Connaître les bases des finances personnelles aide à réduire le stress financier et à atténuer le sentiment de vulnérabilité. Soyons lucides : les pièges à éviter sont nombreux, mais des connaissances fiables en matière de finances personnelles sont un excellent rempart contre ces pièges.
L’état de la littératie financière
Selon les données d’un sondage de l’Institut de la planification financière (IPF) mené à l’automne 2025, 60 % des personnes répondantes estiment avoir une bonne connaissance en finances personnelles. En 2023 on notait que 77 % de celles-ci jugeaient avoir une connaissance très bonne ou plutôt bonne. Mais si on creuse un peu, on voit que les personnes qui ont un plan financier sont plus nombreuses à juger avoir de bonnes connaissances (56 %) que celles qui n’en ont pas (44 %).
De plus, le fait d’être accompagné-e par un-e spécialiste en planification financière semble un facteur positif pour la perception des connaissances : 82 % des personnes accompagnées disent avoir une bonne connaissance, contre 79 % pour les personnes non accompagnées.
Évidemment, la provenance des informations financières est importante. Les rapports de 2023 et de 2024 de l’IPF nous éclairent à ce sujet (voir Tableau 1). Pour ces deux années, un-e spécialiste en planification financière, la famille (les parents pour 2023) et les sites web constituent le top-3 des sources d’informations. Le Tableau 1 montre que ces sources sont variées, une même personne pouvant évidemment en consulter plus d’une.
Fort probablement, ces sources ne se valent pas toutes. Même la famille ou des ami-es en qui on a confiance peuvent être des sources inadéquates. Plusieurs facteurs ont un impact sur leurs connaissances et leur expérience en matière de finances personnelles et il est vraisemblable que certains de ces facteurs, voire plusieurs, diffèrent significativement d’une personne à une autre. Voici des exemples de ces facteurs :
- l’âge ;
- la situation d’emploi et les revenus ;
- les liquidités disponibles et autres actifs ;
- les dettes et autres passifs ;
- le degré de tolérance au risque ;
- le profil général en matière d’investissement ;
- le dossier de crédit (en lien avec la capacité d’emprunt) ;
- les besoins financiers à court terme ;
- les besoins financiers à long terme (objectifs pour le futur) ;
- les régimes d’épargne (retraite, éducation, auto, maison, enfants…) ;
- les habitudes de consommation (ce qui détermine le train de vie).
Bref, tous ces facteurs, et possiblement bien d’autres, font de chaque individu une personne unique en matière de besoins en finances personnelles. Ce qui vaut pour l’une ne vaut pas nécessairement pour une autre.
Tableau 1 – Sources d’informations en finances personnelles
|
Sources |
2024 |
2023 |
|
Spécialiste en planification financière |
41 % |
41 % |
|
Famille* |
30 % |
28 % |
|
Sites web |
28 % |
27 % |
|
Milieu scolaire |
n/a** |
19 % |
|
Ami-es |
18 % |
n/a |
|
Journaux |
11 % |
13 % |
|
Journaux spécialisés |
8 % |
n/a |
|
Médias sociaux / influenceur-ses (YouTube, Facebook, TikTok) |
6 % |
6 % |
|
Robot-conseiller (Wealthsimple, Questrade, etc.) |
3 % |
3 % |
|
Organismes comme ÉducÉpargne |
n/a |
2 % |
|
Aucune de ces réponses |
20 % |
9 % |
*Pour 2023, la question fait référence aux parents plutôt qu’à la famille. ** Donnée non disponible.
L’Autorité des marchés financiers (AMF)
L’AMF est un organisme québécois des plus importants dans le monde de la finance. Il est très actif en regard de la littératie financière, et une section complète de son site web vise le grand public. Voici quelques trouvailles faites sur ce site…
Section finances personnelles
L’AMF met à la disposition du public de nombreuses informations portant sur des sujets divers :
- faire le point sur ses finances personnelles ;
- les prêts hypothécaires ;
- le dossier de crédit ;
- les régimes d’épargne (REER, REEE, RAP…) ;
- l’inflation et ses conséquences sur les finances personnelles ;
- la retraite ;
- l’hypothèque inversée.
