Gabrielle Vachon-Laurent, Innue de Pessamit – Parole aux Autochtones – mai 2021 

Pendant plusieurs jours j’ai pensé à ma première aventure en milieu urbain. Me préparer à sortir de ma communauté. J’allais à un collège à Québec. Je faisais mes valises et je partais d’une famille très unie, d’une vie qui m’était quand même facile. Quand je dis facile, je veux dire que nous partagions tous la même culture, je pratiquais la broderie et le perlage avec ma grand-mère; je parlais ma langue en tout temps.

C’est une façon de vivre dont je rêve parfois en milieu urbain, soit de mettre les mots justes, dans ma langue et sans devoir chercher constamment mes mots. J’ai dû apprendre la langue française, et j’ai eu la chance d’aller dans une école privée où j’ai appris les matières enrichies et où j’ai pu m’habituer à vulgariser mes besoins et mes ressentis. Ce n’est pas la chance de tous les individus des Premières Nations : la problématique de la barrière de la langue est très importante.

Très souvent, on m’a fait remarquer que j’avais un accent, ce qui ne manquait pas de me surprendre, mais je n’y prêtais pas trop attention. Cela me faisait parfois hésiter à poser des questions et, à l’occasion, m’empêchait même de parler. C’est que je m’attendais souvent qu’on me reprenne ou que l’on se moque de moi.

Aujourd’hui je suis une femme accomplie, j’ai plus confiance en moi et je prends régulièrement la parole en public. Parfois, je me demande tout de même si j’ai bien dit les choses. J’ai souvent des « feedback » de la part d’Autochtones qui me disent vivre de la discrimination. Un exemple récurrent est de souligner notre accent quand nous parlons à des professionnels de la santé et des services publics ou encore à des propriétaires de logements. Parfois même, nous sentons bien que nous sommes servis différemment.

Pour vous aider à mieux comprendre, je témoigne ici d’une expérience personnelle. Lors d’une rencontre de sensibilisation avec une dame œuvrant dans le service public, cette dernière m’a posé la question suivante : « Pourquoi est-ce qu’une femme autochtone m’appelle sans arrêt pour me poser les mêmes questions sur le même formulaire? Je lui ai pourtant déjà expliqué à plusieurs reprises! Je me demande si elle fait exprès de rappeler souvent? »

Je lui ai simplement répondu : « Si je vous donnais un formulaire dans ma langue maternelle, l’Innu-Aimun, est-ce que vous auriez de la facilité à le compléter à la maison? Auriez-vous besoin que je vous aide à comprendre ce qui vous est demandé? Peut-être auriez-vous besoin de me faire répéter? » Cette situation souligne l’importance de prendre conscience que bien que nous parlions le français, souvent les termes dans les formulaires, les termes médicaux ou autres en langue française nous apparaissent encore complexes. Lorsque nous envoyons des formulaires, il arrive qu’ils soient mal complétés, alors ils nous sont retournés, ce qui cause du retard et beaucoup de frustrations.

La barrière de la langue est une réalité à laquelle nous sommes confrontés à l’arrivée en milieu urbain. Le message véhiculé ici est que nous savons qu’il y a un grand défi à parler et apprivoiser la langue française, que ce soit pour les études, les accès aux financements, aux services publics, aux services de santé, etc.

En milieu urbain, il y a cette réalité, mais il y en a plusieurs autres. Trouver un appartement comprendre le fonctionnement des autobus, faire un budget, et j’en passe… Ce sont des choses qui sont toutes simples lorsqu’on est dans notre communauté avec nos familles, en sécurité, dans un environnement où le mode de vie communautaire et l’entraide nous permettent de procéder à ces tâches sans trop de trouble. Je ne veux surtout pas dire qu’il n’y a pas de solidarité de ce genre en milieu urbain, mais par contre, cela prend un certain temps à se mettre en place. Le temps de se créer un réseau de contacts et d’avoir les finances pour vivre en ville, ce qui demande plus de patience.

J’ai pris le temps de comprendre la vie en milieu urbain et j’ai passé par ces moments de craintes et d’appréhension par rapport à tout ce qu’on voit dans les médias. Par chance, j’ai eu l’occasion de visiter le Centre d’amitié autochtone de Trois-Rivières où je travaille aujourd’hui. Je me suis installée dans mon premier appartement. Avec les conseils du personnel, je me suis créé un réseau de contacts et j’ai des outils afin d’améliorer ma vie dans la ville. Pour conclure, cette réalité est une des plus répandues auprès des autochtones. Nous avons le droit d’être accueillis avec dignité et courtoisie. « Faites de votre éducation une tradition » c’est ce que le Collège Kiuna nous enseigne. S’informer c’est s’éduquer. Poser des questions serait-il devenu dérangeant? Si nous posons des questions, c’est pour justement bien se comprendre. Et vous, vos expériences auprès des autochtones?

Tshinakumitin

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