Mireille Pilotto, traductrice et réviseure – février 2022

Les chirurgiens et chirurgiennes sont formés pour opérer. Mais peut-on dire qu’une personne propriétaire d’un restaurant opère un commerce ?

Certains esprits comiques répondront que oui, vu l’« amputation » des salles à manger. D’autres, plus fatalistes, prédiront qu’avec les restrictions causées par la pandémie, plusieurs restos ne pourront qu’opérer une fermeture.

De fait, la situation actuelle n’est pas rose pour les restaurateurs, car ils ne peuvent pas exploiter, gérer ou faire fonctionner leurs établissements à leur guise. Le verbe opérer constitue dans ces sens un emprunt direct à l’anglais (to operate).

Dans le domaine des affaires et de l’administration, plusieurs autres locutions et verbes expriment ces notions relatives à l’exploitation d’un commerce ou d’une entreprise : être en service, diriger, exercer ses activités, avoir des activités, avoir des bureaux, agir, être actif, être implanté, être présent (dans un pays, une région), intervenir, posséder, tenir (un commerce) et faire tourner (une entreprise).

Par ailleurs, en plus des contextes médical et administratif, opérer s’emploie dans divers autres sens : 1) Effectuer une action ou une séquence d’actions en vue d’un résultat – exemple : l’ordinateur opère des calculs savants. 2) Effectuer, réaliser (un changement, une transformation) – exemples : dans cette situation urgente, il fallait opérer un choix ; elle a opéré un virage dans sa vie. 3) Produire un effet, exercer son action – exemples : cette drogue opère une modification des sensations ; ce médicament n’opère pas du tout. 4) Agir d’une certaine façon, procéder – exemple : le voleur de données a opéré avec méthode. 5) À la forme pronominale (s’opérer) : avoir lieu, s’accomplir, se produire – exemple : la révolution des mentalités s’est opérée graduellement.

Maintenant, on voit parfois des offres d’emploi d’« opérateur » de machinerie lourde et d’« opérateur » de grue. Il s’agit encore d’un anglicisme persistant (calque du mot operator) qu’on doit remplacer respectivement par conducteur ou conductrice de machinerie lourde et par grutier ou grutière.

Au Québec, les anglicismes seraient-ils plus tenaces que la pandémie ? Bien malin qui pourra trancher cette question… D’ici là, je souhaite que les chirurgien(ne)s retournent sans délai à leur bistouri et que les restaurateurs reprennent pleinement leurs opérations… sans y laisser leur peau.

Sources :

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