À l’occasion du 50e anniversaire des Jeux de la XXIe Olympiade tenus à Montréal, première ville canadienne à obtenir l’évènement (et deuxième ville francophone après Paris à les recevoir), il est intéressant de revenir sur certains de ses éléments moins connus, et parfois moins reluisants.

L’obtention

Montréal avait déjà tenté sa chance en 1929 pour obtenir les Jeux d’hiver de 1932, à nouveau en 1933 puis encore en 1939 et en 1949, mais sans succès. Drapeau récidive alors en 1970 pour une cinquième tentative. Après un premier tour serré (28 voix pour Moscou, 25 pour Montréal et 17 pour Los Angeles), c’est finalement Montréal qui l’emporte 42 à 28, le 12 mai 1970, grâce à l’appui massif des pays francophones d’Afrique pour la métropole québécoise. Pour l’anecdote, c’est la première fois qu’un maire qui a fait la demande d’obtenir les Jeux pour sa ville est toujours en poste au moment de la cérémonie d’ouverture!

 

Les controverses

Ensuite, le 3 juillet, Montréal subit un boycott de la part de 13 pays africains qui contestent la présence de la Nouvelle-Zélande, dont l’équipe de rugby faisait une tournée en Afrique du Sud, coupable de l’apartheid. Ce pays est alors lui-même banni des Jeux olympiques depuis 1964 tout comme la Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe) en raison de leur racisme. Après des négociations diplomatiques, l’Irak et 26 pays africains décident de ne pas participer aux épreuves. Le problème est que 700 athlètes africains sont déjà sur place, et certains ont même commencé la compétition avant de décider (ou d’être contraints) de quitter les Jeux. Finalement, seulement deux pays africains vont y participer: le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Il s’agit du premier boycott politique d’envergure pour les Jeux olympiques modernes.

Au final des J.O., le Canada arrive au 27e rang avec 11 médailles, soit 5 d’argent et 6 de bronze – pour la première fois, le pays hôte n’obtient pas l’or. Un total de 6 084 athlètes de 92 nations (dont 391 Canadiens et Canadiennes), 198 compétitions dans 21 sports. C’est le plus petit nombre de pays aux Jeux depuis ceux de Rome en 1960. On se souvient aussi de la gymnaste roumaine Nadia Comăneci qui était ressortie héroïne des jeux: à 14 ans, elle a été la première athlète à obtenir une note parfaite à une épreuve de gymnastique dans un cadre olympique.

Les Jeux olympiques comprennent aussi un volet «arts et spectacles». De jeunes artistes désiraient montrer une vision plus moderne dans une exposition publique en plein air intitulée Corridart, une sorte de «corridor d’art» de huit kilomètres de long sur la rue Sherbrooke, conçu par une soixantaine d’artistes. Toutefois, cela déplait fortement à Drapeau qui, dans la nuit du 14 juillet, envoie plusieurs employé-e de la ville retirer ces œuvres: les plus importantes sont détruites, la plupart se retrouvent au dépotoir… 

Étant donné le caractère «provincial» du Québec, le Comité international olympique avait interdit la présence du fleurdelisé, le drapeau québécois, dans le stade olympique. Heureusement, grâce à un reportage d’Infoman, ce dernier révélait que Michel Galarneau, régisseur lors des J.O., avait fourni un drapeau immense (bien plus gros que les autres), le cachant sous les estrades, qui a été hissé illégalement avant la dernière journée pour les épreuves équestres. Certaines photos témoignent de cet acte subversif, mais satisfaisant!

 

Le stade

Les Jeux olympiques montréalais se déroulent du 17 juillet au 1er août 1976 dans un stade conçu par l’architecte français Roger Taillibert (1926-2019), d’une capacité de 56 000 à 65 000 places selon l’aménagement. 

Le travaux du stade débutent en avril 1973, seulement trois ans avant l’ouverture officielle. En 1975, les syndicats de la construction brandissent la menace d’une grève générale sur tous les chantiers du Québec. Le 15 novembre, le gouvernement québécois prend en main les travaux de construction qui seront minés par plusieurs scandales financiers. À ce sujet, il faut absolument relire le rapport de la Commission du juge Albert Malouf, en 1980, mise sur pied par le gouvernement de René Lévesque pour faire la lumière sur cette gestion. De plus, le chantier du stade sera paralysé par des grèves importantes totalisant 150 jours et l’on compte au moins 11 travailleurs sur les 2 000 ouvriers et ouvrières de ce chantier qui sont décédés.

Par conséquent, pour la première fois de l’histoire olympique, les Jeux ont lieu dans un stade non terminé, en 1976. En effet, il faut attendre encore une décennie pour que la tour du stade soit finalement achevée, le 15 avril 1987. 

Le budget initial, incluant la construction d’infrastructures, était de 120 millions de dollars à l’époque, mais le coût final est estimé selon la Commission Malouf à 1,350 milliard de dollars! Sans surprise, le stade olympique devient rapidement synonyme de «gouffre financier» et sera entièrement payé seulement le 14 novembre 2006, soit 30 ans plus tard, notamment grâce à une partie des revenus de l’impôt sur les cigarettes. Certaines personnes diront que c’est «l’échec financier le plus lourd de l’histoire de l’olympisme»!

Même si Jean Drapeau avait convaincu la population que les J.O. ne coûteraient pas un sou aux contribuables, le stade montréalais a coûté l’équivalent de 10 stades semblables aux États-Unis. Il est ainsi devenu l’un des amphithéâtres les plus coûteux de la planète, soit 1,6 milliard de dollars auxquels s’ajoutent les 870 millions investis en 2024 pour son troisième toit et le remplacement de l’anneau technique. Enfin, espérons que cet édifice mal-aimé des Québécois puisse (ré)intégrer notre patrimoine sportif et culturel.

 

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