catherine bard
L’artiste Caxtonienne Catherine Bard ne se définit pas par le médium qu’elle emploie. Pour elle, le message qu’elle souhaite transmettre est le point de départ, et qui sait quelle forme prendra le résultat final ? Photo : Magali Boisvert

Dans le cadre d’une série de rencontres d’artistes de la Mauricie intitulée Donner des fleurs au suivant, nous donnons l’opportunité à chaque artiste de décider de la prochaine personne dont nous ferons le portrait. La précédente artiste rencontrée, la mosaïste Roxane Campeau, a choisi l’illustratrice, bédéiste et touche-à-tout artistique Catherine Bard, que nous avons rencontrée au Pompon laine café autour d’un breuvage chaud.

Bonjour Catherine. Comment décrirais-tu ta démarche ? Quelle est ta signature ?

C’est sûr qu’au niveau du style, c’est vraiment très naïf. Souvent on parle de moi en me comparant à Amélie Poulain. Et je pense que c’est ça que j’amène, la recherche de la liberté de l’enfance. Pas de revenir à l’enfance mais la liberté que tu as quand t’es enfant et que tu ne te poses pas trop de questions, tu es dans l’action et tu ne supprimes pas tes gestes, tu fais juste exister, tu n’as pas de censure. 

Sinon, c’est sûr que la nature est vraiment importante. Je m’interroge beaucoup par rapport à la connaissance liée à la nature, c’est le côté scientifique dans ma démarche. Je trouve que connaître son environnement, ça amène une sensibilité nouvelle. J’ai étudié en biologie, alors le fait de connaître le nom des oiseaux, des plantes, connaître la croissance lente du lichen, ça fait que moi, quand je vois des tapis de lichen, je suis émerveillée. Il y a des gens qui ne les comprennent pas, les subtilités des saisons. J’essaie d’amener ça dans mes œuvres, l’extraordinaire de la nature. 

L’étude des écosystèmes dans mes cours de biologie m’a appris que tout est connecté. Pour moi, c’est vraiment un miroir avec l’expérience humaine. Il y a un arbre dans la forêt derrière chez nous qui me fait vraiment rire, il y a eu une grosse tempête de neige une année et c’est un petit sapin. Alors il a poussé, tu peux vraiment voir le « croche » dans son tronc, et il a continué. Et je trouve ça tellement beau, pour moi ça fait écho au fait que quand on vit des choses difficiles, on a des blessures, le but de la résilience, au fond, ce n’est pas de redevenir droit et faire comme si de rien n’était. Tu vas être le petit sapin qui a une courbure, mais c’est pas grave, tu vas pousser. On n’a pas besoin de cacher nos blessures. 

De quels projets es-tu tout particulièrement fière ?

J’en ai plusieurs. J’ai eu une grosse, grosse, grosse année. C’est vraiment ma plus belle année professionnelle jusqu’à présent. J’ai eu la chance d’être tombée dans l’œil de Québec BD cette année, qui m’a vraiment propulsée — on les remercie ! On m’avait demandé de faire une exposition au printemps 2022, qui s’appelle Le temps d’un poème, puis on était jumelé(e)s avec des poètes. Je devais illustrer un extrait de texte d’Alycia Dufour, de son recueil Une flambée mes mains

catherine bard

Une illustration de Catherine Bard. Photo : Gracieuseté

Ce projet-là a passé l’été à [Québec], puis il est allé en septembre dans un festival à Bruxelles en Belgique et récemment, c’était exposé à la Foire internationale du livre de Guadalajara au Mexique. Ce sont mes premières expériences à l’international alors c’est sûr que je suis vraiment contente, et c’est une œuvre dont je suis tellement fière. 

J’ai aussi fait récemment une expo à Québec, avec Québec BD aussi, mais là je me suis vraiment fait confiance, je me suis lancée dans un style très poétique moi-même avec mes mots à moi. Je ne m’étais jamais mouillée à écrire, même si j’écris depuis longtemps. 

Le syndrome de l’imposteur peut-être ?

Oh, ça oui, mais on pourrait en parler longtemps ! [Rires] Ça, c’est toute ma vie, tout le temps, mais j’essaie d’outrepasser ça. Entre autres parce que je me suis rendue compte que mes collègues masculins, ça les travaillait moins, cette affaire-là, et je ratais des opportunités. Alors même si j’ai toujours ce sentiment là, j’essaie d’y aller quand même, et c’est ce que j’ai fait. 

À qui as-tu choisi d’offrir des fleurs pour le prochain portrait d’artiste de la Mauricie?

J’ai choisi Laura Niquay ! C’est une artiste que j’ai découverte en 2021, quand elle a sorti son dernier album, Waska Matisiwin. Je suis vraiment « old school », alors je ne vais pas sur Spotify, je vais acheter des albums sur Bandcamp encore, donc j’ai acheté son album et je l’ai écouté d’un bout à l’autre. C’est un album que j’ai beaucoup écouté en voiture. Ce qui me touche chez Laura Niquay, c’est sa voix, il y a une prestance, un grain, une chaleur, c’est déroutant, je trouve, c’est vrai, c’est brut.

On dirait que je pourrais parler de sa voix pendant des heures, mais il y a une vulnérabilité et en même temps une grande force et c’est comme si tout ça coexiste, je trouve ça absolument fascinant. C’est un album qui m’accompagne vraiment beaucoup, malgré le fait que c’est entièrement en atikamekw, qui n’est pas nécessairement une langue que je parle couramment, mais justement, c’est intéressant d’entendre ces sonorités là. 

Je m’interroge beaucoup par rapport au territoire, à la nature, avec ma démarche, et quand on pense à des écosystèmes, l’écosystème de la Mauricie, il faudrait que ces voix-là, cette langue-là soit familière à nos oreilles. On n’est pas obligé(e)s de tout comprendre, de parler couramment demain matin, mais que ce soit familier et d’en comprendre au moins les bases, les sonorités, la chaleur, la musicalité. Je recommande cet album à tout le monde. 

Quel message veux-tu que je transmettre à Laura lors de notre entretien avec elle ?

J’aurais envie de lui dire : Mikwetc Laura pour ta musique, merci de partager ta culture avec nous, tes mots, ta chaleur. Je trouve ça vraiment généreux. Continue, et bravo pour ta super belle année, tu rayonnes et c’est magnifique à voir !

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