Le Parti libéral (PLC) se cherche une ou un chef en pleine pré-campagne électorale. La nomination aura lieu le 9 mars 2025, quelques jours, présumément, avant le renversement du gouvernement. Car les autres partis ont bien l’intention de déclencher des élections le plus rapidement possible, une fois échue la prorogation des activités du Parlement. Et même le PLC n’a pas l’intention de traîner. Mark Carnay, s’il est élu chef a laissé entendre qu’il pourrait dissoudre le gouvernement dès le lendemain.

Mais ce n’est pas tout. Au fédéral, une campagne électorale dure entre 36 et 50 jours. La personne qui dirigera alors les troupes libérales aura très peu de temps pour se faire connaître et proposer sa vision du Canada.

Ce n’est toujours pas tout… Le PLC fera campagne contre un Parti conservateur (PCC) prévu gagnant à peu près partout au Canada, sauf au Québec où le Bloc lui barre le chemin. L’avance conservatrice semble se réduire un peu dernièrement, mais elle demeure, pour l’instant, significative.

Pour le PLC, donc, 36 à 50 jours signifient que sa nouvelle ou son nouveau chef pourrait n’avoir été au pouvoir que quelques semaines et pourrait être battu-e aussitôt qu’en d’avril, faisant de cette personne une ou un Premier ministre avec un des règnes les plus courts au Canada. Charles Tupper détient le record avec 69 jours, entre le 1er mai 1896 et le 8 juillet 1896. En 2025, une nouvelle marque pourrait être établie !

Il y a encore autre chose

Habituellement, les campagnes électorales portent sur l’économie, la santé, les taxes et impôts, l’éducation, le coût de la vie, un peu d’environnement, de filets sociaux, etc. Mais pour 2025, les partis politiques vont quasiment devoir promettre de créer un nouveau ministère : le MPNCT (Ministère de la protection nationale contre Trump). Les États-Unis, menés par Dolon Trusk, seront au centre des préoccupations.

Dès le 20 janvier dernier, les enjeux électoraux se réorientaient vers cet attracteur universel qui est moins dédié à servir les Américains qu’à sévir contre eux et à chercher la confrontation avec ses alliés. Une des questions la plus débattue est de savoir qui gérera le mieux l’imprévisible Président, celui qui se voit comme un monarque absolu, et son conseiller spécial Musk en charge du Department of Government Efficiency – DOGE.

Il y a aussi la cour présidentielle constituée d’un antivax comme Secrétaire du département de la santé, d’un animateur de Fox News comme Secrétaire à la défense ou encore de Kristi Noem comme Secrétaire à la sécurité intérieure. Tous des fervents défenseurs de la thèse du vol des élections de 2020 et de celle des immigrants qui se régalent de chiens et de chats à Springfield.

Sur la scène internationale, le chaos est en train de s’installer. Le Président américain veut prendre possession de la Bande de Gaza une fois que les palestiniens auront été « relocalisés » dans des pays qui ne sont pas vraiment chauds à l’idée. Son rêve est celui d’un entrepreneur immobilier et pour lui, les Palestiniens ne sont pas un peuple; ce ne sont que les débris d’une destruction massive. Et, évidemment, cette destruction inclut aussi l’éventualité d’un éventuel état Palestinien.

Du côté de l’Europe, Trump trame un rapprochement avec la Russie en sacrifiant l’Ukraine qui ne participe même pas aux pourparlers pour en arriver à la fin de cette guerre. Le 18 février, il osé déclarer que c’était l’Ukraine qui était responsable de cette guerre. Il se met à dos l’Ukraine, bien sûr, de même que la quasi-totalité de l’Europe et des pays membres de l’Otan, incluant le Canada.


Pendant la campagne électorale canadienne, les candidats devront être très agiles. Il n’y aura probablement pas une seule journée sans que le Président Trump ne crée des remous auxquels ils devront réagir. Pour garder la tête hors de l’eau, ils devront concilier fermeté et flexibilité, et maintenir une unité nationale qui se redécouvre afin de protéger le mieux possible l’économie canadienne. Mais le Canada ne pourra, seul, influencer Trump et ses acolytes. Il n’est peut-être pas si rentable de s’épuiser à vouloir des discussions de haut niveau pour le raisonner directement. Trump a promis de s’en prendre aux ennemis de l’intérieur lors de sa campagne électorale. Le Canada doit se chercher des amis de l’extérieur, à l’intérieur des États-Unis…

Mobiliser les acteurs proches des électeurs

Il serait approprié d’intensifier les efforts non pas sur Trump, mais sur les alliés que le Canada obtiendrait – et il en a déjà – en discutant avec les acteurs clés sur le terrain. Ils sont nombreux et les Américains leur accordent probablement plus d’écoute qu’ils n’en accordent au Canada. Soyons réalistes, le sort du Canada les intéresse beaucoup moins que leur propre sort.

Il semble que ce soit un secret de Polichinelle que plusieurs élus républicains (sénateurs, représentants, gouverneurs) éprouvent des craintes ou des réticences face aux actions du Président et de son entourage. Leurs réticences ne se manifestent malheureusement pas publiquement ni concrètement pour le moment, les votes comme ceux des nominations des secrétaires (équivalent de nos ministres) n’étant pas des votes secrets. Ces temps-ci, il n’y a que Mitch McConnell qui ose s’opposer directement et publiquement. Mais il y a certainement du travail à faire en coulisses.

Certains élus républicains, et démocrates, peuvent avoir une oreille attentive. Ces politiciens, gouverneurs (équivalent des premiers ministres provinciaux ici) et représentants, ont des intérêts plus spécifiques et locaux que l’entourage présidentiel. Ils sont en contact direct avec les gens d’affaires, les PME, les communautés. Ils constituent certainement une force dont il faut tirer parti, force exerçant une influence significative et un rôle important de mobilisation.

Il y a aussi les regroupements de gens d’affaires et de représentant-es d’entreprises (chambres de commerce, importateurs, distributeurs). Ils disposent de canaux de communication efficaces pour rejoindre les entrepreneurs et chefs d’entreprises sensibles à tout ce qui peut engendrer de l’imprévisibilité et constituer des risques économiques. Concernant la tarification douanière par exemple, cette politique ne peut que nuire à l’économie américaine, incluant les PME, qui sont nombreuses à entretenir des relations commerciales avec le Canada. Parlant de PME, elles ont un poids non négligeable aux États-Unis. Selon le Pew Research Center, elles emploient la moitié des personnes œuvrant dans le secteur privé.

Du côté des syndicats, ils regroupent, selon le Bureau of Labor Statistics [1] environ 11 % des employé-es du secteur privé, soit 16,1 millions de personnes. Le pourcentage est faible comparativement à celui du Québec (près de 40 %), mais ce n’est pas rien. Les menaces du président Trump, les turbulences qui les accompagnent et les risques qui pèsent sur les travailleuses et travailleurs, en particulier celles et ceux des agences gouvernementales, constituent des opportunités à exploiter par le Canada pour se rapprocher des syndicats et regroupements de travailleurs américains dont les membres sont la fibre de la classe moyenne, celle qui finira tôt ou tard par s’user si aucun garde-fou ne réussit à encadrer les actions de Trump.

 

Notes
[1] https://www.bls.gov/news.release/pdf/union2.pdf

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