Dans le dernier rapport de l’Institut de la statistique du Québec, on constate une croissance démographique historique pour la province. Selon Mikaël Morrissette, responsable des relations publiques et porte-parole de la Ville de Trois-Rivières, la population immigrante représente de 4 % à 6 % de la population totale de la ville. Les médias abordent souvent l’immigration sous différentes facettes liées à plusieurs problèmes sociaux, tels que la crise du logement, la pénurie de main-d’œuvre, les frais de scolarité des institutions d’enseignement supérieur et le déclin de la langue française. La question de l’immigration est complexe en raison de plusieurs facteurs interconnectés. Elle implique des dimensions économiques, politiques, sociales et humanitaires. Ce mois-ci, Alejandra Basañes, Romain Roult et Mikaël Morrissette discutent de ces enjeux en passant en revue leur parcours d’immigration et en explorant comment la Ville peut être un levier d’intégration.

« La maison des fous »

Durant l’épisode, Robert Aubin fait référence à la maison qui rend fou dans l’ouvrage Les douze travaux d’Astérix pour illustrer la complexité du système d’immigration. En racontant son parcours d’immigrant français, Romain Roult, accompagné de Robert Aubin, démystifie plusieurs termes relatifs au vocabulaire bureaucratique. Ils expliquent, par exemple, la différence entre la mobilité étudiante et les permis d’étudiant, ainsi qu’entre un permis de travail et l’immigration économique. Ils abordent également la provenance et la mise en place dans les années 1990 du certificat de sélection du Québec, un document nécessaire pour immigrer au Québec.

Capacité d’intégration

Mikaël Morrissette explique que la Ville de Trois-Rivières, en 2022, s’est dotée d’un plan d’action en immigration. Des enjeux principaux ont été identifiés comme étant des défis qui peuvent défavoriser l’intégration. L’un des principaux concerne la barrière linguistique. Le fait de ne pas maîtriser le français, à Trois-Rivières, empêche plusieurs personnes immigrantes de se trouver un emploi. Il s’agit en quelque sorte d’un cercle vicieux, puisque le lieu de travail constitue un milieu de socialisation important. D’autant plus que plusieurs personnes immigrantes n’ont pas l’occasion de pratiquer ailleurs le français. 

Les trois intervenant-es s’accordent sur l’importance des loisirs et de la culture comme outils d’intégration. Alejandra Basañes raconte son parcours depuis qu’elle a quitté l’Argentine en pleine crise économique ; elle affirme que l’art peut être un puissant médium pour intégrer les personnes immigrantes. Elle raconte comment l’Atelier Presse-Papier l’a accueillie à bras ouverts à son arrivée à Trois-Rivières. On se penche également sur les  travaux que Romain Roult a réalisés avec des collègues sur l’intégration des immigrant-es grâce aux loisirs. Avec Mikaël Morrissette, on se demande comment la Ville peut mettre en place des initiatives locales alors que l’offre de services en matière de loisirs est globale.

Multiculturalisme et interculturalisme

Le Québec se distingue du reste du Canada par son modèle de gestion de la diversité culturelle. Les valeurs québécoises, notamment en raison du fait que le Québec constitue une minorité linguistique par rapport au reste du pays, favorisent le modèle d’interculturalisme. En revanche, le Canada anglais privilégie le multiculturalisme. Romain Roult et Alejandra Basañes partagent leur perception de cette différence. Romain Roult exprime sa fascination pour la manière dont le Québec navigue au milieu d’une mer anglophone, tandis qu’Alejandra Basañes explique avoir toujours aimé le français, même avant d’immigrer au Québec. Pour elle, il n’était pas négociable d’aller ailleurs qu’au Québec.

