Magali Boisvert – Collaboration Culture Trois-Rivières – septembre 2021 Un lundi d’août, à Trois-Rivières, le soleil se pointe après un avant-midi d’averses. Au bout du téléphone, c’est l’occasion d’apprivoiser la voix rieuse de Natasha Kanapé Fontaine. Son ton timide ne laisse pas percevoir toute l’ampleur de la trace laissée par son art au fil des années. Quatre recueils de poésie publiés chez Mémoire d’encrier, un roman à paraître le 24 novembre, une correspondance avec Deni Ellis Béchard dans Kuei, Je te salue qui a été un succès de librairie, un rôle marquant dans la série télé Unité 9, de la peinture, du chant, de la traduction, de la scénarisation, une tournée de spectacles un peu partout au Québec… Tous les chemins mènent à Rome, dit-on; pour Kanapé Fontaine, tous les chemins mènent à son public.

Natasha Kanapé Fontaine

Natasha Kanapé Fontaine présente son spectacle Nui Pimuten – Je veux marcher dans lequel elle partage l’atmosphère de son territoire natal du Nord, mais aussi ses préoccupations face à la société et son peuple grâce à ses mots.

Et ce public, il saura la rejoindre le 2 octobre à la salle Anaïs-Allard-Rousseau à Trois-Rivières. Dans le cadre du Festival international de la poésie et en codiffusion avec Culture Trois-Rivières, elle présentera avec son collaborateur musical Manuel Gasse son spectacle Nui Pimuten – Je veux marcher, alliant poésie et musique. « Ce que j’espère, c’est vraiment transmettre une forme d’expérience pour les gens, mais aussi une façon de nous connaitre, de mieux comprendre nos enjeux», dit-elle.

Un héritage réapproprié

Dans le documentaire de 2020 Le mur invisible de la trifluvienne Laurence B. Lemaire, elle apparait brièvement et partage à ses colocataires Autochtones qu’ayant été élevée à Montréal, elle a dû faire le travail de se réapproprier sa culture innue en allant à la rencontre de sa communauté. Aujourd’hui, c’est Natasha qui réalise cette transmission de la culture innue, avec l’héritage de son arbre généalogique qu’elle porte avec elle. Et elle manie à merveille l’art du partage avec son public, qui a l’oreille et le cœur tendus. «Ça me touche vraiment à chaque fois [de voir des salles pleines]. Une fois, après ce qui s’est passé à Kamloops, la découverte des corps d’enfants derrière le pensionnat, je lisais un poème; pour moi, c’était il y a des années que je l’avais écrit et… il voulait juste dire « On a des parents qui ne sont pas capables d’être parents parce que leurs parents sont allés dans des pensionnats. » Ça donne des enfants qui sont parfois esseulés, abandonnés, même si leurs parents sont là.» Et les métaphores d’enfants qui deviennent des étoiles dans le ciel se sont teintées d’une charge supplémentaire ce soir-là. «Je retenais mes larmes, mais le public s’est mis à pleurer. […] À ce moment-là, quand ça s’est passé, les gens se sont mis debout. Je les entendais pleurer. Je me sens chanceuse de vivre ça.»

La poésie comme langage

Le spectacle Nui Pimuten – Je veux marcher, qu’elle présente depuis plusieurs mois dans les salles québécoises, est la manifestation de plusieurs de ses passions. À travers le chant, la poésie en français ainsi qu’en innu et la musique interprétée par son collaborateur Manuel Gasse, elle partage l’atmosphère de son territoire natal du Nord, mais partage aussi ses préoccupations face à la société et son peuple grâce à ses mots. D’ailleurs, Natasha ne cherche pas à ce que les allochtones comprennent les mots en innu dans sa performance, mais qu’ils et elles les ressentent, un peu comme une chorégraphie de danse évoque des sentiments sans pouvoir l’expliquer. La poésie, pour Kanapé Fontaine, est très similaire. «Ma démarche en poésie, ça a toujours été que j’ai vraiment confiance en l’inconscient des lecteurs. Ce n’est pas que je garde des secrets, mais j’ai envie d’aller éveiller quelque chose dans le cerveau, dans l’imaginaire, qui fait qu’avec le temps, on finit par comprendre une langue, sans comprendre les mots. On le comprend de l’intérieur.» «Dans le spectacle, je ne traduis pas nécessairement, mais il y a toujours des textes [en français] qui vont rattraper ce qui se dit en innu, donc souvent les gens, au final, ne ressentent pas le besoin de comprendre, ils le sentent dans ma voix, dans mon corps.»

Un passage prochain en Trifluvie

Avec cette même voix douce et rieuse, Natasha Kanapé Fontaine foulera les planches trifluviennes le 2 octobre, et sera invitée la même journée à la bibliothèque de Shawinigan (virtuellement, à 10h30) et en personne, à la salle Anaïs-Allard-Rousseau, avant sa performance, à 15h30 (invitation de la bibliothèque de Trois-Rivières et de Culture Trois-Rivières). Acheter des billets

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