*Mise à jour: Le projet de loi 70 a été adopté à l’Assemblée nationale le 10 novembre au matin.

Par Réal Boisvert

Le projet de loi 70 actuellement à l’étude propose de modifier le Programme d’aide sociale afin notamment d’imposer une sévère pénalité aux premiers demandeurs aptes au travail qui refuseraient de chercher un emploi et de s’inscrire au Programme objectif emploi. Le montant de leur chèque mensuel de base pourrait alors passer de 623 $ à 399 $. Le ministre estime que le Québec pourrait épargner 50 millions $ par année grâce à ce projet dont l’adoption est prévue pour le 10 novembre prochain.

Ces économies résulteront-elles de l’accès au marché du travail, sitôt leur formation terminée, d’un bon nombre des 17 000 personnes qui font une première demande (ce qui est loin d’être certain) ? Ou bien émaneront-elles du fait que plusieurs premiers demandeurs verront leur prestation coupée du tiers en raison de leur désistement, qu’il soit volontaire ou motivé par des circonstances aggravantes ? L’histoire ne le dit pas. Mais avouons que, dans le dernier cas, les conséquences seraient tout simplement odieuses.

Chose certaine, la réforme pcaricature-bsroposée s’inscrit dans la foulée d’une série de dispositions qui visent à rendre, au fil des ans, les conditions de vie des prestataires d’aide sociale toujours plus difficiles. En plus de leur accorder une allocation de misère, on ne compte plus les obligations et les restrictions qui les accablent. Et à cela s’ajoutent les préjugés tenaces entretenus par une trop grande partie de la population pour qui les «BS» sont des profiteurs, des paresseux ou des plaignards.  Au final, tout ça s’accorde avec l’impression générale voulant que vivre grâce à des revenus de derniers recours équivaille à séjourner en permanence dans un gouffre. Et c’est assurément ce que ressentent un grand nombre de prestataires, usés par une estime de soi au plus bas et coupables d’infractions -hélas !- s’ils font montre d’un peu de débrouillardise.

Comble d’ironie, comme à toute chose malheur est bon dit le proverbe, le régime de protection sociale, s’il est plutôt délétère pour nos concitoyens les plus déshérités, n’est pas sans profiter aux propriétaires d’un parc immobilier de second ordre dont le roulement ne se fait pas à perte, bien au contraire ! Et ne parlons pas des dépanneurs du coin ou encore du supermarché le moins éloigné quand on peut s’y rendre sans frais, prompts à ramasser les restes, une fois que les prestataires ont payé leur loyer. Quand ce n’est pas Loto Québec qui remporte la mise lorsque les plus désespérés jouent leur va-tout, quitte à se priver d’une pinte de lait. Qui les en blâmerait ?

Ceci étant, pour employer un gros mot, ne pourrait-on au bout du compte changer de paradigme ? Au lieu de serrer sans cesse la vis aux plus vulnérables, pourquoi ne pas leur offrir une main tendue ? Oui, en effet, si on agissait avec plus d’empathie… Si on misait sur la dignité, l’intelligence et la fierté… Se pourrait-il que, ce faisant, on donne une immense poussée à la capacité d’agir et au désir d’accomplissement des individus ? Alors, ce ne sont pas quelques millions qu’on sauverait, mais beaucoup plus. On récolterait surtout un enrichissement collectif sans pareil, une manne inattendue générée par le rebondissement de milliers d’hommes et de femmes ayant trouvé le bonheur d’être estimés et de se voir accorder une place honorable dans la cité.  Vivement un revenu de citoyenneté !

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