’est le producteur ou la productrice qui reçoit les touristes et leur propose un produit ou une activité.»
«Je connais tellement mes membres que je suis capable de savoir avec qui les mettre en contact ou vers où les envoyer.»

Annie Cossette
«L’agroalimentaire, ce n’est pas rattaché au tourisme. Donc, c’est ce qu’on mange dans le fond.»
«Le gourmand, c’est l’identité culinaire d’une région. C’est notre identité propre.»
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Djocari Lauris Théodore, journaliste pigiste
Initiative de journalisme local








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