En juin dernier, à l’Espace Shawinigan, se réunissaient plus de 130 personnes, issues de diverses organisations et OBNL qui sont de diverses façons concernées par la crise du logement, afin de participer au LAB Habitation organisé par le Pôle en économie sociale de la Mauricie et le Consortium en développement social de la Mauricie. Photo : Anne-Sofie Bathalon

Le 4 juin dernier, à l’Espace Shawinigan, se réunissaient plus de 130 personnes, issues de diverses organisations et OBNL qui sont de diverses façons concernées par la crise du logement, afin de participer au LAB Habitation organisé par le Pôle en économie sociale de la Mauricie et le Consortium en développement social de la Mauricie. En entrevue, la directrice générale du Pôle en économie sociale de la Mauricie, Joannie Bournival, nous a expliqué que l’objectif du LAB Habitation était « de réfléchir, expérimenter et rechercher des solutions collectives visant à faire émerger et soutenir des initiatives sociales répondant à des besoins ». Les participant-es étaient amené-es à discuter des logements sociaux et communautaires comme piste de solution à l’actuelle crise du logement. La Gazette a assisté à cet événement, et en a profité pour réaliser un vox pop afin de savoir comment les intervenant-es conçoivent le développement social en tant que solution à la crise du logement en Mauricie. À partir des réponses données, voici une synthèse des pistes les plus souvent soulevées.

La Mauricie, pire qu’ailleurs ?

En 2024, dans le cadre d’une recherche intitulée L’Habitation et le logement social et communautaire en Mauricie : portrait de la situation et mobilisation des connaissances, Lise St-Germain, fondatrice et directrice du Centre de recherche sociale appliquée, et son équipe de recherche ont rédigé un cahier d’introduction intitulé Présentation de la recherche et de la problématique de l’habitation et du logement social et communautaire en Mauricie et dans lequel on peut lire qu’en Mauricie, les indicateurs socio-économiques sont préoccupants. De plus, le taux d’inoccupation des logements y est également alarmant, sous la barre des 3 %, et même sous 1 % à Trois-Rivières. Des initiatives comme le LAB Habitation sont déployées afin de permettre de mieux comprendre les solutions qu’offre le développement social pour faire face à la crise du logement, une crise indéniablement sociale elle aussi. 

« L’objectif du LAB Habitation était de réfléchir, expérimenter et rechercher des solutions collectives visant à faire émerger et soutenir des initiatives sociales répondant à des besoins. »

– Joannie Bournival, directrice générale du Pôle d’économie sociale Mauricie

Photo : Anne-Sofie Bathalon

 

 

Qu’est-ce que le développement social ?

Le développement social [1] peut être défini comme un processus visant à améliorer la qualité de vie et le bien-être de la population, en favorisant l’équité sociale, l’inclusion et la participation citoyenne et en renforçant les capacités des individus et des communautés. Il s’agit d’un effort pour réduire les inégalités et éliminer les obstacles qui empêchent certains groupes de participer pleinement à la société. C’est donc à la fois un cadre théorique, avec des concepts et des théories qui guident la compréhension et l’analyse des enjeux sociaux, et une pratique concrète qui implique des actions, des politiques et des programmes visant à améliorer les conditions de vie et le bien-être des individus et des communautés.

Simplification du processus administratif

La question qui était posée à la rencontre était la suivante : comment le développement social peut-il être une solution à la crise du logement ? Si certaines réponses revenaient de temps à autre, l’une d’entre elles a systématiquement été avancée par l’ensemble des participant-es. Ce consensus concerne les longues et laborieuses démarches administratives à toutes les étapes de développement d’un projet. Cindy Champagne, coordonnatrice de l’organisme Hébergement adapté et supervisé des Chenaux, le résume particulièrement bien. Elle indique que « les programmes sont complexes et qu’il faut les simplifier pour qu’on puisse avancer et être certains que cela ne prenne pas des années et des années pour construire. Dans 5, 6, 7 ans, les besoins ne seront plus les mêmes, ils auront sans doute évolué. »

Concertation et intersectorialité

Une autre piste de solution très largement abordée par les participant-es touche l’importance de la concertation et de l’intersectorialité, des éléments très présents dans le cadre théorique du développement social. Tout-es les participant-es rencontré-es, au nombre de 13, ont affirmé que la crise du logement est multifactorielle, et que donc, comme le souligne Laurie Bourgeois, agente à l’émergence du Pôle d’économie sociale, « une crise commune nécessite des solutions communes ».

Pour sa part, Alexis Rhault, coordonnateur à la vitalisation et aux communications à la MRC de Mékinac, souligne également que l’intersectorialité et la concertation pourraient être une manière de lutter contre les inégalités sociales. Selon lui, le développement social est la clé pour lutter contre les inégalités et se pencher sur l’abordabilité. C’est une question qui ne peut pas se régler d’un seul coup, ajoute-t-il, « c’est pourquoi on doit consulter toutes les classes de la société et on doit porter un regard sur toutes les facettes, comme prêter attention aux Autochtones et personnes vulnérables par exemple.

« Si on laisse tout au marché privé, il est certain que ça va être la recherche du profit avant la recherche de l’abordabilité ou du bien-être. Le développement social doit donc faire partie de la vision et du modèle de développement pour qu’on tienne compte du droit au logement. »

– Lynn O’Cain, responsable de la vitalité et de l’innovation sociale à la Ville de Shawinigan

Photo : Anne-Sofie Bathalon

 

 

Démarchandisation et droit au logement

Au Québec, le logement n’est pas explicitement reconnu comme un droit constitutionnel ou légal. En effet, la Charte des droits et libertés de la personne du Québec ne mentionne pas spécifiquement le droit au logement. Toutefois, elle inclut des dispositions contre la discrimination, qui peuvent affecter l’accès au logement. Plusieurs intervenant-es expliquent que ce contexte pousse à concevoir le logement comme une business plutôt que comme un droit fondamental.

La responsable de la vitalité et de l’innovation sociale à la Ville de Shawinigan, Lynn O’Cain, explique : « Si on laisse tout au marché privé, il est certain que ça va être la recherche du profit avant la recherche de l’abordabilité ou du bien-être. Le développement social doit donc faire partie de la vision et du modèle de développement pour qu’on tienne compte du droit au logement. Je ne veux pas partir en guerre avec le privé, il s’en crée des logements, ils ne sont simplement pas abordables. »

Pour conclure, la directrice générale du Pôle d’économie sociale, Joannie Bournival, espère que cette journée « sera un premier pas vers la mise en œuvre de projets d’envergure ».

 

Source : 

[1] Tremblay, S., Tremblay, P.-A., & Tremblay, M. (2006). Le développement social un enjeu pour l’Économie Sociale. Presses de l’Université du Québec.

 

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