Capture d'écran de l'émission de La tête dans les nuances.

Dans le dernier épisode de l’émission La tête dans les nuances, Robert Aubin s’est entretenu avec Nathalie Bruneau, directrice générale de l’organisme Le Bon Citoyen, Alain Dumas, économiste, professeur et conférencier et Ruba Ghazal, députée solidaire de la circonscription de Mercier. Le sujet à l’ordre du jour : la fiscalité au Québec et les propositions pour la rendre plus équitable.   

Payons-nous trop d’impôts ? 

Une croyance bien répandue veut que l’on paie au Québec trop d’impôts proportionnellement aux services qui sont offerts à la population. Or, selon Alain Dumas, ce n’est pas le cas. « Toutes proportions gardées, on paie 9 milliards d’impôts de plus que les Ontariens, mais on reçoit 22 milliards de plus de services publics que nos voisins, explique-t-il. Les frais universitaires sont relativement moins élevés qu’en Ontario, les Cégeps sont gratuits, nous avons des centres de la petite enfance subventionnés et bien d’autres services. » 

La députée Ruba Ghazal croit toutefois que les décisions politiques des dernières années ont détérioré les services publics et qu’une réforme s’impose. « Lorsque la pandémie a frappé, souligne-t-elle, on s’est rendu compte à quel point les services publics sont extrêmement importants et à quel point on les a malmenés au travers des dernières années. La pandémie n’est pas terminée et il y a la crise climatique qui va nécessiter des investissements massifs. » 

Soutenir les plus démunis

Alain Dumas attire l’attention sur le fait que le tiers des crédits d’impôts et autres remises destinées aux personnes à faibles revenus n’est pas réclamé. Nathalie Bruneau peut en témoigner, puisque l’organisme qu’elle dirige offre de l’aide pour remplir les déclarations de revenus. « Par exemple, raconte-t-elle, il y a un homme qui est venu au Bon citoyen et nous l’avons aidé à faire ses déclarations en retard, ce qui lui a permis de réclamer 5000 $ de crédits et de retour d’impôts. C’est là qu’il a compris l’importance de faire sa déclaration d’impôts chaque année. Il s’est dit “ah oui j’avais droit à tout ça ?” » 

Afin de faciliter la vie des prestataires d’aide sociale, Ruba Ghazal propose que le gouvernement mette en place une déclaration d’impôts préremplie. « Nous devrions aussi ajouter des paliers d’imposition pour que les gens au plus bas de l’échelle paient moins d’impôts », ajoute-t-elle. 

Devrait-on assurer à chaque citoyen un revenu minimum garanti ? 

Bien qu’un revenu minimum garanti aiderait les plus démunis « à éviter d’être toujours dans l’urgence », il faut voir la lutte à la pauvreté de manière beaucoup plus large, explique Nathalie Bruneau, « la réflexion sur la pauvreté dépasse la fiscalité et l’argent. Il faut surtout développer des ressources qui permettent aux gens plus démunis de trouver leur place dans la société. »

Le risque, selon Alain Dumas, c’est qu’en instaurant un revenu minimum garanti, on abolisse toutes les mesures qui, pour certaines catégories économiques, sont essentielles. Par contre, un revenu universel qui n’entache pas les autres mesures et prestations reçoit beaucoup d’adhésion de la part de la population, observe-t-il.

Il ne faut surtout pas penser que ce type de mesure accentuerait la pénurie de main-d’œuvre. « On a constaté le contraire, explique M. Dumas, depuis que la Prestation canadienne d’urgence (PCU) a été abolie, le nombre de postes vacants ne cesse d’augmenter. » 

Face à l’inflation : émettre un chèque ou changer le système ?  

Anticipant la mesure budgétaire visant à distribuer des chèques uniques à la population, les invités se sont penchés sur la question. 

Pour Nathalie Bruneau, une aide ponctuelle est toujours bienvenue pour les personnes à faibles revenus, mais elle est insuffisante si l’on ne consolide pas le filet social. Même son de cloche pour Ruba Ghazal selon qui une aide pour pallier l’inflation est fondamentale. La députée insiste toutefois sur le fait que cette aide doit s’accompagner d’autres mesures, telles que l’augmentation des impôts des grandes entreprises. « Il y a de l’argent qu’on doit reprendre pour la réinvestir dans notre filet social », croit-elle.    

Alain Dumas révèle que parmi les quelque 170 allègements fiscaux au Canada, 59 sont des exemptions fiscales qui profitent uniquement aux plus riches. Réévaluer leur pertinence permettrait d’augmenter les recettes de l’État pour les réattribuer aux services publics et aux transferts sociaux. 

Tous s’entendent : en matière de fiscalité, il faut penser d’abord à l’humain. « Il n’y a rien de plus froid qu’un budget, mais c’est un des moments les plus importants de l’année. Les choix du gouvernement vont affecter tout le monde », insiste Ruba Ghazal. « Alors que 20 à 30 % de la population n’aura pas les moyens d’endurer l’inflation, qui risque de doubler dans les prochains mois, le gouvernement devrait envoyer des chèques à ceux qui en ont vraiment besoin, plutôt que d’envoyer des “grenailles” à tout le monde, affirme Alain Dumas. Ensuite, il faudra faire des ajustements de fond à la fiscalité. » 

La tête dans les nuances est une collaboration de La Gazette de la Mauricie et NousTV. Pour visionner l’épisode ainsi que les entrevues individuelles avec chacun des trois invités, rendez-vous sur la page web de La tête dans les nuances

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