Le 24 juin, nous célébrons la Fête nationale du Québec, qui est la fête de l’ensemble des citoyen-nes du Québec, de toute origine. Je profite de cette occasion pour vous parler du dernier livre de la réalisatrice Francine Pelletier, Au Québec, c’est comme ça qu’on vit  La montée du nationalisme identitaire (2023, Lux Éditeur, 220 p.).

D’emblée, ce livre devrait être lu par toutes les personnes qui arrivent et s’installent au Québec, car cet ouvrage, même s’il occulte l’alliance durable entre les Autochtones et les premiers colons français, fait bien le tour des évènements majeurs qui ont jalonné l’histoire du Québec : des Patriotes de 1837-38 au « référendum crève-cœur de 1995 », en passant par la Révolution tranquille qui a su établir un nationalisme « civique » fondé sur la citoyenneté, misant sur le français, l’égalité hommes/femmes et la laïcité comme piliers de notre société, en rejetant le principe ethnocentriste du repli sur soi.

L’autrice, elle-même d’origine franco-ontarienne, a émigré au Québec à l’automne 1975 pour assurer sa propre survie en tant que francophone. Elle s’est spontanément jointe avec fierté au mouvement indépendantiste en appuyant la vision du nationalisme progressiste de René Lévesque. Elle comprend alors que l’idée d’appliquer l’adage « maître chez nous » est un combat collectif et qu’il faut de l’audace pour se reconnaître soi-même en tant que peuple. D’ailleurs, elle convient que « le nationalisme a toujours été au cœur de la politique ainsi que de l’identité québécoises ».

Selon Francine Pelletier, depuis l’échec du référendum de 1995, le nationalisme québécois est devenu davantage culturel que politique, mais serait plus fermé et axé sur le passé alors qu’il faudrait être plus ouvert et axé sur le futur. Or, lorsque qu’une société craint pour sa propre survie à long terme (nous sommes seulement 2 % en Amérique du Nord), comment peut-elle se projeter dans l’avenir ?

Est-ce que cela existe vraiment, un nationalisme qui n’est pas identitaire ? Le nationalisme est défini comme une doctrine qui revendique le droit pour une nationalité de former une nation en proposant l’exaltation du sentiment national par un attachement passionné à celle-ci. De plus, en quoi valoriser le passé québécois serait-il un frein à la conscience de soi ? Il faut bien savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on veut vraiment aller et ne pas répéter les erreurs du passé.

Sans retourner au nationalisme de survivance du 19e siècle, il faut quand même plonger notre regard dans ce que nous avons été depuis l’arrivée de Jacques Cartier, en 1534, pour mieux saisir notre identité. Il est faux de croire que nous sommes tous des immigrant-es de première génération, au contraire. Par exemple, mon ancêtre Nicolas Vérieul est arrivé ici vers 1660 et s’est marié avec une fille du Roy en 1665. Le Québec doit regarder en arrière pour mieux comprendre son présent, mais aussi pour mieux appréhender le socle commun qui doit unir notre société : la culture québécoise et la langue française. Cela n’est pas du tout associé à ce que Francine Pelletier nomme « nostalgie » ou « ressentiment ». Il n’y a aucun sentiment xénophobe à parler de soi au « nous », car, pour devenir citoyen-ne du monde, il faut également avoir des racines quelque part. Faire du Québec un pays n’est pas un acte contre les autres, mais un acte d’abord pour soi.

Lors de la fondation du Parti québécois, en octobre 1968, René Lévesque (1922-1987) a déclaré : « Nous sommes des Québécois. Ce que cela veut dire d’abord et avant tout, et au besoin exclusivement, c’est que nous sommes attachés à ce seul coin du monde où nous puissions être pleinement nous-mêmes, ce Québec qui, nous le sentons bien, est le seul endroit où il nous soit possible d’être vraiment chez nous. » Le premier chef du PQ n’avait pas peur d’utiliser ce « nous » que dénonce l’autrice dans la bouche du premier ministre Jacques Parizeau (1930-2015) lors de la deuxième tentative démocratique d’obtenir l’indépendance politique et nationale du Québec.

Enfin, ce qu’il manque à cet ouvrage, c’est une critique du régime fédéral, qui a toujours mis des bâtons dans les roues de notre projet de société. Que le Québec n’ait toujours pas signé la Constitution canadienne de 1982 démontre l’impasse dans laquelle nous sommes toujours. Que l’autrice ait dû quitter son Ontario natal pour vivre dans sa langue maternelle témoigne justement de la guerre au français qu’a toujours menée le Canada  et il n’est pas nécessaire pour s’en convaincre de remonter au Règlement XVII qui interdisait l’enseignement du français en Ontario de 1912 à 1927, il y a suffisamment d’exemples contemporains. 

Que le Québec de demain soit forcément pluraliste, « diversifié et métissé », comme le suggère l’autrice en conclusion, je le conçois aisément, mais nous devons solidifier et mettre en place une « culture de convergence » qui place l’histoire du Québec et la langue française en son centre. C’est ainsi que nous pourrons réussir à intégrer les personnes qui hésiteront à voter oui au prochain référendum et convaincre tous les Néo-Québécois-es de la fierté de créer ensemble un nouveau pays.

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