Bien avant qu’on comprenne vraiment ce qu’est l’action communautaire autonome (ACA), des organismes ont probablement déjà eu un impact sur nous ou nos proches. Prendre le temps de revisiter notre parcours avec des lunettes « ACA », c’est découvrir un chemin tissé de rencontres, de lieux et de personnes qui ont façonné notre trajectoire. En faisant l’exercice pour moi-même, je réalise que le mouvement d’ACA s’est introduit bien vite dans mon chemin. Je vous invite, dans cet article, à explorer la cartographie de l’ACA dans la vie d’une citoyenne, et ce, partout au Québec, parce que j’ai souvent déménagé !
L’itinéraire commence
Ma première rencontre avec l’ACA se fait quand je deviens gardienne bénévole à La clé sur la porte, une maison d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants. Je réalise, à travers les rires des jeunes de trois à huit ans, l’anomalie et la beauté d’être là. Du haut de mes 15 ans, j’ai du mal à accepter que ces gens doivent se réfugier loin de leur propre foyer pour être en sécurité. Je vois déjà l’impact énorme de ce lieu pour ces femmes et leurs enfants en quête d’un espace sécuritaire et d’un nouveau départ.
Je suis au secondaire et je m’implique aussi, avec trois amies, dans l’organisation d’un concert-bénéfice pour le cancer du sein. La Maison des jeunes de Saint-Hyacinthe nous soutient dans cette folie et c’est dans son grand gymnase qu’on vend des hot-dog et qu’on rassemble des jeunes pour une cause qui nous tient énormément à cœur.
Un projet d’école m’amène ensuite à documenter l’histoire d’une famille colombienne de réfugié-es politiques nouvellement arrivée dans la région. Je m’attache terriblement à leur vécu et à l’injustice de leur histoire. Je vois aussi à quel point la Maison de la famille a été un ancrage précieux pour cette famille.
Quand l’ACA change les trajectoires
Plus tard, je vis, par ricochet, l’effet du Phare, un organisme qui soutient l’entourage de personnes vivant des problèmes de santé mentale. En soutenant ma mère qui accompagne un proche en difficulté, c’est probablement toute notre dynamique familiale qui en bénéficie.
Jeune adulte, je vis des variations hormonales qui m’amènent à me poser beaucoup de questions sur mon cycle féminin. La Clinique des femmes de l’Outaouais m’offre alors une écoute et un espace pour mieux comprendre cette réalité qui me traverse chaque mois.
À Rimouski, des initiatives étudiantes contre le gaspillage alimentaire me rendent fière de faire partie d’une communauté qui s’organise pour un besoin aussi essentiel que bien se nourrir. Je découvre Moisson Rimouski-Neigette qui, à quelques reprises, complémente mon garde-manger d’étudiante. Même chose un peu plus tard quand je m’installe à Bonaventure, avec les initiatives du Collectif Aliment-Terre et de Produire la santé ensemble.
Toujours en Gaspésie, j’accueille la vie et je comprends la richesse (et la nécessité) d’être soutenue par une communauté quand nos repères changent complètement. Je trouve, à la Maison de la famille de la MRC de Bonaventure un filet social qui porte plusieurs rôles et visages : une marraine d’allaitement, une accompagnante qui m’aide à habiter pleinement ma maternité, des « mamies » qui m’offrent du répit…
Le pouvoir invisible de l’action communautaire autonome
Je le dis sans détour : mon histoire n’a absolument rien d’exceptionnel. Je ne suis qu’une citoyenne qui s’est tournée vers des ressources à certains moments pour assurer son bien-être. Chaque année, c’est aussi l’histoire de millions de personnes au Québec qui vivent diverses formes de difficultés et trouvent des solutions auprès d’organismes communautaires autonomes.
C’est ça, le pouvoir invisible de l’action communautaire autonome. C’est la capacité d’une communauté à s’organiser pour que personne ne tombe dans le vide. Pour que les chemins d’injustices soient transformés en chemins de dignité et de solidarité.
C’est l’intelligence collective en pleine action. C’est ça, l’ACA !





