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Caricature de Boris.

Le terme économie est aujourd’hui souvent compris comme synonyme de croissance. Les rubriques Économie des médias, nous parlent d’ailleurs essentiellement d’économie en termes de « développement économique », ou, en plus vert, de « développement durable ». 

Contrairement à l’idée du développement, faire l’économie de quelque chose signifie pourtant de s’en passer, du moins temporairement, et d’en faire un usage modéré et « RATIOnnel ». L’angle « développemental » rend toutefois impossible la réflexion publique et politique à propos d’une théorie économique trop souvent laissée dans l’ombre, soit celle de la décroissance. Une théorie dont l’influence se fait pourtant ressentir jusque dans les plus récents rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Impossible d’en faire plus 

Réagissant au dernier rapport du GIEC, le ministre de l’environnement du Québec, Benoît Charette indiquait qu’il est « impossible d’en faire plus » par rapport aux cibles climatiques de son gouvernement. Ça tombe bien, la décroissance repose justement sur le principe qu’il soit « possible d’en faire moins ».

Comment ne pas faire le lien entre l’impuissance affirmée par le ministre et l’actuelle controverse trifluvienne relative à la destruction et l’altération de près de trente hectares de milieux humides pour faire place à un quartier industriel situé à la jonction 40-55. 

Les opposants à ce projet de « développement économique » ont subi les affres de M.  Mario de Tilly, directeur économique chez Innovation et développement économique Trois-Rivières (IDETR). Les membres du groupe écocitoyen Terre Précieuse ont vu le mouvement citoyen être qualifié par ce commissaire industriel de « minable », de « dictature » et de « terrorisme ». Une stigmatisation dénoncée par les citoyen(ne)s qui ont réclamé la démission de son auteur. Une demande refusée du revers de la main par le maire Lamarche qui s’est porté à la défense de M. de Tilly. Le maire affirmant au journal Le Nouvelliste que « jamais on va demander à un directeur d’Innovation et Développement économique de démissionner parce qu’il réclame le droit de faire du développement économique. » 

Le maire Lamarche dit vouloir demeurer dans le « dialogue » avec les citoyen.nes, et du même souffle, accuse les opposants au projet de « refermer ce dialogue ». Une accusation qui vient ironiquement réduire l’espace dialogique. Sans compter que les membres de Terre précieuse sont bien loin de donner dans le répertoire de la désobéissance civile.

Les mots-épouvantails

Pour sa part, le directeur économique de Trois-Rivières s’est vu accorder, au cours des derniers mois, des tribunes médiatiques importantes qui viennent donner un poids considérable à son discours et, du même coup, le rapprochent des dirigeant.es médiatiques et des commentateurs politiques de la région. 

La parole de l’écocitoyenneté et de la décroissance en est une légitime et elle se doit d’être entendue par les élu.es au même titre que les voix de tout autre acteur public. Parce que faire l’économie de la nature c’est épargner les ressources dont elle dispose, cela implique parfois de ne pas développer et d’opter pour la décroissance. 

Lire aussi : Fabriquer des discours « socialement acceptables »

Les mots-épouvantails (« terroriste », « dictature » « minables ») du directeur général de IDETR participent d’un discours de délégitimation de la parole écocitoyenne et de la décroissance, une notion économique pourtant abordée par des économistes sérieux – dont Yves-Marie Abraham du HEC. 

La décroissance est une thématique qui jusqu’à présent a surtout été abordée dans les rubriques et segments « Environnement » des médias. Il s’agit pourtant d’une thématique essentiellement économique et il serait temps que nous la traitions comme telle. Mais il faudra d’abord délester la langue de l’économie politique et médiatique de ces mots-épouvantails et des discours de délégitimation qu’elle articule.

Mairesse au front

Quel contraste entre ce qui se passe de ce côté-ci du fleuve et de l’autre rive ! La mairesse de Nicolet Geneviève Dubois n’a pas hésité à prendre la plume et à déplorer, dans une lettre ouverte, les propos fatalistes du ministre Charette. La mairesse affirmait que face aux changements climatiques, « les villes veulent en faire plus. […] En aménageant chaque territoire de manière à protéger les milieux naturels ainsi que les terres agricoles tout en limitant l’étalement urbain. » 

On ne peut que saluer l’audace de la mairesse Dubois qui a choisi de se montrer solidaire aux scientifiques du GIEC et aux citoyen.nes concerné.es par le modèle municipal de l’étalement urbain et de la destruction des milieux humides qu’il engendre. Espérons que la première magistrate nicolétaine donnera ici le ton et l’exemple aux autres maires de la région. 

Le cas du développement d’un district industriel en pleine tourbière mérite assurément qu’on y oppose, à tout le moins, un moratoire. 

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