Un nouveau plan adopté par la Ville identifie 80% des milieux humides du territoire comme étant d’intérêt pour la conservation. Certains de ces milieux sont toutefois menacés par de futurs développements, indique le plan.

Le conseil municipal de Trois-Rivières a adopté et rendu public mardi son Plan régional des milieux humides et hydriques (PRMHH). Ce document découle d’une obligation légale qui fait suite à l’adoption, en 2017, de la Loi concernant la conservation des milieux humides et hydriques.

L’exercice, réalisé par le Comité ZIP les Deux Rives, a permis d’identifier que la Ville de Trois-Rivières compte 3720 hectares (37,2 km²) de milieux humides, ce qui correspond à 11 % de la superficie de son territoire.

L’appellation « milieux humides » regroupe l’ensemble des sites saturés d’eau ou inondés pendant une période suffisamment longue pour influencer la nature du sol ou la composition de la végétation, explique le plan. Ceux-ci jouent un rôle environnemental fondamental. Le type de milieu humide le plus présent à Trois-Rivières est la tourbière boisée (44 %) et le marécage (34 %). Le plan porte aussi sur les milieux hydriques, c’est-à-dire les cours d’eau du territoire.

Milieux humides d’intérêt pour la conservation 

L’analyse du comité de travail, qui se base sur la Stratégie de conservation des milieux naturels de la ville de Trois-Rivières, a déterminé que 80 % de ceux-ci, soit 2987 hectares (répartis sur 928 sites), représentent un « intérêt pour la conservation » en raison de leur grande superficie ou de leur rareté. 

Cela ne signifie cependant pas que ces milieux seront protégés par la Ville. Le document du PRMHH, très descriptif, est surtout un outil de planification pour intégrer la conservation de ces milieux à la planification de l’aménagement du territoire. Il n’a pas de portée décisionnelle. La Ville prévoit toutefois de mettre à jour son schéma d’aménagement du territoire et son plan d’urbanisme à la lumière des nouveaux constats.

Il sera ainsi toujours possible pour les propriétaires de ces terrains de demander l’autorisation de détruire un milieu humide selon l’encadrement légal du ministère de l’Environnement.  

À travers un plan d’action, la ville de Trois-Rivières se fixe toutefois l’objectif d’accorder un statut de protection au tiers (30 %) des milieux humides et hydriques d’intérêt de son territoire d’ici 2032. Les lotissements résidentiels ou industriels y seront alors interdits. Actuellement, moins de 7 % de ces milieux d’intérêt bénéficient de cette protection municipale.

Critères qui définissent un milieu humide d’intérêt selon le comité du PRMHH

1— Conserver les tourbières de plus de quatre hectares

2— Conserver les milieux humides situés dans un bassin versant dont la superficie couverte par les milieux humides est inférieure à 10 %.

Des pertes prévues au profit de futurs développements

Le document indique qu’une partie de ces terres à haute valeur écologique sont menacées par de futurs développements domiciliaires et industriels. À cette fin, le PRMHH estime les « pertes appréhendées » potentielles à 183 hectares soit 6 % des milieux humides qui ont été identifiés comme ayant un intérêt pour la conservation.

Le rapport n’indique pas quelle proportion de ces pertes se situe sur le site de l’agrandissement prévu du parc industriel au Carrefour des autoroutes 40 et 55, un projet auquel la coalition citoyenne Terre Précieuse s’oppose depuis près d’un an.

Cependant, les terrains qui font l’objet d’une autorisation ministérielle en vigueur — comme ceux du projet controversé — sont catégorisés avec ceux qui sont déjà détruits. Pour les zones de développements industriels du Carrefour 40-55 et des Hautes-Forges, cela correspond à 18 % des 259 hectares de milieux humides de ces deux secteurs. 

Superficie des milieux humides dans deux développements industriels de Trois-Rivières. Source: PRMHH de Trois-Rivières (2022)

 

Superficie de milieux humides d’intérêt (ha)

Superficie de milieux humides détruits ou sous autorisation ministérielle (ha)

Superficie des autres milieux humides (ha)

Parc 40-55 et Hautes forges

171

46

42

 

Le plan indique que les pertes appréhendées seront compensées par la création d’une superficie équivalente de milieux humides, puisqu’elles seront soumises à la législation provinciale. Celle-ci, entrée en vigueur en 2017, oblige le ministère de l’Environnement à s’assurer, par un processus de compensation, qu’il n’y ait pas de perte nette de ces milieux.

Or, l’opposition citoyenne au développement du Carrefour 40-55 a mis en lumière le fait que les autorisations ministérielles que détient la Ville dispensent cette dernière des compensations servant à recréer des milieux humides équivalents, puisqu’elles ont été émises en 2014, avant le changement de réglementation.

Les milieux humides détruits ou sous autorisation ministérielle font partie des pertes appréhendées dans le plan régional des milieux humides et hydriques.

 

L’adoption du PRMHH n’influence pas le projet de développement du parc industriel 40-55, selon Dominic Thibeault, directeur de l’aménagement et du développement durable à la ville de Trois-Rivières. « Les informations dans ce plan sont essentiellement les mêmes que celles qui ont été présentées lors des consultations citoyennes », explique-t-il. « Le dossier est toujours à l’étude par la Ville et le conseil. »

Trois-Rivières est la première entité municipale de la Mauricie à déposer son PRMHH au ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques. Les plans régionaux des MRC de Mékinac, Des Chenaux et Maskinongé ainsi que des villes de La Tuque et de Shawinigan sont en cours d’élaboration. 

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Photo de l’en-tête : rainette arboricole à la tourbière Red Mill. 

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