La Revue nationale est une revue d’idées publiée à Montréal de 1919 à 1932 par le conseil général de la Société Saint-Jean-Baptiste. Cette dernière, fondée en 1834 par Ludger Duvernay, est la première société patriotique qui se consacre entièrement aux intérêts de la société et de la nation canadiennes-françaises en Amérique du Nord. Après la période de fortes turbulences qui a suivi, jusqu’aux années 1880, caractérisée notamment par une émigration massive et la dispersion des Canadien-nes  français-es sur le continent ainsi que par les premières luttes pour les droits du français dans le Canada confédéré, la situation s’améliore quelque peu. Notamment, une bourgeoisie d’affaires canadienne-française voit le jour à la fin du siècle et contribue, par sa philanthropie, au développement des institutions sociales et nationales. 

Tout ce contexte politique, économique, culturel et social conduit l’élite intellectuelle à réfléchir aux problèmes et aux défis qui touchent la nation et à élaborer une doctrine nationaliste propre à la personnalité historique et sociale de la nation canadienne- française.

Mais au sortir de la Grande Guerre (1914-1918), le déclassement économique du Canada français s’accélère, sa bourgeoisie s’effrite au moment de la seconde révolution industrielle qui exige des capitaux massifs, et sa population se prolétarise. Inquiète de ce qui lui paraît un mouvement de dépossession difficile à endiguer, l’élite intellectuelle nationaliste va établir un nouveau modèle d’intervention dans la société, laissant de côté la lutte pour les droits au profit de l’action sociale, catholique et intellectuelle. La rupture avec la société d’avant-guerre établit les assises d’un « nouveau nationalisme », le nationalisme canadien-français. 

 

Comment diffuser ce nouveau nationalisme ? 

Les Canadien-nes français-es, selon l’intelligentsia nationaliste, doivent travailler ensemble afin d’apporter des solutions aux problèmes qu’affronte la nation. En ce sens, des revues d’idées sont créées dans l’objectif de remédier aux lacunes du champ intellectuel, pour proposer des études et des réflexions sur les problèmes nationaux et leurs solutions. Entre 1917 et 1928, soit durant toute la durée de sa vie, c’est la revue L’Action française, sous la direction de Lionel Groulx, qui va incarner le mieux cette volonté de l’élite canadienne-française d’affirmer les sujets nationaux du Canada français « dans une perspective d’action intellectuelle plutôt que politique » [1]. La Revue nationale s’inscrit parfaitement dans ce contexte de transformation, en même temps qu’elle le nourrit. 

L’exemple de La Revue nationale 

La Revue nationale, organe officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, a donc été fondée dans une période de redéfinition de la vie intellectuelle. La sociologue Andrée Fortin, qui a étudié les revues et les gens qui y participent, considère que l’année 1917 marque l’entrée dans la modernité. Parallèlement, l’historienne Pascale Ryan affirme que cette année « marque un tournant dans l’entrée en scène des intellectuels au Canada français ». Enchérissons un peu sur les nouveautés du champ intellectuel du premier quart du XXe siècle. L’intelligentsia de la nouvelle génération privilégie des « analyses critiques pour ensuite formuler des solutions, des propositions d’actions », plutôt que de s’engager elle-même dans l’arène politique comme l’avait fait par exemple Henri Bourassa (1868-1952) en son temps. Par ailleurs, on veut alors contrer l’esprit de parti qui creuse les divisions entre Canadien-nes français-es de toutes allégeances confondues. 

C’est donc au cours de la décennie 1920 que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal entreprend plusieurs campagnes d’actions pour répondre aux inquiétudes des Canadien-nes français-es devant les transformations sociales et la montée du libéralisme économique qui s’accélèrent après la Grande Guerre. C’est par l’entremise de La Revue nationale que la Société tentera de diffuser son programme d’action nationale et sociale auprès des Canadien-nes français-es, programme qui reste sensiblement le même durant toute sa durée de vie. 

La revue participe donc au « réveil national » du Canada français qui caractérise les années 1920 et qui se manifeste par la défense de la culture canadienne-française, la solidarité et l’association entre les minorités françaises en Amérique du Nord et enfin par l’appel à des actions susceptibles de conduire à un début d’affranchissement économique des Canadien-nes français-es.

 

Sources :

FORTIN, Andrée. « Les intellectuels à travers leurs revues ». Recherches sociographiques, vol. 31, n0 2, 1990, p.169-170.

LAMONDE, Yvan. Histoire sociale des idées au Québec, Tome 2, 1896-1929, Québec, Fides, 2004. 317 p.

LINTEAU Paul-André, René DUROCHER et Jean-Claude ROBERT. Histoire du Québec contemporain. De la Confédération à la crise, Montréal. Tome 1. Boréal, 1989. 758 p.

RYAN, Pascale. Penser la nation : La Ligue d ‘action nationale 1917-1960. Montréal, Leméac, 2006. 324 p.

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