Le samedi 7 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la Factrie 701, à Shawinigan, s’est transformée en espace de parole, de création et de sororité. Quinze femmes cheffes de file et artistes aux parcours extraordinaires, originaires de la Mauricie, d’Haïti, du Brésil, de la Côte d’Ivoire, d’Italie et de l’Argentine, se sont réunies pour une soirée hors du commun : La nuit des femmes, une soirée qui n’avait pas pour ambition de plaire, mais de libérer.
L’événement, soutenu par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration dans le cadre du Programme d’appui aux collectivités, reposait sur une conviction simple mais puissante : l’art peut dire ce que les mots seuls peinent à exprimer. Arts visuels, multimédia, danse, musique et poésie ont servi de fil conducteur à cinq panels de discussion aux thèmes aussi intimes qu’universels, soit l’image et l’estime de soi, la force des mots, le mouvement comme affirmation, la musique comme transmission et le leadership au féminin.
Ce qui distinguait cette nuit, c’est l’audace des sujets abordés. Mastectomie, violence conjugale, parcours migratoire, prise de parole publique : des réalités souvent reléguées au silence ont trouvé ici un espace de dignité. Luciane Monteiro, autrice et présidente de Voix de Pasaj, résume bien l’esprit de la soirée : « Il s’agissait avant tout de rassurer les femmes sur leur valeur intrinsèque, bien au-delà de l’apparence ou des attentes sociales. » Le moment le plus marquant de la soirée a été sans doute la danse de Valeska, un hommage vibrant aux femmes d’Afghanistan, rappelant avec force que la liberté de mouvoir son corps reste, pour certaines, un acte de résistance.
De son côté, Claudie Lévesque, auteure, artiste multidisciplinaire et intervenante sociale à la Maison des jeunes Entrado, décrit une « connexion qui va au-delà des mots », un échange solidaire entre « femmes de cœur ». Forte de son expérience auprès des jeunes et des familles, elle souligne que les cinq thèmes de la soirée, bien que distincts, se répondaient et s’entremêlaient, preuve que, derrière les différences de culture, de langue et de parcours, existe une réalité féminine profondément partagée.
C’était là tout le défi de La nuit des femmes : briser l’isolement, tisser des ponts entre les femmes issues de l’immigration et celles de la communauté d’accueil, et démontrer que la sororité ne connaît pas de frontières. La soirée a engendré des confidences intimes, des dialogues intergénérationnels et, surtout, des liens qui promettent de durer bien au-delà de cette seule nuit.
Dans un monde qui demande souvent aux femmes de choisir entre leur vulnérabilité et leur puissance, la Factrie 701 a offert, le temps d’une soirée, un espace où l’on pouvait être les deux à la fois. C’est peut-être cela, la vraie définition de la liberté.
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Djocari Laurys Théodore, journaliste
Initiative de journalisme local







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