Il est tout à fait intuitif de penser que le Québec offre de nombreuses opportunités aux personnes qui y immigrent. Cependant, on se demande rarement, au-delà de leur travail et des impôts qu’ils-elles paient, ce que les immigrant-es peuvent apporter à la culture québécoise. C’est sur cette question que se termine l’épisode. Romain Roult et Alejandra Basañes expliquent leur fierté d’être québécois-es, et comment ils contribuent à la société québécoise.

Alejandra Basañes est une artiste visuelle multidisciplinaire originaire de San Juan, en Argentine. Elle réside à Trois-Rivières depuis 2003. Elle utilise principalement des techniques telles que la lithographie, la sérigraphie et l’estampe sur verre, et fait aussi des installations. Elle a étudié les arts visuels à l’Université nationale de San Juan en Argentine et à Paris VIII en France, et a obtenu une maîtrise en arts visuels de l’Université Laval au Québec. Ancienne présidente du conseil d’administration de l’Atelier Presse Papier à Trois-Rivières, elle continue de contribuer activement à la communauté artistique locale tout en participant à des projets éducatifs et culturels à l’international.

« Il y a plusieurs commentaires comme “vous avez vraiment bien réussi l’immigration, vous êtes un exemple comme famille”, et moi je suis fière, mais je pense qu’on a eu une belle réussite aussi à cause de vous, les Québécois ! Parce que nous, on a eu tellement de belles rencontres, des amis qui nous ont aidés, qui nous ont conseillés. Et donc, sans eux, sans vous, ça ne serait pas vraiment une réussite. Je suis vraiment fière de ma famille, je pense que mes enfants sont des Québécois “pure laine”. Ils n’ont pas l’accent comme moi, et je crois qu’ils vont rester ici au Québec, à Trois-Rivières. »

Originaire de l’Est de la France et établi au Québec depuis de nombreuses années, Romain Roult est professeur au Département d’études en loisir, culture et tourisme à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il détient un doctorat en études urbaines de l’Université du Québec à Montréal, une maîtrise ainsi qu’une licence en géographie de l’Université de Franche-Comté en France​. Ses domaines de recherche incluent l’aménagement et la planification territoriale des équipements sportifs et de loisirs, le sport et les dynamiques urbaines, ainsi que l’impact du sport sur la qualité de vie.​ Il est également co-directeur du Laboratoire en loisir et vie communautaire de l’UQTR​.

« C’est là que les loisirs et le sport, par exemple, peuvent devenir des facteurs d’intégration et de compréhension des valeurs de la société d’accueil. Pourquoi ? Parce que cela permet à la fois de donner à la société d’accueil, de montrer qu’on a une certaine expertise […], mais aussi de connaître d’autres héritages sportifs, comme ici par exemple le hockey, une discipline qui n’est pas forcément présente dans mon pays d’origine. Donc, c’est à la fois une manière de donner et de s’ouvrir à la différence. Cela nous donne une certaine vulnérabilité et des occasions de rapprochement avec les autres qu’on n’aurait pas forcément dans une autre sphère de notre vie. » 

Mikaël Morrissette est responsable des relations publiques et porte-parole de la Ville de Trois-Rivières. Il est impliqué dans les communications municipales et a récemment joint le conseil d’administration de l’Association des communicateurs municipaux du Québec, où il contribue à l’amélioration de la communication et de la participation citoyenne au niveau municipal​.

« Dans l’étude qui été menée par l’Institut de recherche sur l’intégration professionnelle des personnes immigrantes, on définit les deux grandes forces de Trois-Rivières, parce que oui il y a eu des défis qui ont été identifiés, mais quand il y a des défis, il faut bâtir sur des forces parce qu’il y a des opportunités. Cela a surtout été le sentiment de sécurité des gens quand ils arrivent ici. Ils se sentent mieux, ils se sentent en sécurité dans leur voisinage, dans les institutions. Et aussi, la qualité de vie qui est ressentie. Donc, la qualité de vie dans les quartiers, les milieux de vie, toutes ces choses-là ont été des points forts perçus très positivement par les gens qui arrivent. » 

 

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