omer héroux
L’ouvrage « Omer Héroux, le patriarche du journalisme au Canada français », de Jean-François Veilleux et Francis Bergeron (Éditions du Québécois, 2022, 307 p.), sera disponible en librairie à l’automne.

Cet été, nos chroniqueurs en histoire, Jean-François Veilleux et Francis Bergeron, publient ensemble un livre biographique consacré au grand journaliste Omer Héroux, aux Éditions du Québécois. En voici un extrait par l’entremise des correspondances inédites entre Héroux et Albert Tessier à propos de leur passion commune pour l’histoire et la région mauricienne.

Le Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières possède dans ses archives dix-neuf lettres échangées entre Omer Héroux et Albert Tessier particulièrement dans les années 1930. Datées entre le 27 janvier 1930 et le 12 avril 1960, on y retrouve 14 lettres écrites par Héroux, quatre de la main d’Albert Tessier, une autre de l’abbé Tessier à Edmond Cloutier à propos d’une suggestion d’Omer, et une dernière, la plus tardive, écrite par Marie-Louise Rocque au nom de son mari. Dans ces lettres, outre l’immense respect témoigné entre les deux hommes, ils échangent sur divers sujets politiques : la réouverture par le gouvernement de la loi sur les subventions accordées aux œuvres charitables et scolaires afin d’y inclure une taxe sur les amusements, la réforme de L’enseignement secondaire et la mort de divers protagonistes tels qu’Oscar Casault, Wenceslas Tessier et Albert LaSalle.

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Dès avril 1926, au journal Le Devoir (fondé en 1910), Omer Héroux s’était déclaré favorable au projet du prêtre-historien Albert Tessier de créer une Société d’histoire régionale, qui verra le jour le mois suivant au Séminaire Saint-Joseph (1). À l’époque du tricentenaire de Trois-Rivières, en 1934 – à l’instar d’autres journalistes tels que Édouard Belleau (La Voix de La Tuque) et Elzéar Dallaire (L’Écho du Saint-Maurice), l’historien Latuquois Lucien Desbiens et la poétesse états-unienne Sarah Larkin – Héroux sera également défenseur du terme « Mauricie » proposé par Tessier en opposition avec celui de « Trifluvianie » de Mgr Comtois (2).

Omer Héroux reprit rapidement le mot d’ordre de Lionel Groulx : « Apprenons notre histoire. C’est l’un de nos plus pressants devoirs ». Héroux avait déjà écrit au moins un texte pour Tessier, intitulé « Un Mémorialiste », en mémoire du docteur Louis-Georges Godin, décédé subitement à 35 ans (3). Dans une lettre du 24 décembre 1932, il félicite l’abbé Tessier pour son « programme splendide » qui s’annonce pour les fêtes du tricentenaire de Trois-Rivières à l’été 1934. Il écrit que s’il le pouvait, il serait très heureux de s’inscrire dans la série de ses collaborateurs. Omer voudrait bien rédiger un article sur Pierre McLeod, « un type fort orignal », propriétaire du vieux journal Le Trifluvien. « Il y aurait énormément à dire sur les journalistes d’autrefois. J’ai toujours été un peu surpris du nombre de journaux qui sont nés aux Trois-Rivières. (4) »

Malgré son enthousiasme, Omer écrit à l’abbé un mois plus tard pour le remercier de son amabilité mais affirme humblement qu’il « ne mérite pas tant de remerciements. [Il] voudrai[t] bien pouvoir faire davantage. » À ce moment, il est question d’écrire quelque chose sur le « mouvement régionaliste », ce qui lui tient beaucoup à cœur : « Je me propose de pousser le mouvement avec toute l’énergie possible et de lui donner tout l’espace dont nous pouvons disposer chez nous. »

Le couperet tombe le 30 mai 1933. Dans une lettre remplie d’excuses sincères, Omer est désolé de ne pouvoir fournir cet article qu’il aurait « fort aimé » écrire, car il ne sait pas vraiment comment il pourrait se tirer d’affaires ces jours-là, par manque de temps. Omer Héroux aura donc laissé passer sa chance d’être parmi les rédacteurs des célébrations entourant le troisième centenaire de Trois-Rivières, en 1934. Cependant, son très bon ami, l’avocat Louis-D. Durand, sera le président du tricentenaire. Enfin, soulignant son « entier dévouement », il termine avec cet aveu : « Je crois qu’en vieillissant je deviens plus ardemment trifluvien que jamais. »

Sources

(1) René VERRETTE. Le régionalisme mauricien des années trente. Mémoire à l’UQTR, 1989, p.165.

(2) René VERRETTE. Ibid., p.128, 213.

(3) Omer HÉROUX. « Un Mémorialiste », Pages Trifluviennes, série B, no.1, Éditions du Bien public, p.43.

(4) Lettre du 24 décembre 1932, archives du Séminaire Saint-Joseph, cote 0014-P2-4-31.

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