Le géant chinois Shein débarquait à Brossard [1] en juillet 2023 lors d’une boutique éphémère de type pop-up. En avril 2024, après un arrêt à Toronto, l’entreprise répétait l’expérience à Vancouver. À trois reprises, l’évènement fut un succès fulgurant – si fulgurant qu’il inquiète. Shein a bel et bien pris d’assaut le pays et, environnement parlant, ce n’est pas du tout une bonne nouvelle. 

Shein représente l’apogée de l’ultra fast fashion ou mode éphémère, un modèle d’affaires qui combine prix dérisoires avec une rotation extrêmement rapide des collections de vêtements. L’ultra fast fashion, c’est la consommation « sur des stéroïdes » [2], selon Carl Boutet, analyste du commerce de détail. 

Une fast fashion encore plus rapide

Le mantra de l’ultra fast fashion est simple : produire toujours plus et toujours plus vite. Là où la fast fashion, grande sœur de l’ultra fast fashion, peut produire jusqu’à 52 collections de vêtements par année, selon un rapport publié par Les amis de la Terre en 2022 [3], l’ultra fast fashion sort des milliers de nouveaux modèles à chaque jour. Shein, par exemple, atteignait une moyenne de 7200 nouveaux modèles par jour en mai 2023, allant jusqu’à 10 800 modèles. En moyenne, 470 000 modèles sont disponibles en même temps sur leur site web, avec des prix ne dépassant pas une vingtaine de dollars. En comparaison, H&M, une des compagnies en tête de l’industrie de la fast fashion, tient environ 25 000 modèles sur 65 jours. On est loin des deux collections saisonnières !

Le problème? Cette industrie décuple l’impact environnemental de la fast fashion qui, à lui seul, était déjà inquiétant. « C’est très, très choquant, parce qu’on imagine que pour produire une telle quantité de vêtements, on exploite des êtres humains, on exploite aussi la planète, et on est en train de foncer dans un mur, » déclare à Radio-Canada Amélie Côté, analyste en réduction à la source chez Équiterre.

Une industrie plus noire que verte

Selon le Programme pour l’environnement de l’ONU, tel que rapporté par l’organisme Earth.org, l’industrie de la fast fashion représente le deuxième plus gros consommateur d’eau au monde et est responsable d’environ 10% des émissions de gaz à effet de serre globales – davantage que le transport maritime et les vols internationaux combinés. Selon l’Ademe en 2022 [4], si l’industrie de la mode poursuit sa trajectoire, elle pourrait être responsable du quart des émissions globales d’ici 2050. 

L’impact environnemental de la fast fashion se fait ressentir à chaque étape de la complexe chaîne de production. À la source, le choix des textiles se tourne souvent vers des matériaux dérivés du pétrole, tels que le polyester, le nylon ou l’acrylique, qui prennent des centaines d’années à se décomposer selon l’organisme Earth.org [5]. Ces matériaux rejettent également des microplastiques, ou petits morceaux de plastique non-biodégradables, dans l’eau, en plus de requérir une importante quantité d’énergie, souvent non-renouvelable, pour être transformés. La production de vêtements, pour sa part, est extrêmement nocive pour les cours d’eau, alors que les résidus de teintures chimiques y sont fréquemment rejetés et que 2000 gallons d’eau sont nécessaires pour produire un seul jeans, selon Business Insider [8]

Photo : Dominic Bérubé

Shein se défend

Comment une entreprise telle que Shein tire-t-elle son épingle du jeu? La réponse est simple : la demande est là. En dépit des nombreuses controverses dans lesquelles le géant chinois semble constamment baigner, incluant des accusations d’exploitation et de violation de droits d’auteurs, Shein a connu une croissance de 100% de son chiffre d’affaires en 2022, selon Les amis de la Terre [8].

Quant aux préoccupations environnementales reliées au nombre de modèles disponibles, la compagnie se défend [9] en prétendant ne produire que 100 à 200 morceaux par modèle puis utiliser un algorithme innovateur pour juger de la demande – un modèle d’affaires qu’elle qualifie d’« à la demande ». 

La responsabilité du consommateur

Que faire contre un Goliath tel que Shein? Lui retirer son air : la demande.

Acheter chez Shein représente plus qu’une question de commodité; il s’agit d’une question éthique et sociale. Si Shein, et l’ultra fast fashion dans son ensemble, règnent sur l’industrie de la surconsommation, c’est le consommateur qui possède le dernier mot : le pouvoir d’achat. 

Une alternative à l’ultra fast fashion existe : la slow fashion [10] ou mode responsable. Il s’agit d’un ralentissement de la production excessive, de la chaîne de production complexe et de la consommation insensée.  Les friperies, par exemple, sont des organismes d’économie sociale ou à but non lucratif qui ont un impact social et environnemental positif. En Mauricie, notons entre autres les friperies Nouveau Départ,   O Petit Coin, COMSEP ou encore à la Boutique Presque Neuf.

 

Sources : 
[1] https://www.journaldemontreal.com/2023/07/21/le-geant-chinois-controverse-shein-debarque-au-quebec
[2] https://montreal.ctvnews.ca/shein-opens-pop-up-shop-in-montreal-area-amid-multiple-controversies-1.6498597
[3] https://www.amisdelaterre.org/la-mode-surchauffe-on-a-decrypte-limpact-et-le-modele-de-shein/
[4] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2062549/shein-mode-chinois-vetements-jetable
[5] https://earth.org/fast-fashions-detrimental-effect-on-the-environment/
[6] https://www.amisdelaterre.org/la-mode-surchauffe-on-a-decrypte-limpact-et-le-modele-de-shein/
[7] https://www.amisdelaterre.org/la-mode-surchauffe-on-a-decrypte-limpact-et-le-modele-de-shein/
[8] https://earth.org/fast-fashions-detrimental-effect-on-the-environment/
[9] https://www.sheingroup.com/our-impact/
[10] https://earth.org/fast-fashions-detrimental-effect-on-the-environment/

 

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