Il est difficile de rester indifférent-e face au contexte social et politique actuel. Les crises se succèdent et des images angoissantes circulent sans arrêt sur les réseaux sociaux. Personnellement, je ressens une grande inquiétude et une grande colère face à tout cela. Mais ce que je ressens le plus, et je sais que je ne suis pas la seule, c’est un profond sentiment d’impuissance. Face à l’ampleur des enjeux, il est normal de ressentir le besoin d’agir, mais il n’est pas toujours facile de savoir quoi faire. Doit-on manifester ? Prendre la parole publiquement ? Aider les gens autour de nous ? Trop souvent, on a l’impression que certaines formes d’engagement sont plus légitimes que d’autres. Pourtant, l’implication citoyenne n’a pas une seule définition.
S’éduquer et dénoncer
S’informer et chercher à comprendre le monde dans lequel on vit est déjà un acte d’engagement. À une époque où la mésinformation est omniprésente et où les fausses nouvelles circulent plus vite que les faits, prendre le temps de s’éduquer, de vérifier nos sources et de développer notre esprit critique est fondamental. Certaines personnes s’impliquent en lisant, en écoutant, en questionnant et en partageant de l’information autour d’elles. Elles parviennent à ouvrir des dialogues avec leur entourage et contribuent par le fait même à une société plus consciente et informée.
D’autres choisissent de dénoncer. Elles prennent la parole sur les réseaux sociaux, signent des pétitions, écrivent à leurs élu-es ou participent à des manifestations. Elles décident d’occuper l’espace public pour rappeler que certaines décisions entraînent des conséquences négatives et réelles sur des vies humaines. Elles expriment ainsi leur solidarité envers les personnes discriminées et les victimes d’abus ou d’oppression. Ces gestes sont visibles et demandent du courage. Ils ne sont toutefois pas accessibles à tout le monde, pour des raisons personnelles, émotionnelles ou même de sécurité.
Aider, soutenir et agir localement
Il existe aussi une implication plus discrète, mais qui est tout aussi importante. Aider nos proches, notre voisinage, faire du bénévolat, soutenir un organisme communautaire, offrir du temps ou de l’écoute sont des gestes concrets qui ont un impact direct sur la vie des gens. Quand les grandes crises semblent parfois incontrôlables, l’action locale peut redonner un sentiment de pouvoir. Et cela est particulièrement bon pour prendre soin de notre santé mentale et pour reprendre, du moins un court instant, un certain contrôle sur la vie. On a peut-être parfois l’impression que ces actions ne font pas le poids devant toutes les injustices qui sont présentes, mais j’ai la forte croyance qu’il ne faut pas négliger l’impact des petits gestes du quotidien.
Une fable bien connue illustre parfaitement cette idée. On raconte qu’un feu de forêt éclate après un coup de foudre, semant la panique parmi les animaux. Tous et toutes observent passivement le désastre, sauf un petit colibri. Malgré le danger imminent et sa petite taille, il transporte quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur les flammes. Les autres animaux se moquent de lui et lui disent qu’il ne parviendra jamais à éteindre le feu. Le colibri leur répond : « Je sais, mais je fais ma part. » Peu à peu, son courage inspire les autres. Les oiseaux, puis l’ensemble des animaux, se mettent à agir à leur tour. C’est finalement par l’effort collectif que le feu est maîtrisé et la forêt sauvée. Concrètement, ce n’est pas le colibri qui a sauvé la forêt, mais le mouvement collectif qu’il a déclenché grâce à son courage et à son implication. Ce sont souvent les petites actions ordinaires qui déclenchent des mouvements sociaux plus larges et efficaces.
Il n’existe pas une seule bonne façon de s’impliquer
S’impliquer dans la société ne signifie pas tout faire ni tout porter sur nos épaules. Cela signifie faire ce que l’on peut, avec les moyens que l’on a, là où l’on se trouve. Certaines personnes vont dénoncer haut et fort les injustices et marcher dans la rue. D’autres vont offrir leur aide à des personnes vivant une situation précaire et les accompagner au quotidien. D’autres vont s’éduquer, faire de la recherche et de la vulgarisation scientifique afin que tout le monde puisse avoir accès à des informations fiables et accessibles. Toutes ces formes d’engagement sont nécessaires et complémentaires. Je crois qu’il est important de se rappeler que l’engagement ne doit pas être une source de culpabilité ou d’épuisement. Il peut être un geste aligné avec nos valeurs et notre réalité. À l’image du colibri, chacun-e doit faire sa part. Et lorsque ces parts s’additionnent, elles deviennent une force collective capable de provoquer de réels changements. Dans un monde qui semble parfois en feu, nous impliquer à notre manière demeure un acte d’espoir.






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