Magali Boisvert pour Le Sabord – Culture – janvier 2022

Lorsque l’on rencontre l’artiste Andrée Godin, on réalise en peu de temps que le rire et l’humour colorent tout ce qu’elle touche. La récente finissante du baccalauréat en arts visuels de l’Université du Québec à Trois-Rivières, malgré le ralentissement causé par la COVID-19, a toujours multiplié les projets avec plaisir, tout au long du processus de création.

Pour l’artiste Andrée Godin, la réception de l’œuvre, l’expérience vécue par elle, fait partie de l’installation même. Crédit photo : Magali Boisvert

Une carrière prometteuse

Le parcours d’une récente diplômée n’est habituellement pas une liste interminable d’expériences, mais Andrée Godin compte déjà à son actif plusieurs projets et collaborations notables. Son projet de fin de baccalauréat, qui a été présenté dans la salle blanche de l’Atelier Silex, consistait en une grande installation.

« Ça reproduisait une scène d’anniversaire qui aurait eu lieu dans une exposition d’art. Il y avait une sculpture en métal qui représentait des débris de papier d’emballage déchiré. Il y avait aussi un petit verre d’Orange Crush laissé sur le socle. Un tableau qui était décroché de l’un de ses clous pour accrocher une banderole avec d’autres clous ; on tassait carrément les œuvres d’art pour laisser place à la célébration », nous explique l’artiste d’origine beauceronne.

Lors de son parcours universitaire, elle a également participé, à la demande de Lorraine Beaulieu, ancienne responsable de la Galerie R3 de l’UQTR, à l’exposition de l’artiste François Mathieu, qui a réalisé d’immenses sculptures en bois. Le rôle de Godin était quelque peu surprenant, comme elle le relate : « Il s’agissait de mettre des petits articles d’épicerie comme un pot de sauce soya ou un gâteau McCain au chocolat, et de les glisser tout près de ses œuvres comme s’ils faisaient partie de la sculpture et de les disperser comme si c’était des objets qu’on avait abandonnés dans des allées alors qu’il y avait une exposition. »

Au-delà de l’œuvre même

Ce qui est singulier du travail artistique d’Andrée Godin, c’est que lorsqu’elle discute de son art, elle considère les réactions potentielles que peuvent provoquer ses œuvres de manière plus approfondie que la constitution des œuvres elles-mêmes.

Or, l’artiste est fascinée non seulement par la réaction immédiate des visiteurs et visiteuses de son exposition. Elle se préoccupe également des conventions culturelles et sociales qui ont façonné les habitudes de ces personnes, ce qui les amène à percevoir l’œuvre sous un tel angle, et comment elles s’approprieront l’expérience de cette exposition dans le futur. Comme quoi, la réception de l’œuvre, l’expérience vécue par elle, fait partie de l’installation même. Au-delà de la matérialité et de la mise en espace des objets, le travail d’Andrée Godin inclut une dimension temporelle par l’intégration de la réception.

Elle décrit d’ailleurs sa démarche ainsi : « Mes œuvres sont empreintes d’absurdité et offrent une esthétique ludique ou satirique. Je considère le rire ou le sourire de l’autre comme preuve irréfutable de connexion avec mon travail : consciemment ou non, on montre ainsi qu’on a compris la blague. L’idée du contexte m’obsède, autant dans le processus de création de l’œuvre que dans celui de sa réception. »

Le médium l’intéresse peu ; c’est ainsi qu’avec ses sculptures ou ses constructions rappelant des objets du quotidien, l’artiste explore la désacralisation de l’objet artistique, souvent à travers le rire du public ou encore la simple surprise de voir un verre de soda à l’Orange Crush trônant sur un socle dans une salle d’exposition.

Une prochaine exposition frappante

Au terme de ses études, l’artiste a été sélectionnée parmi ses collègues finissants du baccalauréat et a remporté le prix Silex. Elle réalisera une exposition à l’Atelier Silex lors des dernières semaines de février 2022. Et, immanquablement, le public aura affaire à une expérience immersive et interactive qui défie les conventions :

« Les installations consisteront en des “verts” de minigolf fabriqués à partir de ressources matérielles spécifiques au contexte de leur réalisation, que ce soit par rapport à la spécialisation de l’atelier d’artiste en question, de la connaissance et la disponibilité des membres ou employé.e.s, du temps ou de l’espace disponible jusqu’au budget alloué. »

Les personnes qui visiteront cette exposition ludique pourront interagir avec l’œuvre d’Andrée Godin comme on le ferait avec un véritable terrain de minigolf, en frappant des balles façonnées par l’artiste avec un bâton également fabriqué de toutes pièces. Ce public, en se laissant prendre au jeu, remarquera peut-être que ses rires ont autant, sinon plus, de valeur que les œuvres d’art qu’il tient entre les mains.

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