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Jo Ann Lanneville, cofondatrice de l’Atelier Presse Papier et de la Biennale internationale d’estampe contemporaine de Trois-Rivières. Photo : Gilles Roux

le sabord logoCofondatrice de l’Atelier Presse Papier et de la Biennale internationale d’estampe contemporaine de Trois-Rivières, Jo Ann Lanneville est une pionnière dans le milieu de l’estampe. L’artiste, qui compte plus d’une trentaine d’expositions individuelles, propose actuellement le projet Terre Natale, réalisé à quatre mains avec le poète Fabrice Koffy. Elle nous en dit un peu plus sur cette alliance originale entre slam et lithographie. 

Faire sa marque

À sa graduation du baccalauréat en arts à l’Université du Québec à Trois-Rivières à la fin des années soixante-dix, Jo Ann Lanneville constate qu’il manque d’espace et d’équipement de travail pour les praticien·nes de l’estampe en Mauricie. Entourée d’une demi-douzaine d’artistes, elle cofonde un OBNL visant non seulement à offrir un atelier collectif, « mais aussi à créer une synergie à Trois-Rivières, pour la région et pour inviter des artistes de l’extérieur en vue de faire des échanges et tisser des liens ». Les artistes de Presse Papier ont également été invité·es à plusieurs reprises, notamment en Europe, à partager leur expertise.  

Ces échanges, couplés à l’ouverture de la galerie à même l’atelier, ont contribué en quelques années à peine à faire de l’Atelier Presse Papier une institution importante dans la région. La particularité de la Mauricie, selon Jo Ann Lanneville, « ce sont ses collectifs. Que ce soit en théâtre, en sculpture ou en estampe, la proximité entre les organismes favorise le développement et les liens entre les artistes. Ça apporte vraiment une force, et on ne voit pas ça ailleurs ». Cette collégialité, qui prend forme à travers le prêt de matériel, les partenariats ponctuels ou encore des collaborations à long terme, comme celui qui unit l’Atelier Presse Papier à la revue Le Sabord, est une véritable richesse pour les artistes éloigné·es des grands centres. Par exemple, Denis Charland, directeur littéraire et artistique de la revue pendant plus de vingt ans et membre de Presse Papier, avait à cœur la diffusion internationale des œuvres d’artistes québécois ; « il voulait intégrer l’art d’ici dans le paysage de ce qui se fait dans le monde », rappelle la lithographe. Plus encore, les alliances qu’il créait par la revue entre arts visuels et littérature donnaient parfois lieu à des duos de créateur·rices : « par exemple, Jean-Paul Daoust a beaucoup écrit dans le Sabord, et moi j’ai fait plusieurs projets personnels avec lui », témoigne-t-elle. 

Cette rencontre entre arts visuels et littérature n’est pas anodine. Pour Jo Ann Lanneville, il y a une véritable chimie entre ces pratiques artistiques, fondées sur l’impression. Elles se travaillent toutes deux « à plat, sur la table (la pierre comme le texte). Mais quand les gens consomment ces œuvres, elles sont verticales. J’ai d’ailleurs fait une série sur cette influence sur la perception de l’œuvre ». La Trifluvienne consacre une part importante de son travail de recherche à la relation entre le public et l’œuvre. Elle aime particulièrement explorer le dialogue entre estampe et littérature à travers le livre d’art, qui permet, dit-elle, « une relation intime à l’œuvre », appréciée de façon solitaire, au rythme choisi. 

Terre Natale 

Sa toute dernière exposition, Terre Natale, est issue d’un projet sur invitation, où le commissaire demandait aux artistes de revoir le livre d’art sous l’angle de l’identité culturelle. C’est alors que Jo Ann Lanneville décide de s’allier au poète Fabrice Koffy, né au Canada et dont les parents sont d’origine ivoirienne et sénégalaise. « C’était intéressant de parler d’identité avec quelqu’un qui en avait une triple », explique-t-elle. Elle a été touchée par l’histoire du poète-slammeur. Il lui a raconté avoir grandi à Abidjan (Côte d’Ivoire) avec sa famille, puis être parti étudier à l’extérieur pendant plusieurs années. À son retour en terre natale, il se souvient du choc de constater que sa mère était noire. Il ignorait que cette dernière se blanchissait la peau pour répondre aux critères de beauté de sa communauté. Ce traitement de blanchiment, nocif pour le foie, a d’ailleurs entraîné un cancer à sa mère dont elle est décédée. « C’est d’ailleurs le sujet de son disque, ajoute Jo Anne Lanneville : les impératifs que l’on impose aux autres pour appartenir à une communauté identitaire. » « La création s’est faite en vis-à-vis », sous forme d’échanges entre la poésie et la lithographie. Le livre d’art Terre Natale, issu de cette discussion, a ensuite été exposé à la verticale, au mur des galeries, une page à côté de l’autre, formant une mosaïque carrée de motifs et de mots. En face, était projetée une vidéo où défilaient différents éléments du processus créatif, superposés à la voix de Fabrice Koffy, performant un slam. L’exposition, présentée tour à tour à Cracovie, à Alexandrie puis à Trois-Rivières, sera diffusée au Musée canadien des langues de Toronto en 2023.

Plusieurs projets prennent déjà corps dans l’atelier de Jo Ann Lanneville. Parmi ceux-ci, un livre d’artiste, Issue des lisières, sera réalisé au courant de l’année. Ce projet, conçu à quatre mains avec Colette Nys-Mazure, autrice belge, porte sur le deuil. Les créatrices projettent d’éditer ce livre non seulement de façon artisanale, mais également sous forme de publication commerciale, afin qu’il profite au plus grand nombre. À surveiller dans les librairies près de votre terre natale ou par-delà ! 

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