Le site web de l’AMF comporte aussi une section sur la prévention de la fraude, car oui, malheureusement, la finance attire les fraudeurs ! Une autre page utile en cas de doute sur l’identité ou la légitimité d’une personne ou d’une entreprise qui voudrait votre bien (!) est celle des registres que vous pouvez consulter, l’AMF tenant ces registres à jour en vertu de sa mission de protection du public.
Notez aussi que l’AMF reçoit les plaintes pour fraudes. Les informations (adresse de courriel, téléphone) figurent au bas des pages du site de l’organisme.
Évolution des comportements financiers
À chaque année, l’AMF réalise un sondage dans le cadre du Mois de la littératie financière. Le dernier sondage a été réalisé à la mi-octobre 2025 (1 010 répondant-es), et il porte notamment sur l’épargne et les placements, les assurances et la planification de la retraite.
Il fait notamment ressortir que les moyens privilégiés pour se documenter, pour les plus jeunes, sont les réseaux sociaux (35 %), tandis que les 65 ans et plus préfèrent la télévision (28 %). Néanmoins, les personnes de toutes les tranches d’âge expriment une préférence non négligeable pour les rencontres individuelles en personne (26 %).
Concernant les sujets d’apprentissage privilégiés, la question a été posée aux répondant-es qui se disaient prêts à y consacrer une heure de leur temps. On retrouve en premier l’épargne et les placements (36 %), suivis de la planification de la retraite (14 %).
Stratégie québécoise en éducation financière
La littératie financière est une question d’éducation citoyenne qui nécessite une stratégie et une planification à grande échelle. La Stratégie québécoise en éducation financière est un vaste chantier consacré à développer la littératie financière des Québécois et Québécoises et qui implique cinq partenaires :
- l’Autorité des marchés financiers ;
- la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail ;
- l’Office de la protection du consommateur ;
- Retraite Québec ;
- Revenu Québec.
Le plan d’action 2024-2026 comporte les objectifs suivants :
- accroître les connaissances, les compétences et le sentiment de confiance des Québécois et Québécoises en matière de finances personnelles ;
- susciter l’intérêt des Québécois et Québécoises envers l’éducation financière et la saine gestion des finances personnelles ;
- brosser le portrait de la littératie financière des Québécois et Québécoises ;
- assurer une plus grande concertation et une meilleure cohésion des actions.
Internet : mais oui, mais non !
Le problème avec Internet – incluant l’intelligence artificielle – c’est que le fiable et le non fiable s’y côtoient sous des apparences très semblables. Dans les deux cas, on dit qu’« on veut votre bien », la différence étant que dans le cas des sites « non fiables » on veut littéralement s’emparer de vos biens.
Les balados, les vidéos et les médias sociaux
Le sondage de l’IPF réalisé à l’automne 2025 montre que pour les personnes qui ont une planification financière, le fait qu’elles aient été accompagnées ou non par un-e spécialiste fait peu de différence sur leur consommation de vidéos et de balados en lien avec les finances personnelles. Environ 15 % y recourent régulièrement et 42 % à l’occasion, et 42 % n’y recourent jamais.
On voit cependant une différence marquée chez les personnes qui n’ont pas de planification financière. Il n’est pas déraisonnable de penser que si elles ne recourent pas à une telle planification, c’est qu’elles s’en soucient moins, et c’est ce que les résultats du sondage semblent corroborer. En effet, seulement 5 % d’entre elles disent consommer régulièrement des vidéos et balados alors que 31 % ne le feraient qu’à l’occasion et 64 % jamais.
L’âge semble aussi être en lien avec la consommation de vidéos et de balados (Tableau 2). Les 35 ans et plus constituent clairement le groupe d’âge qui en consomme le moins, alors que les 25-34 ans sont le groupe qui en consomme le plus.
