Photo : Dominic Bérubé

Un texte de Ruth Charbonneau, intervenante psychosociale

Lorsqu’on pense à la drogue du viol, le GHB (gamma hydroxybutyrate) vient immédiatement à l’esprit. Pourtant, la réalité est tout autre. La véritable drogue du viol n’est pas ce produit chimique obscur, mais une substance bien plus banale et courante : l’alcool.

Pourquoi l’alcool est-il la véritable drogue du viol ?

La question est bonne et la réponse est choquante par sa simplicité : soit son acceptation sociale et son accessibilité.

L’alcool est omniprésent dans notre culture. Il est associé aux fêtes, aux célébrations et même aux simples rencontres entre ami-e-s. Cet ancrage social fait que consommer de l’alcool est non seulement accepté, mais encouragé. Cette normalisation de l’alcool rend difficile la perception des dangers qu’il peut représenter dans certains contextes. En effet, l’alcool est incroyablement facile à se procurer. Les bars, les supermarchés, les épiceries, tous offrent un accès quasi-illimité à cette substance. Contrairement au GHB, qui, au contraire, nécessite des connaissances spécifiques pour être obtenu et utilisé, l’alcool est à la portée de tous, à tout moment.

Ce cocktail d’acceptation sociale et de disponibilité fait de l’alcool un outil de prédilection pour les auteurs d’agressions à caractère sexuel. Les victimes peuvent donc se retrouver en état de vulnérabilité après avoir consommé, volontairement ou non, une certaine quantité d’alcool. L’alcool altère significativement le jugement, la coordination et la mémoire, ce qui rend cette drogue un outil de choix pour les personnes qui agressent. 

Boire pour le plaisir et l’acceptation sociale

Plusieurs techniques peuvent être utilisées par les auteurs d’agression à caractère sexuel dans le but de faire croire à leur victime qu’elle consomme de son plein gré. Ces techniques exploitent souvent la confiance, l’inattention ou la volonté de s’intégrer socialement de la personne victime. En voici quelques-unes pertinentes à garder en tête :

  • Les agresseurs peuvent ajouter de l’alcool à une boisson non alcoolisée ou augmenter la teneur en alcool d’une boisson déjà alcoolisée sans que la victime s’en rende compte;
  • Les jeux d’alcool, comme le « beer pong », les shots ou d’autres jeux à boire, sont souvent utilisés pour inciter les participant-e-s à consommer de grandes quantités d’alcool rapidement;
  • La pression sociale peut être subtile ou explicite. Les phrases comme «Allez, juste un verre de plus !» ou «Tu ne vas pas refuser un verre, si ?» sont utilisées pour pousser quelqu’un à boire plus qu’il ne le souhaite;
  • Offrir des tournées de boissons est une technique courante. La victime peut se sentir obligée de suivre le rythme du groupe et de boire chaque fois qu’une nouvelle tournée est servie;
  • Utiliser des boissons sucrées ou fortement aromatisées pour masquer le goût de l’alcool fort peut amener quelqu’un à boire plus qu’il ne pense;
  • Proposer des défis ou des paris où la consommation d’alcool est la clé pour gagner ou éviter une conséquence embarrassante;
  • Et plus encore … 

Quelques statistiques 

Les agressions sexuelles en état d’intoxication sont une réalité alarmante au Canada. En 2018, Statistique Canada a souligné que l’alcool joue un rôle majeur dans près de la moitié des cas de violence sexuelle rapportés, confirmant ainsi l’ampleur de ce problème plus que préoccupant. Cette statistique met en lumière l’urgence de la prise de mesures de prévention ciblées auprès de la population et de soutien adéquat pour les victimes d’agression sexuelle en contexte d’intoxication.

Le consentement sexuel éclairé

En effet, l’un des aspects légaux du consentement est qu’il doit être donné de manière éclairée afin d’être valide. C’est-à-dire que toutes les parties impliquées dans l’acte doivent être conscientes de l’action dans laquelle elles prendront part. Les personnes impliquées doivent donc comprendre « dans quoi elles s’embarquent » et donc, avoir la capacité de déterminer les possibles conséquences d’avoir une relation sexuelle. Lorsque la personne est sous l’influence de drogue ou d’alcool, elle n’est pas en mesure de donner un consentement éclairé, puisque son jugement risque d’être altéré. Le consentement sexuel éclairé est un principe fondamental pour des relations intimes respectueuses et saines. Cependant, ce principe est gravement menacé par l’utilisation de drogues, comme mentionné précédemment.

Vers une société plus sûre

Reconnaitre l’alcool comme un facteur majeur dans les agressions à caractère sexuel est un pas important vers une société plus sûre. Il est impératif de changer notre rapport à l’alcool, de promouvoir une consommation responsable et de ne jamais banaliser les risques inhérents. En éduquant, en sensibilisant et en prenant des mesures concrètes, nous pouvons espérer réduire l’incidence des violences sexuelles et des tabous qui gravitent autour de cette problématique.

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