Un texte de Lauréanne Gascon

Simone de Beauvoir (1908-1986) disait : « N’oubliez jamais qu’il ne suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

Le masculinisme arrive à toute vitesse au Québec dans certaines sphères médiatiques et publiques et cela démontre que les droits des femmes ne sont jamais acquis. Mais qu’est-ce que le masculinisme ? « Il s’agit d’un discours qui s’appuie sur une prétendue crise de la masculinité. Les masculinistes voient des effets pervers dans les changements apportés par le féminisme, qui nuiraient aux hommes. Par exemple, la perte des repères identitaires, la dévalorisation de la masculinité et de la virilité. Le masculinisme ne s’appuie pas sur des théories, mais plutôt sur des expériences individuelles, qu’il tente de collectiviser. (Manuel de résistance féministe, 2019) 

Comment se fait-il que les inégalités vécues par les femmes soient banalisées et perpétuées par la montée de ce discours masculiniste ? La réponse se trouve entre autre du côté de la socialisation et des stéréotypes. Simone de Beauvoir a présenté l’idée de construction sociale : comme l’organisation sociale régit notre vie en société, l’humain a besoin d’établir des règles, des normes et des codes sociaux pour s’organiser. La socialisation est le processus par lequel les garçons et les filles, dès le tout jeune âge, apprennent et intègrent les valeurs, les normes et les règles dévolues à leur sexe. On projette ainsi, même involontairement, des attentes spécifiques et différenciées sur les filles et les garçons, lesquelles influencent leurs choix, leurs préférences, leurs attitudes et leurs comportements en société. À grande échelle, cela maintient le système patriarcal en place.

Le patriar- quoi ?  

« Le patriarcat est un système économique, politique et socioculturel mondial fondé sur : 

  • La supériorité et l’autorité des hommes, comme classe de sexe dominante ; 
  • L’appropriation du corps et de la force de travail des femmes comme groupe social dominé.  

Il s’agit d’un système qui :  

  • Divise les femmes et les hommes en deux groupes distincts ; 
  • Hiérarchise ces groupes en leur attribuant une valeur et un ordre différents ; 
  • Situe le groupe des hommes en position dominante et subordonne celui des femmes ;
  • Assigne aux hommes et aux femmes des sphères distinctes hiérarchisées ; 
  • S’appuie sur la contrainte à l’hétérosexualité ; 

Légitime les discriminations systémiques par l’idée d’une nature inférieure des femmes. » (Manuel de résistance féministe, 2019) 

Cette socialisation s’effectue par le biais tant de la famille, de l’école et des pairs que des différents médias de communication, qui renvoient souvent des images stéréotypées des sexes. 

Actuellement, une prise de parole s’effectue dans certains médias qui valorise le discours selon lequel l’homme doit restreindre la liberté de déplacement de sa femme, par exemple en l’empêchant d’aller dans certains lieux publics, et contrôler la manière dont elle s’habille, avec qui elle peut ou non entrer en relation ainsi que ce qu’elle peut publier ou non sur les réseaux sociaux. Ces discours toxiques encouragent les hommes à exercer leur domination et un contrôle excessif sur les femmes : il est important de les reconnaître et de les dénoncer. Les valeurs de base d’une relation saine et équilibrée sont le respect, la confiance et la liberté. En tant que société, nous devons mettre fin au climat de contrôle et de peur au sein des relations conjugales et dans la société dans son ensemble. 

Les femmes se sont battues des siècles durant afin d’obtenir des droits fondamentaux tels que le droit de vote, d’être considérées comme des personnes à part entière, une autonomie et une indépendance. En tant que société, en 2024, comment se fait-il qu’un  tel discours connaisse une recrudescence ? La pointe de l’iceberg, ce sont les nombreux, les trop nombreux féminicides qui se produisent. Toutefois, il est important de souligner qu’avant d’en arriver là, des hommes exercent sur des femmes plusieurs formes subtiles de violences, telles que les discours sexistes, l’objectification du corps des femmes, le gaslighting (détournement cognitif), l’humiliation, le chantage émotionnel, la culpabilisation, la minimisation et même les insultes, les menaces et les agressions à caractère sexuel. 

Les féministes ne mènent pas un combat contre les hommes. Les féministes réclament l’égalité, tout simplement. Soyons uni-es, soyons allié-es, pour une plus grande humanité.  

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