Tableau 2 – Consommation de vidéos et balados selon l’âge
|
Consommation de vidéos et balados |
||||
|
18 – 24 |
25 – 34 |
35 – 54 |
55+ |
|
|
Régulièrement |
12 % |
16 % |
11 % |
2 % |
|
À l’occasion |
44 % |
52 % |
38 % |
23 % |
|
Pas du tout |
44 % |
32 % |
52 % |
75 % |
|
But de la consommation |
||||
|
Je m’informe |
50 % |
78 % |
72 % |
75 % |
|
Par divertissement |
51 % |
22 % |
28 % |
25 % |
La consommation de vidéo et de balados a pour but l’information pour trois répondant-es sur quatre, sauf pour les 18-24 ans. Lorsque la consommation de vidéos et de balados est dans un but de divertissement, ce sont un peu plus de la moitié des 18-24 qui s’y adonnent. Mais. à partir de 25 ans, c’est du sérieux car à peine le quart de ces répondant-es y voient un divertissement !
Les médias sociaux
Internet vient aussi avec son lot de médias sociaux, et la méfiance est parfois justifiée. Tout le monde a le droit de s’exprimer, et des opinions, il y en a évidemment sur les finances personnelles. L’IPF a demandé aux répondant-es s’ils-elles avaient déjà pris des décisions financières à la suite de conseils entendus ou lus dans les médias sociaux ou dans des balados.
Le premier constat est que, peu importe que les répondant-es aient ou non une planification financière, et si oui, peu importe si celle-ci a été établie avec ou sans une aide professionnelle, il ne semble pas y avoir de différence significative dans le fait de baser sa prise de décision sur la consultation des réseaux sociaux (Tableau 3). Pour chaque ligne du tableau, les pourcentages sont à peu près égaux.
Globalement, un peu plus de la moitié des répondant-es disent ne pas baser leurs décisions sur ce qu’ils-elles trouvent dans les médias sociaux. Pour celles et ceux qui le font, les trois principales raisons sont de trouver des trucs et des astuces de consommation, pour la planification de la retraite et pour la gestion des dettes et du crédit.
Tableau 3 – Types de décisions financières pour lesquels les médias sociaux sont consultés
|
Type de décisions |
Plan avec aide professionnelle |
Plan sans aide professionnelle |
Sans plan |
Total |
|
Trucs et astuces de consommation (bons plans, rabais, etc.) |
23 % |
20 % |
24 % |
22 % |
|
Planification de la retraite |
21 % |
21 % |
21 % |
21 % |
|
Gestion des dettes et du crédit |
16 % |
16 % |
16 % |
16 % |
|
Vente ou achat sur les marchés boursiers |
9 % |
9 % |
9 % |
9 % |
|
Vente ou achat d’investissements immobiliers |
10 % |
10 % |
10 % |
10 % |
|
Vente ou achat de cryptomonnaies |
7 % |
7 % |
7 % |
7 % |
|
Autre |
1 % |
1 % |
1 % |
1 % |
|
Pas de décisions financières basées sur des conseils entendus ou lus sur les médias sociaux ou balados |
52 % |
52 % |
52 % |
52 % |
La planification financière personnelle : un problème de riches ?
Avec des revenus faibles, même si on met la barre à 50 000 $, les possibilités d’économie sont restreintes. Il n’y pas beaucoup de choses à planifier et à optimiser en matière de finances personnelles une fois la subsistance assurée. Comme je l’ai dit au début, il faut être lucide, et cette lucidité passe par l’évacuation de la pensée magique.
Oui, une bonne planification de ses finances personnelles à long terme peut être payante, mais il faut aussi ne pas perdre de vue que la finance laisse peu de place aux miracles. Et la fiscalité non plus ! REER, CELI, RAP, REEE : ce sont des placements intéressants, mais, pour en bénéficier, il faut des revenus qui excèdent les montants nécessaires à la subsistance. Et subsister, ce n’est pas donné.
Allez voir le texte d’Alexandre Dumas sur sa page FaceBook. C’est un texte lucide et qui montre bien que la planification financière, pour de nombreuses personnes, ça reste de la finance fiction !







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